Et si Nayef Aguerd venait à manquer tout ou partie de la Coupe d’Afrique des nations 2025, organisée à partir du 21 décembre au Maroc ? Loin de nous l’idée de porter la poisse à la pièce maîtresse de l’arrière-garde des Lions de l’Atlas.
Cette hypothèse relève pour l’instant de la pure fiction. Et l’on souhaite qu’elle demeure à des années-lumière de toute réalité.
Mais puisque le sélectionneur national, Walid Regragui, s’est dit inquiet face à cette éventualité, difficile de ne pas s’interroger sur le sort de la défense marocaine sans son patron.
On se devait donc d’explorer cette possibilité, aussi improbable soit-elle, pour mesurer l’ampleur du vide qu’un tel forfait pourrait créer, et envisager les solutions de rechange à la disposition du staff technique.
Le Maroc a disputé deux matchs lors de la dernière fenêtre internationale. À l’occasion du premier face au Bahreïn, l’international marocain n’était même pas sur la feuille de match, car il était malade. C’est la paire Yamiq-Masina qui a été alignée.
Mais il avait été titularisé contre la République du Congo. Deux rencontres qui s’étaient soldées par une courte victoire des Lions de l’Atlas.
Dans un cas comme dans l’autre, la production défensive du Maroc a été globalement réussie, ne subissant aucun tir cadré en plus de 180 minutes de jeu.
A priori, il n’y a pas péril en la demeure, même en l’absence du gaucher de 29 ans.

Mais son rôle et la qualité de ses prestations sont tellement indispensables aux yeux de Walid Regragui que le sélectionneur s’est dit « inquiet de l’éventualité d’un forfait de Nayef lors de la Coupe d’Afrique des nations 2025″, en conférence de presse.
Cette déclaration a jeté un froid dans la salle de presse du Complexe sportif Prince Moulay Abdellah, car elle est lourde de sens.
D’abord, elle souligne l’importance cruciale du natif de Rabat dans le dispositif de l’équipe nationale. Mais elle interroge également sur le travail effectué en amont par le staff pour envisager des alternatives de qualité homogène à tous les postes, et en particulier en défense centrale.
Le forfait de Nayef Aguerd, une éventualité inquiétante
De deux choses l’une, soit il s’agit d’une forme de négligence, soit cela traduit une pénurie à ce poste. Il y a sans doute un peu des deux.
Déjà parce que le sélectionneur national éprouve énormément de difficultés à trouver un complément à Nayef Aguerd en charnière centrale.
Mais aussi, il n’a pas effectué moult expérimentations afin de bénéficier d’un éventail de choix plus large. Walid Regragui n’a observé qu’une poignée de défenseurs centraux depuis la dernière Coupe d’Afrique des nations, en Côte d’Ivoire.
Outre Nayef Aguerd, il s’agit notamment de :
– Jawad El Yamiq ;
– Adam Masina, plus habitué à évoluer latéral ou axial gauche dans une défense à trois ;
– Achraf Dari ;
– Abdel Abqar ;
– Abdelhak Assal ;
– Jamal Harkass ;
– Yunis Abdelhamid.
Sauf que les deux derniers ne sont plus dans les petits papiers du sélectionneur national depuis plusieurs mois déjà.
Dès lors, en l’absence de Chadi Riad, qui aurait pu à la fois former une charnière solide aux côtés d’Aguerd ou même le suppléer, les choix sont vraiment très restreints dans un secteur de jeu extrêmement important en vue de la Coupe d’Afrique des nations.
Car si votre attaque vous fait gagner un match, c’est votre défense qui vous fait gagner un tournoi. Certes, quand on parle d’animation défensive, les défenseurs centraux ne sont pas les seuls à être impliqués.
Mais au sein de cette animation, ils sont essentiels. À la lumière de ces éléments, l’inquiétude affichée par le technicien marocain face à la pénurie de défenseurs centraux de très haut niveau est largement justifiée.
Au point qu’il a récemment cité Romain Saïss parmi les joueurs blessés, au moment d’annoncer la liste des internationaux convoqués à l’occasion de la dernière fenêtre internationale.
Un joueur de 35 ans, qui évolue à Al-Sadd (Qatar) et qui n’a plus porté le maillot de l’équipe nationale depuis le 7 juin 2024.
« Romain Saïss est toujours dans mes plans, car malgré la satisfaction née des prestations d’Adam Masina, nous avons encore des doutes sur l’identité des joueurs qui composeront la défense centrale. Il y a une belle concurrence », a-t-il affirmé.
Une concurrence peu stimulante
Justement, on a du mal à cerner avec précision la concurrence à ce poste. En fait, outre les joueurs précités, peu de défenseurs marocains ont le vécu et la qualité pour faire partie du groupe :
– Abdelhamid Aït Boudlal (Rennes) ;
– Samy Mmaee (Qarabağ FK) ;
– Saâd Agouzoul (Omonia Nicosia) ;
– Marouane Louadni (ASFAR) ;
– Mehdi Boukamir (Charleroi).
Cette liste non exhaustive est basée sur les statistiques de la saison en cours, et notamment la proportion de duels défensifs remportés. Néanmoins, cela ne suffit pas pour faire un défenseur, et encore moins une charnière centrale complémentaire.
Passé sur le banc de plusieurs clubs français, Jean-Marc Nobilo, ancien directeur technique de l’académie du Raja Club Athletic et sélectionneur du Bénin (2010), évoque trois critères clés pour une défense centrale performante :
- la taille ;
- le pied fort ;
- la complémentarité des profils.
Au regard de la majorité des défenses centrales de très haut niveau, que ce soit en club ou en sélection, le premier critère fait sens. « Une charnière centrale solide, c’est souvent deux joueurs d’au moins 1,88 m, voire 1,90 m ou plus », affirme-t-il.
Ensuite, le deuxième critère à prendre en considération concerne le pied fort des joueurs qui composent l’axe central.
« L’idéal, c’est d’avoir un droitier et un gaucher pour avoir plus de facilités en termes de relance et d’orientation du corps. Mais avoir deux droitiers, c’est assez courant et pas du tout contraignant », précise-t-il.
En revanche, les défenseurs centraux gauchers sont si rares que la question de leur complémentarité se pose rarement. Bien sûr, il existe toujours des exceptions. Le duo Saïss-Aguerd en est une parfaite illustration.
Très performants pendant la Coupe du monde, ils maîtrisaient tous deux la relance avec les deux pieds.
De plus, ils se complétaient parfaitement sur d’autres aspects, notamment grâce à l’expérience et au vécu de Romain Saïss, qui ont permis à Aguerd de jouer plus libéré et sûr de lui.
Le vécu commun est tout aussi essentiel pour créer des automatismes
Enfin, le dernier critère repose sur un savant équilibre entre puissance physique et science tactique.
« Il faut que l’un des deux soit un joueur d’impact, solide dans le duel, explosif et capable de bien gérer la profondeur, tandis que l’autre doit exceller dans le placement, la lecture du jeu, l’anticipation et la première relance. C’est cette répartition des rôles qui crée une charnière équilibrée », avance Jean-Marc Nobilo.
Mais la complémentarité des profils ne fait pas tout. Le vécu commun est tout aussi essentiel pour créer des automatismes. Et normalement, cela prend du temps.
« Mais en sélection, il n’y a que des joueurs de très haut niveau. Il est possible d’avoir des automatismes en deux ou trois rassemblements. L’osmose peut se créer rapidement si les profils sont bien choisis. Ce qui semble être le cas », conclut Jean-Marc Nobilo.
Bref, si Walid Regragui dispose d’une multitude de solutions offensives, le chantier reste plus ouvert en défense. À ce jour, il n’a toujours pas trouvé le complément idéal de Nayef Aguerd dans l’axe. Jawad El Yamiq semble bénéficier d’une longueur d’avance sur ses concurrents, mais rien n’est encore figé.
Et si le défenseur de l’OM venait à déclarer forfait, la situation pourrait rapidement se corser. Car derrière, les options manquent de garanties, que ce soit en termes de régularité, de temps de jeu ou de complémentarité. Surtout à deux mois de la CAN.
Cela montre quelque part une forme d’impréparation du staff de l’équipe nationale par rapport à cette éventualité. En tout cas, voici les statistiques croisées de cinq charnières différentes, avec pour constante Abdel Abqar, tenu en haute estime par Walid Regragui.




