Coup de com’ savamment orchestré ou véritable projet de recrutement ?

L’hypothèse d’une signature de Hakim Ziyech au Wydad Athletic Club (WAC) a enflammé les réseaux sociaux, le mercredi 22 octobre.

Elle a été alimentée par les récentes déclarations du président de l’Association sportive du Wydad Athletic Club, Hicham Aït Menna. « Hakim Ziyech a signé un contrat avec le Wydad jusqu’en 2027, avec une option de prolongation. Ziyech a exprimé son désir de jouer pour son pays, malgré plusieurs offres alléchantes de clubs étrangers”, a-t-il précisé.

Mais au-delà du fait que le club casablancais n’a pas communiqué officiellement sur le sujet, contrairement au compte Facebook de la Botola Pro, la faisabilité sportive et réglementaire de l’opération suscite plus de questions que de certitudes.

Sur le papier, un tel transfert serait une plus-value pour la notoriété d’un championnat où plusieurs internationaux marocains en fin de carrière ont posé leurs valises ces deux dernières saisons, dont Munir El Kajoui, Yunis Abdelhamid et Noureddine Amrabat.

Toutefois, avant même d’aborder la question de son enregistrement auprès de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), le dossier Ziyech bute sur celle de la forme physique.

L’état de forme de Hakim Ziyech en question

Avec le club turc de Galatasaray, il était resté sur le carreau à plusieurs reprises, à cause de six blessures distinctes, cumulant environ 107 jours d’indisponibilité.

Un passif médical qui alimente les doutes quant à sa capacité à enchaîner les performances sans rechute, en particulier pour un joueur qui n’a plus foulé une pelouse depuis le 14 mai 2025, soit plus de quatre mois d’inactivité.

Et pour cause, depuis la fin de son contrat avec Al-Duhail cet été, qu’il avait rejoint après avoir rompu son contrat avec Galatasaray en janvier 2025, le joueur a vu plusieurs deals capoter, en raison d’examens médicaux jugés non concluants.

L’un des épisodes les plus médiatisés concerne son transfert avorté à Al Nassr, en Arabie saoudite, où il devait rejoindre Cristiano Ronaldo. Selon plusieurs médias, une source interne au club saoudien avait alors indiqué que la visite médicale initiale avait révélé un problème au genou, ce qui aurait motivé le retrait de l’offre.

Mais cette version officielle a rapidement été mise en doute par l’intéressé, qui a manié l’ironie sur ses réseaux sociaux. Il s’est avéré qu’une deuxième visite médicale avait été programmée… avant que l’offre salariale ne soit revue à la baisse.

Comme souvent dans ce genre de situation, il est difficile de démêler le vrai du faux. D’autant que Ziyech a vécu un épisode similaire avec le CFR Cluj, en Roumanie, à la fin du mercato estival 2025.

Le président du club roumain, Ioan Varga, a confirmé que les négociations avaient été interrompues pour des raisons médicales. « Il a un problème au genou gauche dont j’ai été informé. C’est un très bon joueur, mais je ne risquerai pas autant d’argent pour un joueur qui pourrait avoir des problèmes médicaux ».

Parcours de Hakim Ziyech avant son arrivée au Wydad Casablanca

« Je l’ai également étudié lors des matchs à Galatasaray, et il semblait jouer avec une certaine appréhension. Nous avons décidé de nous retirer des discussions. Je suis désolé, car c’est un joueur spécial, mais nous ne voulons pas prendre de risque », poursuit-il.

Mais là encore, l’aspect pécuniaire a été soulevé. « Il voulait 2,5 millions d’euros par an, et je n’aurais pas donné cet argent pour un joueur que nous risquions de ne pas faire jouer. Je veux qu’il soit en bonne santé et qu’il puisse jouer pour une autre équipe », conclut le président de Cluj.

Le Wydad semble tenir la corde pour devenir cette autre équipe. Mais cette affirmation est à prendre avec des pincettes, tant qu’il n’a pas validé sa visite médicale. Et ce n’est pas le seul obstacle.

Le cadre réglementaire ne plaide pas en faveur de ce transfert

Au-delà de la forme du joueur, le véritable obstacle se trouve dans les textes réglementaires et la possibilité que le contrat de Hakim Ziyech soit enregistré hors période de mercato. À ce niveau, il y a débat.

En effet, l’article 6 du Règlement du statut et du transfert des joueurs de la FRMF dit ce qui suit : « Un joueur ne peut être enregistré qu’au cours de l’une des deux périodes annuelles d’enregistrement fixées par la FRMF ».

Dans la réglementation marocaine, le cas des joueurs libres de tout contrat n’est pas spécifié, à l’inverse du règlement du statut et du transfert des joueurs de la FIFA. Dans son article 6, paragraphe 1, l’instance internationale prévoit qu’un joueur « peut être enregistré en dehors d’une période d’enregistrement, uniquement si son contrat précédent a expiré avant la fin de la période d’enregistrement précédente ».

Si l’on se contente de la stricte lecture de l’article 6 du Règlement marocain, quand bien même Hakim Ziyech signerait son engagement, il ne pourrait fouler les pelouses de la Botola qu’à partir de l’ouverture de la prochaine fenêtre de transfert, prévue en janvier 2026.

Face à ce vide réglementaire, une porte reste entrouverte. Celle de l’article 29 du Règlement d’enregistrement auprès de la FRMF, qui stipule que « le Comité directeur de la FRMF rend une décision définitive sur tous les cas non prévus dans le présent règlement ».

Pour faire simple, cette commission peut, à titre exceptionnel, autoriser l’enregistrement d’un joueur hors période, notamment en cas de circonstances jugées particulières. Mais il s’agit d’un pouvoir discrétionnaire, exercé au cas par cas, et non d’un droit reconnu.

Une équation sportive loin d’être évidente

Admettons que le Wydad parvienne à enregistrer Ziyech. Quelle serait alors la valeur sportive d’un tel transfert ?

À 32 ans, l’ancien joueur de Chelsea garde un pied gauche soyeux, une excellente vision de jeu et une palette technique rare, largement au-dessus des standards du championnat marocain. Mais le poste qu’il occupe n’est pas une priorité dans l’effectif actuel.

Le WAC dispose déjà d’un international marocain dans le couloir droit, Noureddine Amrabat, dont le salaire pèse lourd dans la masse salariale du club. Sans oublier la pléthore d’ailiers.

Certes, Ziyech a la capacité d’évoluer en soutien de l’attaquant, grâce à sa qualité de passe et son tir à mi ou longue distance. Mais un tel choix poserait inévitablement la question de la cohérence du projet sportif.

Le club casablancais, qui a investi durant l’été dans Stéphane Aziz Ki et qui dispose de plusieurs autres options dans ce secteur de jeu (Sakhi, Arthur, Pedrinho, Enzo), verrait son équilibre interne et sa politique de recrutement remis en cause.

En somme, entre la rumeur d’un transfert pas encore officialisé, les incertitudes médicales, le flou réglementaire et les interrogations sportives, le dossier Ziyech illustre à merveille les paradoxes du Wydad.  À savoir, un club capable de rêver grand, mais dont la politique sportive manque parfois de cohérence.

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