L’histoire de la Coupe d’Afrique des nations est jalonnée de pays hôtes vainqueurs, mais elle l’est tout autant, et parfois davantage, de pays hôtes malheureux.

En effet, ceux qui échouent à profiter de l’avantage du terrain sont bien plus nombreux que ceux qui célèbrent le trophée chez eux.

Beaucoup ont été éliminés avant les quarts de finale, parfois dès le premier tour, rappelant que l’organisation du tournoi ne garantit en rien le succès sur le terrain. La moyenne voudrait que le pays qui organise la CAN se classe à la 3e ou 4e place.

C’est une question qui se pose forcément, alors que le Maroc s’apprête à organiser la 35e édition de la CAN, à partir du 21 décembre.

Les stades seront bondés et la ferveur populaire à son comble. Sauf que la pression le sera également, capable de faire déjouer même les équipes les mieux préparées.

Sur les 34 précédentes éditions de la CAN depuis 1957 (en incluant les coorganisations), 12 pays hôtes ont remporté la compétition, soit un peu plus d’une édition sur trois (35%). Cela reste significatif, mais loin de garantir le succès.

Pays hôtes de la CAN

La Côte d’Ivoire est la dernière nation en date à réaliser cette performance qui, de nos jours, s’apparente à une prouesse. On y reviendra.

Elle a connu une phase de groupe compliquée, ne se qualifiant au second tour qu’en tant que l’une des quatre meilleures troisièmes. Elle a ensuite remporté le titre grâce à un parcours fait de courage et de détermination, plus que de beau jeu. 

En moyenne, un pays hôte se classe autour de la 3e ou 4e place

Par ailleurs, 9% des tournois ont vu le pays hôte atteindre la finale sans gagner. Les finalistes malheureux sont :

– la Tunisie en 1965, perdante face au Ghana ;

– la Libye en 1982, perdante face au Ghana ;

– le Nigeria, coorganisateur avec le Ghana, perdant face au Cameroun en 2000.

Pays hôtes de la CAN : 34 dernières éditions de la CAN

En outre, sept hôtes sur dix ont atteint les demi-finales. En moyenne, un pays hôte se classe autour de la 3e ou 4e place, ce qui montre que la plupart parviennent au moins jusqu’aux demi-finales. Cependant, certaines nations ont chuté très tôt, dès la phase de groupes, dont la Tunisie (1994) et le Gabon (2017).

Depuis 2000, le nombre d’hôtes victorieux s’est réduit. Seuls trois pays hôtes ont décroché le titre :

– Tunisie (2004) ; 

– Égypte (2006) ; 

– Côte d’Ivoire (2023).

Cette baisse suggère que la professionnalisation des sélections rend la victoire à domicile plus difficile qu’auparavant. L’évolution du format depuis les années 1980 y contribue également : 

  • 1957 : 1re édition avec seulement 3 équipes (Égypte, Soudan, Éthiopie) ;
  • 1960-1970 : progression à 6 puis 8 équipes, toutes invitées ou qualifiées par élimination directe ;
  • 1972-1992 : format stabilisé à 8 équipes, avec phase de groupes suivie des demi-finales et finale ;
  • 1996 : expansion à 16 équipes, avec deux groupes de quatre et des quarts de finale ;
  • 2000-2019 : maintien du format à 16 équipes, avec éliminations directes à partir des quarts de finale ;
  • Depuis 2019 : 24 équipes, offrant plus d’opportunités aux nations émergentes.

Bref, l’histoire des pays hôtes à la CAN montre que l’avantage du terrain est réel bien qu’insuffisant. Être prophète dans son pays relève d’une forme de privilège, et organiser la CAN demeure un défi, un honneur… mais surtout un pari risqué pour chaque nation. Nous espérons tous que le Maroc se situera dans la catégorie des organisateurs qui reportent le trophée.