Joyau fortifié du XVIe siècle, la Cité Portugaise est un bond dans le temps à elle seule. Derrière ses murailles de pierre ocre, c’est tout un fragment du passé qui refait surface, rappelant l’époque où le Portugal cherchait à s’imposer en grande puissance sur les routes océanes. Aujourd’hui paisible, l’enclave conserve pourtant l’écho des canons et navires qui sillonnaient jadis les eaux.
En franchissant les lourdes portes de la forteresse, on est saisi par la sobriété de son urbanisme. Les remparts s’élèvent toujours, ponctués de bastions aux noms évocateurs : Saint-Sébastien, Saint-Antoine ou encore l’Ange. Du haut de ces tours, le regard s’étend sur la mer infinie d’un côté et la ville moderne de l’autre.

Une aura singulière
Parmi ses lieux les plus emblématiques, la Citerne Portugaise. Construite à la même période, elle permettait de conserver l’eau potable en cas de siège. Mais ce sont surtout ses voûtes et la lueur de ses reflets qui en font une véritable œuvre d’art. Lorsque la lumière s’invite à travers une ouverture, elle se mêle aux eaux stagnantes et transforme l’espace en un miroir mouvant.
Les ruelles pavées de la médina révèlent, quant à elles, une autre facette du legs portugais. On y découvre des maisons blanchies à la chaux, parfois ornées de détails mauresques, témoignant du métissage des cultures qui se sont succédé sur cette côte. L’église de l’Assomption, construite dans un style manuélin rare au Maroc, rappelle pour sa part l’importance du spirituel dans la construction coloniale. Bien que le temps ait marqué les façades, l’ensemble respire encore l’élégance et la simplicité d’un urbanisme pensé pour durer.

L’Histoire de la Cité Portugaise ne s’arrête pas à son architecture. Elle porte aussi les cicatrices des affrontements. En 1769, les Portugais abandonnèrent définitivement cette forteresse, reprise par les troupes du sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah.
Dès lors, la ville prit le nom d’El Jadida, « la nouvelle », comme pour tourner une page et s’ouvrir à une nouvelle destinée. Pourtant, loin de disparaître, le passé portugais s’est inscrit dans le souvenir collectif, transformant la Cité en un lieu de rencontre où les traditions marocaines sont mâtinées d’un héritage européen.

Un joyau restauré
Intégrée au patrimoine mondial de l’UNESCO il y a deux décennies, la Cité Portugaise bénéficie depuis d’un regain d’attention. Des campagnes de restauration ont redonné vie à ses murailles, tandis que ses ruelles accueillent désormais visiteurs et habitants dans une atmosphère sereine.
À la tombée du jour, les pierres s’embrasent d’une lumière dorée et la magie se révèle. El Jadida elle-même s’anime autour de cette enclave historique. La ville moderne, avec sa corniche et ses plages, prolonge l’expérience par un décor où passé et présent dialoguent sans cesse.
Aujourd’hui, elle se présente comme un lieu où l’Histoire demeure vivace, entretenue par les pas des individus, les récits des locaux et la mer qui continue de battre au pied des remparts. À la fois témoignage de conquêtes, espace de croisement et scène poétique, elle incarne une mémoire que l’on contemple autant qu’on la vit.