Le projet de loi de finances pour 2026, tel que déposé au Parlement, révèle deux évolutions majeures pour la Défense nationale. D’une part, une augmentation substantielle du budget annuel et, d’autre part, une hausse des autorisations d’engagement, qui permettent de planifier des contrats d’envergure sur plusieurs années.

Le budget annuel réel : un calcul précis à 79 milliards de DH

Notre consultant militaire Abdelhamid Harifi insiste sur la nécessité de ne pas confondre le budget annuel avec les engagements pluriannuels. « Dire que le budget de la défense est de 157 MMDH est erroné et montre qu’on n’a pas bien lu le texte », prévient-il. Selon son analyse, le budget réel pour 2026 s’établit à environ 79 MMDH et compte notamment :

– 47 MMDH pour les dépenses de personnel, en hausse par rapport aux 45 MMDH précédents, pour couvrir les revalorisations de rémunération accordées par le Roi Mohammed VI à l’ensemble du personnel des Forces armées royales (FAR).

– 11,5 MMDH pour l’acquisition, la maintenance et le développement de l’industrie de défense, une hausse de 700 millions de DH pour la première fois depuis plus de de dix ans.

– Près de 13 MMDH pour l’investissement en matériel, contre 11 MMDH en 2025.

À ces montants s’ajoutent des budgets de gestion plus modestes, comme la participation aux missions de l’ONU, ne dépassant pas 250 MDH.

157 MMDH : des autorisations d’engagement pour une modernisation massive

Le chiffre le plus spectaculaire, 157 MMDH, correspond aux autorisations d’engagement, en hausse de 23 MMDH (soit 17%). « Ce n’est pas un budget, mais une enveloppe de planification à long terme », précise l’expert. Elle permet à la Défense de signer des contrats pour des programmes qui s’étaleront sur plusieurs exercices, comme ceux couvrant la période 2026-2027, tout en cherchant des financements adéquats et étalés dans le temps.

Cette manne est justifiée par le lancement ou l’accélération de plusieurs chantiers stratégiques. Abdelhamid Harifi cite notamment l’acquisition de nouveaux avions de transport C-390, d’hélicoptères de transport H-225M Caracal, le renouvellement des patrouilleurs de la Marine royale, et le développement de l’industrie de défense locale, avec des projets dans les drones comme l’investissement dans BlueBird Aero Systems. La modernisation continue avec l’achat de chasseurs, de blindés, de systèmes de défense antiaérienne et d’artillerie sol-sol.

Un contexte de recrutement massif dicté par le Mondial 2030 et les priorités sociales

Cette montée en puissance militaire ne se fait pas au détriment des priorités sociales, analyse notre consultant. En effet, le projet de loi de finances prévoit des recrutements massifs dans la fonction publique. Le ministère de l’Intérieur bénéficiera de 13.000 postes pour honorer les engagements pris auprès de la FIFA pour la sécurisation de la Coupe du monde 2030. Le ministère de la Santé se voit attribuer 8.000 postes, un chiffre record pour accompagner l’ouverture de nouveaux CHU et hôpitaux régionaux.

Les Forces armées royales recruteront 5.500 personnes. Ces effectifs, souligne Harifi, seront principalement dirigés vers la Gendarmerie royale pour renforcer le dispositif sécuritaire du Mondial, mais aussi pour remplacer les départs à la retraite et équiper les nouvelles unités aux frontières.

En conclusion, Abdelhamid Harifi estime que « nous sommes sur de gros chantiers qui justifient cette hausse ». Cette augmentation budgétaire est une réponse à une multiplicité de facteurs : la nécessité de moderniser les équipements pour faire face aux nouvelles exigences sécuritaires régionales, l’adaptation à la hausse des prix, et les impératifs liés à l’organisation de la Coupe du monde, le tout en maintenant le cap sur les grands chantiers de « l’État social » (santé, éducation, justice sociale).