L’industrie pharmaceutique s’impose depuis le début de 2025 comme l’un des secteurs vedettes de la Bourse de Casablanca. Son indice sectoriel affiche une hausse de plus de 88% year-to-year, soit près de trois fois la progression du MASI, en avance de plus de 30% sur la même période.

Le mouvement repose sur le duo Sothema et Promopharm, composantes de l’indice « Industrie pharmaceutique ». Depuis janvier, Sothema a augmenté de 96,5% et Promopharm progresse de 47,3%. Ensemble, elles concentrent une dynamique remarquable qui attire désormais l’attention du marché.

Le MASI Industrie pharmaceutique surperforme le marché.

Quels facteurs alimentent cette ascension ? Quelles dynamiques économiques, industrielles ou boursières soutiennent la performance du secteur ? Jusqu’où peut se prolonger cette tendance pour le reste de 2025, alors que s’esquissent déjà les perspectives de 2026 ?

Un secteur défensif dans un marché globalement valorisé

En bourse, les valeurs pharmaceutiques marocaines continuent de s’échanger avec une prime de valorisation marquée par rapport au marché.

Sothema affiche un Price/Earnings (P/E) de 38,2x, un Price-to-Book (P/B) de 7,7x et un Price-to-Sales (P/S) de 4,3x.

Promopharm présente des multiples plus contenus, avec un P/E de 24,5x, un P/B de 2,4x et un P/S de 1,5x.

À titre de comparaison, le P/E moyen du MASI tourne autour de 22,6x, confirmant la survalorisation relative du compartiment pharmaceutique.

« La surévaluation ne concerne pas uniquement le secteur pharmaceutique », explique un analyste. « La plupart des capitalisations marocaines affichent aujourd’hui des multiples supérieurs à la moyenne historique. Mais dans le cas du secteur pharmaceutique, cette prime est renforcée par son profil défensif ».

Le P/E, ratio du cours sur les bénéfices, mesure le prix payé par un investisseur pour un dirham de profit. Des niveaux supérieurs à 30x montrent généralement une forte anticipation de croissance ou un profil défensif qui attire les flux en période d’incertitude.

Le P/B, rapport entre la capitalisation et les fonds propres, renseigne sur la prime accordée aux actifs et à la solidité financière, tandis que le P/S, rapport entre la capitalisation et le chiffre d’affaires, reflète la valorisation des revenus indépendamment des marges.

« Sothema bénéficie d’un positionnement industriel solide et d’une politique d’investissement continue, ce qui justifie une prime. Promopharm, de son côté, reste plus modestement valorisée, mais offre un profil stable et rentable ».

À ces niveaux, le secteur apparaît richement valorisé, mais pas déconnecté de ses fondamentaux

« L’évolution à venir dépendra de la capacité du secteur à ouvrir de nouveaux marchés, notamment en Afrique, et à renforcer l’innovation thérapeutique », estime notre analyste. « Si la croissance domestique reste solide et que l’export redémarre, les valorisations actuelles pourraient se maintenir, voire se consolider ».

Un environnement porteur pour l’industrie pharmaceutique

Pour un autre analyste de la place, « l’industrie pharmaceutique, dans sa globalité, évolue dans un environnement plutôt favorable. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un appareil productif solide, avec plus d’une cinquantaine d’établissements industriels couvrant près de 80% des besoins nationaux en médicaments. Ce socle lui confère une position de deuxième producteur en Afrique et de cinquième dans la région MENA ».

Selon la même source, « le secteur profite aujourd’hui d’une politique publique orientée vers la souveraineté sanitaire ».

« À moyen terme, le relais de croissance pourrait venir de l’export », estime-t-il. « Le Maroc dispose d’un appareil industriel capable de produire au-delà de la demande locale, et plusieurs acteurs cherchent à renforcer leur présence en Afrique et au Moyen-Orient. Ce positionnement régional reste encore limité, mais il représente une marge de progression importante pour les années à venir ».

« Je pense que le potentiel est réel. Bien sûr, il suppose des investissements supplémentaires en certification et en logistique pour se positionner durablement sur les marchés régionaux », ajoute-t-il. Dans ce sens, « ce que je peux dire, c’est qu’à l’international, le secteur reste dans une phase de consolidation ».

« Sothema, par exemple, a connu un léger ralentissement sur certains marchés étrangers au premier semestre 2025, lié à des ajustements de stocks. Mais la stratégie d’ouverture régionale reste inchangée : le groupe continue de se positionner sur l’Afrique et le Moyen-Orient, des zones à fort potentiel où il est déjà présent. Cela illustre bien la volonté du secteur de maintenir un ancrage local fort tout en conservant une perspective exportatrice à long terme ».

« Il faut dire aussi que le projet de loi de finances 2026 confirme la place stratégique de l’industrie pharmaceutique dans les priorités économiques de l’État », estime-t-il.

Le texte prévoit un réaménagement du chapitre 30 du tarif douanier, relatif aux produits pharmaceutiques, afin de corriger certaines distorsions tarifaires observées sur certaines spécialités importées. L’objectif affiché est de garantir la continuité d’approvisionnement du marché national tout en soutenant la production locale.

« Sans constituer une nouvelle mesure incitative, cette orientation peut être perçue comme un signal de stabilité pour les acteurs du secteur. Elle réaffirme la volonté publique de protéger la filière nationale et de consolider la souveraineté sanitaire. Pour les investisseurs, ce type de continuité réglementaire compte : il contribue à entretenir la visibilité du cadre industriel et à renforcer la perception d’un secteur appuyé, à long terme, par la politique économique du pays ».

Cette logique s’inscrit d’ailleurs dans un environnement budgétaire marqué par la hausse continue des dépenses de santé publique. Le budget du ministère de la Santé et de la protection sociale pour 2026 atteint plus de 42 milliards de DH.

 » Cette progression reflète la montée en puissance de la généralisation de la couverture médicale et des investissements dans les infrastructures hospitalières. Elle se traduit mécaniquement par une demande structurelle accrue en produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux, un facteur que le marché boursier intègre désormais dans sa lecture du secteur », conclut-il.

Les résultats financiers de Sothema et de Promopharm

>> Sothema                       

Sur le plan financier, Sothema affiche une croissance solide au premier semestre 2025. Le chiffre d’affaires consolidé s’élève à 1,55 MMDH, en hausse de 17% par rapport à la même période de 2024. Cette progression a été portée par la vigueur du marché national, tandis que l’activité à l’international a reculé de 9%, à 126 MDH, en raison d’un ajustement ponctuel des stocks sur certains marchés.

La rentabilité continue de s’améliorer. L’EBITDA ressort à 353 MDH, en progression de 21%, et la marge opérationnelle gagne un point pour atteindre 23%. Le résultat net part du groupe s’établit à 194 MDH, en hausse de 18% sur un an.

Le groupe poursuit par ailleurs ses investissements, avec une enveloppe de 28 MDH au premier semestre (+22%), consacrée principalement à l’acquisition d’équipements industriels destinés à renforcer la capacité de production. Sothema a également enrichi son portefeuille de 11 nouveaux produits, dont 7 fabriqués localement, et prévoit d’en lancer une quinzaine sur l’ensemble de l’exercice, incluant un biosimilaire en oncologie et un traitement en cardiologie.

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sothema
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28/10/202428/10/2025

Source: medias24.com

>> Promopharm

Au premier semestre 2025, Promopharm a réalisé un chiffre d’affaires de 464,2 MDH, en hausse de 7% par rapport aux 433,9 MDH enregistrés un an plus tôt. Cette progression traduit une demande soutenue sur l’ensemble des gammes et le succès de nouveaux produits récemment introduits sur le marché.

Le résultat net s’établit à 26,3 MDH, en hausse de 8% sur un an. Cette évolution reflète le repositionnement stratégique de l’entreprise vers des segments à plus forte valeur ajoutée et une meilleure maîtrise des coûts financiers. Malgré la hausse des charges d’exploitation et des délais d’approvisionnement, la rentabilité s’améliore grâce à la capitalisation d’intérêts liés aux projets en cours et à la discipline opérationnelle.

Pour la suite de l’année, Promopharm anticipe une croissance soutenue de ses ventes au second semestre, portée par le lancement de nouveaux produits attendu d’ici la fin de 2025. Cette dynamique devrait renforcer la rentabilité et consolider la position de la société sur le marché marocain.

Graphique
promopharm
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873.00
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1 489.00
28/10/202424/10/2025

Source: medias24.com