La victoire en finale de la Coupe du monde U20 au Chili n’a pas changé grand-chose de ce que l’on sait du Maroc. À savoir un collectif soudé, qui a bâti son succès sur des préceptes tactiques immuables.
Avec Mohamed Ouahbi, tout le monde défend et tout le monde attaque. Si cette stratégie paraît de prime abord un chouia simpliste, en réalité, elle symbolise parfaitement l’état d’esprit et la ligne de conduite auxquels ont dû se plier sans rechigner les Lionceaux de l’Atlas.
Le staff dirigé par le technicien marocain n’a pas réinventé le football. Il demande à ses joueurs de courir beaucoup, de jouer simple et surtout d’éviter d’offrir des boulevards à la perte du ballon et donc, par conséquent, de défendre en bloc compact.
Dans le camp adverse, il est demandé beaucoup de projections vers l’avant et une présence importante dans les seize mètres adverses. Mais avant de nous lancer dans des explications plus approfondies, il convient de souligner que les stratégies avec ou sans le ballon ne sont pas définitives.
Elles varient d’un match à l’autre ou au sein d’un même match. Toutefois, elles reposent toujours sur des principes directeurs clairs, définis par l’entraîneur et assimilés par les joueurs. Ces principes constituent la base du jeu collectif.
Ils orientent les comportements individuels et collectifs selon les situations, qu’il s’agisse d’attaquer, de défendre ou de gérer les transitions. Autopsie de l’exigeant style de jeu prôné par Mohamed Ouahbi.

La création et la réduction d’espace comme fondements
Le football contemporain est une affaire de création d’espace en phase de possession et de réduction à la perte du ballon. Mais l’application de ce précepte diffère.
Contrairement au football espagnol qui ne badine pas avec la possession du ballon, le Maroc n’en a jamais fait une obsession (40%). Il s’agit d’une ligne directrice qui semble guider toutes les sélections dans les grandes compétitions.
De l’équipe nationale A au Qatar, jusqu’aux Lionceaux de l’Atlas au Chili, en passant par les U23 pendant les Jeux olympiques de Paris, mais encore les U17, champions d’Afrique au Maroc.
Mohamed Ouahbi a choisi pour cadre deux systèmes de jeu vieux comme le monde et qui ont pour point commun une défense à quatre. Il est vrai qu’il n’est pas un ardent partisan de la défense à trois axiaux.

Son dada en termes de schéma de jeu, c’est plutôt une défense à quatre, articulée autour d’un 1-4-2-3-1 en attaque, qui se transforme en 1-4-4-2 lorsqu’il faut défendre.
En s’appuyant sur ces systèmes anciens, le sélectionneur des U20 n’a certainement pas inventé la roue. Mais c’est leur animation qui est intéressante à analyser. Commençons par le volet défensif.
Un bloc défensif compact, oscillant entre bas et médian
Pour Ouahbi, tout le monde doit être impliqué à la perte du ballon. L’avant-centre devient le premier défenseur et derrière lui se déploie un bloc compact, oscillant entre bas et médian, composé du back four, d’un double pivot qui le protège et assure une couverture efficace, en coupant le jeu entre les lignes.

Ce dispositif comprend aussi quatre joueurs censés défendre sur toute la largeur, aidés sur les côtés par le repli des attaquants excentrés. C’est ce qu’on appelle une défense placée.

Une stratégie qui vise à faire déjouer l’adversaire et à le pousser vers des zones peu dangereuses, sur les côtés. Elle est contraire à celle basée sur le pressing ou le contre-pressing (Gegenpressing).
Sa particularité réside dans le fait qu’elle préconise des mécanismes de repli défensifs au moment de la transition attaque-défense, comme le recul-frein ou la zone-press.

Pour plus d’éclaircissements, le recul-frein, c’est quand un joueur recule face au porteur du ballon pour lui couper l’ouverture des lignes de passes. La temporisation qui en découle doit permettre le replacement d’autres coéquipiers.
S’agissant de la zone-press, elle implique que le joueur le plus proche du porteur du ballon sorte sur lui pour l’empêcher de jouer vite vers l’avant, permettant ainsi à ses coéquipiers de se replacer défensivement.
Cela dit, les Lionceaux de l’Atlas ont également montré par séquences qu’ils étaient aussi capables de pressing haut, mais ce n’est pas la tactique défensive privilégiée.

Mais le plus impressionnant aura été la discipline tactique de Houssem Essadak et de ses coéquipiers pour garder des distances courtes entre eux et entre les lignes, orientant la progression des attaques adverses sur le côté.
Heureusement que les Marocains étaient bien préparés physiquement et que leur échauffement fut idéal avant chaque match. Car à force de regarder à droite et à gauche où sont leurs coéquipiers pour ajuster leurs placements et équilibrer le bloc, beaucoup auraient pu souffrir d’un torticolis.
Recherche instantanée de la profondeur
Avec une récupération du ballon souvent située dans leur propre camp, les protégés de Mohamed Ouahbi cherchaient rarement à temporiser ou à entrer dans des phases de possession stérile.
Les Marocains essayent de trouver le plus vite les attaquants dans les 30 mètres adverses, et donc de profiter de l’espace qui se crée dans le dos des défenseurs.
En ce sens, Mohamed Ouahbi cherche souvent à mettre ses milieux excentrés en position de un contre un afin de pouvoir s’appuyer sur leur faculté à éliminer et déstabiliser les défenses. Les prestations du meilleur joueur du tournoi, Othmane Maama, faisant foi.
D’où les renversements de jeu à foison après avoir fixé la défense sur un côté, en direction des ailiers à l’opposé qui mangent la craie. Ce qui est certain, c’est que le style de jeu voulu par coach Ouahbi est énormément énergivore mais efficace.

Évidemment, dans le football, les situations offensives ne se limitent pas aux contre-attaques. Car parfois, une équipe peut se retrouver face à une autre qui gare le bus, comme on a coutume de dire dans la sphère footballistique.
Du coup, l’animation offensive en attaque placée devient l’une des rares, si ce n’est la seule arme pour marquer. Et c’est là où l’on a senti le Maroc le plus en difficulté, notamment contre le Mexique et la France.
Mais ce n’est pas une particularité marocaine. Car, encore faut-il le rappeler, les meilleures équipes au monde éprouvent toujours les pires peines du monde pour venir à bout des équipes regroupées à l’entrée de leur surface de réparation.
En tout cas, d’après ce qu’on a vu, le technicien marocain n’a jamais eu peur de demander à ses joueurs de jouer avec personnalité, en particulier sur des situations de coup de pied au but, c’est-à-dire les actions construites à partir de Yanis Benchaouch. D’autant qu’il a souvent réussi à trouver des solutions pour annihiler le pressing adverse.
Une excellente intelligence situationnelle
Le groupe d’étude technique de la FIFA ne dit pas autre chose. Pour Marcin Dorna, le directeur sportif de la Fédération polonaise de football, « dans le système en 4-4-2 du Maroc, les deux défenseurs centraux restaient dans leur surface de réparation, quasiment sur la même ligne que le gardien, avec le défenseur central gauche à proximité du ballon », explique-t-il.
Et d’ajouter : « Le but recherché était de créer un avantage numérique à 3 contre 2 face aux deux attaquants au pressing ».
Dans cette mise en place, Marcin Dorna a également mis en évidence la position des latéraux qui étaient « relativement bas et écartés, dans leurs 30 mètres. Les deux milieux centraux décrochaient très bas aussi, pratiquement au niveau de la surface de réparation, pour jouer un rôle de pivot et apporter un surnombre afin de faire progresser le jeu dans l’axe ».

Et comme expliqué plus haut, les attaquants excentrés se plaçaient haut et longeaient la ligne de touche.
« L’objectif était de donner un maximum de largeur pour ouvrir des espaces dans l’axe, tandis que les deux avant-centres se positionnaient assez bas, ce qui renforçait la supériorité numérique marocaine au centre du terrain et générait de l’incertitude vis-à-vis des responsabilités défensives adverses », affirme le directeur sportif de la Fédération polonaise de football.
Plus important encore, c’est la capacité d’adaptation aux ajustements des adversaires qui a particulièrement réjoui le technicien polonais.
« Les joueurs marocains ont montré une bonne compréhension des opportunités offensives créées par les différentes stratégies de marquage adverses. Preuve de leur polyvalence tactique et technique, au même titre que leurs qualités d’adaptation ».
Ce n’est certainement pas nous qui allons le contredire. Et encore moins les nombreux adversaires du Maroc qui n’ont jamais vraiment trouvé la solution aux différents problèmes que leur ont posés Mohamed Ouahbi et son groupe.
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