La prime de risque actions au Maroc s’est fixée à 6,7% en octobre 2025, contre 6,4% trois mois plus tôt, soit une hausse de 30 points de base selon la dernière étude d’Attijari Global Research.
Ce mouvement, en apparence modéré, attire pourtant l’attention. Pourquoi les investisseurs exigent-ils davantage de rendement pour le même niveau de risque alors que les taux sans risque poursuivent leur baisse, le rendement des bons du Trésor à 10 ans étant revenu à 2,81% ?
Cette question renvoie à la nature même de la prime de risque, un indicateur souvent discret, mais fondamental pour comprendre la psychologie des marchés.
Elle mesure la rémunération supplémentaire qu’un investisseur demande pour détenir des actions plutôt que des obligations d’État considérées sans risque. Quand elle monte, cela signifie que la confiance se réduit ou que les investisseurs deviennent plus sélectifs.
Dans ce cadre, cette évolution montre un phénomène plus large puisque la Bourse de Casablanca est aujourd’hui façonnée par les investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurance, les sociétés de gestion d’OPCVM et les grandes banques, dont le poids dans les échanges oriente la perception du risque et influence directement la formation des valorisations.
Pourquoi la prime de risque augmente : un marché institutionnalisé, prudent et sélectif
« La progression de la prime de risque actions s’explique par le profil même des intervenants sur la Bourse de Casablanca. Le marché est dominé par les investisseurs institutionnels, dont les décisions de gestion déterminent le niveau de rentabilité attendu pour chaque dirham investi en actions », explique un analyste de la place.
Selon les dernières données publiées par l’AMMC au titre du premier trimestre 2025, elles montrent que les OPCVM et les personnes morales marocaines réalisent près de 67% du volume total des transactions, dont 47% pour les OPCVM à eux seuls.
Les investisseurs particuliers représentent environ un quart du marché, alors que la part des étrangers ne dépasse plus 5%.
Cette configuration confère au marché une dynamique interne. Les grands investisseurs disposent de modèles d’évaluation du risque précis et fixent les niveaux de rendement qu’ils jugent nécessaires pour justifier une exposition actions. Leurs exigences sont devenues la référence pour l’ensemble du marché.
« Les gérants exigent actuellement une rentabilité moyenne de 9,5%, soit une prime de risque de 6,7% au-dessus du taux sans risque de 2,8%« , note AGR.
Ce niveau montre une prudence méthodique plus qu’une inquiétude. Après deux années de forte hausse du MASI et des valorisations supérieures à 21 fois les bénéfices, les investisseurs institutionnels ajustent simplement leurs exigences au nouveau cycle du marché.
« Nous sommes dans une phase de normalisation du cycle boursier. Le marché a connu une expansion rapide depuis 2024, portée par la détente monétaire et la hausse des bénéfices. Aujourd’hui, la prime de risque remonte parce que les valorisations intègrent déjà beaucoup d’optimisme. Les gérants cherchent à préserver la rentabilité future plutôt qu’à poursuivre la hausse à tout prix », ajoute notre analyste de la place.
Depuis plusieurs mois, le marché marocain entre dans une phase de maturité. Après deux années de forte hausse, les gérants privilégient la discipline et la sélectivité.
Les valorisations du MASI sont élevées. Les investisseurs souhaitent un rendement plus important pour rester exposés. C’est une réaction saine dans un marché arrivé à un niveau élevé
Ainsi, « la prime de risque n’évolue pas seulement avec les taux ou les bénéfices. Elle dépend aussi du climat économique et du sentiment des investisseurs. Le contexte local et international influence directement leur tolérance au risque ; les anticipations de la courbe des taux et des résultats des sociétés cotées modifient leurs exigences de rendement. Dans un marché peu diversifié à l’international, où les opportunités d’arbitrage restent concentrées sur quelques valeurs, ces paramètres façonnent le niveau de prime observé ».
Dans ce sens, les OPCVM demeurent nets acheteurs, avec 14,7 milliards de dirhams d’achats pour 8,8 MMDH de ventes, tandis que les entreprises marocaines privilégient les arbitrages et la rotation de portefeuille. Les particuliers participent davantage aux échanges, mais leur influence reste limitée sur la formation des prix.
La hausse de la prime de risque illustre ainsi la maturité d’un marché institutionnalisé. Les investisseurs recherchent un équilibre durable entre rendement et stabilité. Ils intègrent la valorisation du marché, les bénéfices futurs et le niveau des taux dans leurs décisions, façonnant un environnement plus sélectif, plus rationnel et mieux ancré dans le long terme.
« La prime de risque représente le supplément de rendement exigé par rapport à un placement sans risque, explique un stratégiste de marché. Elle compense la part d’incertitude liée à un actif plus volatil. Par exemple, la différence de taux entre une obligation d’État et une obligation d’entreprise », explique l’analyste.
Plus cette prime augmente, plus les investisseurs recherchent de la sécurité ou deviennent exigeants sur les valorisations. Lorsqu’elle baisse, elle reflète une confiance accrue et un appétit plus fort pour le risque.
La prime de risque agit ainsi comme un baromètre de confiance. Elle exprime à la fois les anticipations de rendement, la perception du risque et la crédibilité des perspectives de croissance. Sa progression signale un marché lucide, qui ajuste ses exigences au rythme de sa propre réussite.
Source: medias24.com
https://medias24.com/2025/10/20/bourse-ce-que-nous-raconte-la-valorisation-du-marche/