Au pied du Haut-Atlas, une petite ville s’impose, auréolée de palmeraies, sur la route des mille kasbahs. Les amateurs de dépaysement sont séduits par la possibilité de s’évader entre Oasis et désert. Il s’agit d’Erfoud, la capitale du Tafilalet, au terroir riche et généreux. Contrairement aux idées reçues, Erfoud est surprenante. Vous pouvez y visiter des panoramas désertiques uniques au monde, vous aventurer dans des gisements géologiques surprenants, et bénéficier des produits du terroir uniques, etc. Les férus d’histoire et de paléontologie seront ravis.

En plein cœur de la région de Drâa-Tafilalet, Erfoud est connue pour être le point de départ privilégié vers le désert. Dans le passé, la ville constituait un fort militaire pour contrôler la région de Tafilalet. Puis, petit à petit, elle a pu se développer, considérablement, grâce au commerce de marbre et de dattes. Erfoud est même affublée du surnom “capitale des dattes”.

Les Ergs d'Erfoud
Erfoud, la capitale des dattes affublée de ses dunes. Ph : DR

La ville du Tafilalet a une spécificité. Elle est entourée d’Ergs, “de vastes déserts de dunes de sable”, souvent appelés mer de sable, comme l’explique à Médias24, Dr Mustapha Tilioua, directeur responsable et chef de rédaction de la Revue scientifique Oasis du Maroc. Plus simplement, un erg est “un champ de dunes fixes, où, en surface, seul le sable est remodelé par le vent.”

Le spécialiste affirme qu’un erg désigne un ensemble structuré de dunes, formant un paysage cohérent et étendu. Pour le spécialiste, les appeler dunes de sable serait trop vague ou réducteur, ce serait comme dire arbres au lieu de forêt. Pour dire qu’un “erg est à la dune ce que la forêt est à l’arbre : une notion plus géographique et scientifique. Ainsi, les paysages désertiques sont mieux décrits dans leur ensemble”, poursuit Dr Mustapha Tilioua.

Erfoud est entourée d’Ergs, “de vastes déserts de dunes de sable”. Ph : DR

Une valorisation encore marginale

Malgré leur richesse en histoire géologique, leur aspect impressionnant, les ergs sont souvent sous-valorisés dans les discours publics et les politiques environnementales. Le manque de sensibilisation expliquerait que peu de personnes connaissent leur rôle dans la régulation climatique ou leur richesse écologique cachée.

L’ancien directeur du centre Tarik Ibn Ziad estime que leur potentiel est méconnu, ce ne sont pas simplement des “déserts vides” mais de véritables “archives du climat puisque leurs couches sédimentaires permettent de reconstituer l’histoire paléoclimatique”.

Les ergs, loin d’être de simples obstacles naturels, ont joué un rôle stratégique et symbolique dans les anciennes routes caravanières reliant le Tafilalet au reste du Sahara.

Erfoud, la capitale du Tafilalet, une immensité désertique. Ph : DR

De plus, elles disposent d’écosystèmes uniques. Dr Mustapha Tilioua mentionne les espèces végétales et animales qui se sont adaptées à des conditions extrêmes. Le potentiel touristique est indéniable, l’erg Chebbi ou Chigaga au Maroc attirent les voyageurs en quête d’immensité et de silence.

Point positif à souligner, certains signes encourageants sont apparus pour une meilleure reconnaissance des Ergs, comme des études scientifiques approfondies sur leur dynamique et leur biodiversité. D’ailleurs, dans certaines régions, les Ergs sont intégrés dans les récits et traditions locales. Certaines initiatives de tourisme durable tentent de préserver ces paysages, tout en les faisant découvrir.

“Globalement, les ergs restent les grands oubliés des politiques de conservation et de développement. Peut-être parce qu’ils ne crient pas leur beauté, mais la murmurent à ceux qui prennent le temps de les écouter”, affirme notre source.

Une vue d'une dune à Erfoud
Traverser un erg, était souvent vu comme une épreuve initiatique. Ph : DR

Poésie et symbolisme du désert

La poésie locale est imprégnée par ces Ergs, décrits comme des lieux de purification où l’homme est confronté à lui-même, comme des métaphores du silence, de l’infini, et de la solitude féconde. Des témoins du temps où chaque grain de sable est porteur d’histoire.

Le chef de la rédaction de la Revue scientifique Oasis du Maroc confie que les poètes amazighs et arabes chantaient les dunes “comme des êtres vivants, capables de murmurer des secrets ou cacher des vérités oubliées”.

Traverser un erg était souvent vu comme une épreuve initiatique. Les récits caravaniers parlent de mirages, de rencontres mystiques, et de dunes qui chantent.

Et de conclure : “Les ergs ne sont donc pas seulement des paysages: ce sont des muses silencieuses, des livres ouverts pour ceux qui savent écouter le vent et lire les ondulations du sable.”