Depuis près de huit ans, le remplacement des deux avions de guerre électronique des Forces royales air est une priorité stratégique. L’objectif, explique Abdelhamid Harifi, a toujours été de se doter d’une plateforme agissant comme un « véritable multiplicateur de force » pour garantir la doctrine royale de maintien de l’équilibre des forces dans une région marquée par une course continue à l’armement.

Ce projet a longtemps buté sur des contraintes financières. Plusieurs pistes ont été explorées au fil des ans sans aboutir. Des options comme l’acquisition d’un Gulfstream 550 américain, un projet avancé avec l’italien Leonardo – dont les avions arboraient déjà les couleurs marocaines avant d’être revendus –, ou encore une offre israélienne jugée trop onéreuse, ont toutes été écartées.

L’électrochoc est venu des récents affrontements, notamment le conflit indo-pakistanais, qui ont « révélé la nécessité et l’obligation de se doter de ces moyens aériens ». Pour notre consultant, ces systèmes sont essentiels pour compenser une infériorité numérique prévisible.

« Malgré une supériorité technologique marocaine avérée qui va être maintenue, nous ne pouvons pas égaler la supériorité numérique de certains adversaires par manque de budget. Il faut donc être capable d’avoir des moyens pour rétablir un équilibre », insiste-t-il.

Face à cette urgence, le Maroc a exprimé son intérêt pour le programme HADES (High-Accuracy Detection and Exploitation System) de l’US Army. Ce système, basé sur des jets d’affaires lourdement modifiés, est conçu pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) à haute altitude et longue portée.

« De prime abord, il s’apparente à un avion d’espionnage et de guerre électronique, mais avec des capacités de combat aérien », analyse Abdelhamid Harifi. L’atout majeur de cette option est son éligibilité au programme américain FMS (Foreign Military Sales), qui permet de « bénéficier de la garantie de l’État américain pour un financement pas très onéreux et étalé sur le temps ».

Un compromis sur les délais pour une capacité durable

Le recours au FMS implique un compromis significatif. « On sacrifie l’aspect délai de livraison », admet Harifi. À ce stade, il ne s’agit que d’un intérêt marocain, et aucun contrat n’est signé. Le processus pourrait être long. « Entre l’intérêt et la signature, on peut compter au minimum un an et, ensuite, il faut compter cinq ans de plus pour la livraison, car le programme n’est pas encore finalisé aux États-Unis », estime notre consultant, qui place une arrivée effective des appareils à l’horizon 2032-2035, si l’intérêt se confirme.

Pour lui, « l’enjeu peut tolérer ce sacrifice ». L’important est de doter à terme les FRA d’une capacité stratégique, modulable et pouvant être renforcée à tout moment. En attendant, des solutions de transition, comme l’acquisition d’avions d’occasion type E-2 Hawkeye via le programme américain EDA (Excess Defense Articles), pourraient être envisagées.

Une montée en puissance continue de la flotte de F-16

Cette future acquisition s’inscrira dans une stratégie globale de modernisation. La flotte de F-16, qui constituera l’unique ossature de l’aviation de chasse marocaine à l’horizon 2030-2035, poursuit sa montée en puissance. Les 23 appareils existants seront modernisés au standard Viper – « une opération qui va se faire au Maroc, avec des mains marocaines, ce qui est une première », souligne Harifi.

À cela s’ajoutera la livraison prochaine de 25 nouveaux F-16 Block 72, dont la préparation a été au cœur de la récente visite de l’Inspecteur des Forces royales air aux États-Unis. À terme, la flotte comptera 48 F-16 Viper. Cependant, cette flotte, bien que technologiquement supérieure, restera numériquement inférieure à celle de notre voisin de l’Est, équipé de Su-34, MiG-29M2 et potentiellement de Su-57, renforçant d’autant plus la pertinence stratégique d’un système comme HADES.

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