Examinés en Conseil des ministres ce dimanche 19 octobre 2025, deux projets de loi organique marquent une étape importante dans la préparation des élections législatives de 2026. Le premier concerne la Chambre des représentants, le second les partis politiques. Ensemble, ils traduisent la volonté d’encadrer plus strictement la vie électorale et de la rendre plus inclusive.
Ces textes s’articulent autour de quatre axes majeurs : moraliser les élections, durcir les sanctions contre les infractions électorales, renforcer la place des femmes à travers la liste régionale et, surtout, faciliter l’accès des jeunes à la candidature. Ce dernier point fait partie de ceux très attendus dans cette réforme. Il a fait l’objet de plusieurs discussions lors des consultations entre le ministère de l’Intérieur et les partis politiques.
Certains de ceux qui ont partagé leurs suggestions ont proposé des idées pour remédier à la situation des jeunes en politique. Le PPS, par exemple, a plaidé pour imposer des têtes de liste féminines ou jeunes de moins de 40 ans, sous peine de sanctions financières.
Il a également proposé la création d’un fonds de soutien à la participation politique des jeunes ou l’exonération de la caution électorale de 5.000 dirhams. Finalement, la formule retenue dans le projet de loi est celle d’une aide directe couvrant 75% des frais de campagne pour encourager les jeunes de moins de 35 ans à se présenter aux prochaines élections, y compris sans l’aval d’un parti politique.
Selon les premiers échos, le projet de loi fixe à 200 le nombre de signatures d’électeurs nécessaires pour pouvoir déposer une candidature au Parlement, que ce soit sous l’étiquette d’un parti ou à titre indépendant. Une condition qui peut rebattre les cartes du jeu politique.
L’idée est simple. Elle vise à rendre la compétition politique accessible à ceux qui, faute de moyens ou de réseau partisan, restaient jusqu’ici en marge.
Candidature indépendante
Cette mesure peut constituer un tournant dans la relation entre la jeunesse et la politique. Depuis des années, les jeunes entendent les appels à s’impliquer, sans que ces appels ne soient suivis d’effets concrets pour les séduire.
Beaucoup considèrent les partis comme déconnectés de leurs préoccupations, rigides dans leur fonctionnement et peu ouverts à la nouveauté. Les récentes mobilisations de la génération Z, menées sans encadrement partisan, ont rappelé cette fracture.
En autorisant les jeunes à se présenter indépendamment des partis, la réforme leur offre un nouveau canal d’expression. Mais elle pourrait aussi pousser les formations politiques à revoir leur approche.
Pour ne pas être contournés, les partis politiques devront se rapprocher de cette jeunesse, la comprendre et lui offrir une place réelle au sein de leurs structures.
Une réforme très attendue
Cette dynamique est d’autant plus nécessaire que la participation électorale des jeunes reste faible. Selon le haut-commissariat au Plan (HCP), seuls 33,6% des 18-24 ans étaient inscrits sur les listes électorales en 2021, contre 94% des plus de 60 ans. Même si le taux national de participation atteignait 50,2%, l’absence des jeunes a lourdement pesé sur la représentativité du scrutin.
Le débat sur leur place en politique n’est pas nouveau. La liste nationale des jeunes, instaurée pour garantir leur présence au Parlement, a longtemps divisé. Ses opposants y voyaient une rente politique, profitant surtout aux cadres des partis. Ses partisans la considéraient comme un moyen d’assurer le renouvellement des élites. Sa suppression, proposée dès 2021 par le ministère de l’Intérieur, avait d’ailleurs suscité de vives discussions.
Mais le contexte actuel change la donne. Dans un pays où les jeunes monopolisent l’attention, leur absence des sphères de décision devient difficilement soutenable. Les mouvements de la génération Z traduisent une effervescence sociale et idéologique que les institutions ne peuvent plus ignorer.
Rajeunir le leadership politique marocain est donc une nécessité. À titre de comparaison, la France, l’Italie et l’Espagne sont dirigées par des responsables arrivés au pouvoir à 39, 45 et 46 ans. Au Maroc, seuls trois dirigeants des principaux partis, Fatima Ezzahra El Mansouri (49 ans), Mehdi Bensaïd (40 ans) et Mohammed Ouzzine (56 ans), ont moins de 60 ans.