Le marché des compléments alimentaires connaît aujourd’hui une anarchie totale, accusent les pharmaciens. Ces produits sont vendus librement, sans encadrement suffisant, alors que certains peuvent présenter des risques liés à leur dosage.

Lors d’une réunion tenue le 23 octobre dernier avec le ministère de la Santé, les trois centrales syndicales les plus représentatives du secteur pharmaceutique ont demandé l’amendement de l’article 30 de la loi 17.04, relatif aux compléments alimentaires. Il s’agit de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (58 syndicats), l’Union nationale des pharmaciens ainsi que le Syndicat national des pharmaciens.

Scinder les compléments alimentaires en deux classes, selon leur dosage en principes actifs

Contactées par nos soins, des sources syndicales du secteur nous expliquent qu’il devient urgent de distinguer deux catégories de compléments :

– ceux à usage nutritionnel simple, vendus librement ;

– et ceux à effet thérapeutique, qui devraient relever du monopole pharmaceutique.

« La loi 17.04 portant code du médicament et de la pharmacie ne prévoit pas, pour l’instant, de monopole exclusif des pharmaciens sur les compléments alimentaires », nous explique-t-on.

« Elle regroupe ces produits dans une seule catégorie, sans différencier ceux dont la composition les rapproche d’un médicament ».

« Les pharmaciens demandent alors que l’article 30 de cette loi soit révisé, afin de scinder les compléments alimentaires en deux classes distinctes, selon leur dosage en principes actifs ».

La question du dosage au cœur du débat

En effet, la frontière entre médicament et complément alimentaire dépend souvent du taux des substances actives, tel que défini dans la pharmacopée.

Quelques exemples illustrent bien cette différence :

Supradyn, autrefois médicament, est devenu un complément alimentaire après la réduction du dosage en calcium et magnésium ;

Fluocaril bifluoré, avec 250 ppm de fluor, est un médicament, alors que le même produit vendu en épicerie, avec un taux de fluor plus bas, devient un simple complément ;

– De même, Tardyferon et Ferplex sont des médicaments, tandis que Fitofer, au dosage plus faible en fer, est commercialisé comme complément alimentaire.

Selon les pharmaciens, cette situation peut s’avérer dangereuse. « Un citoyen ne connaît pas les seuils thérapeutiques et peut se surdoser sans le savoir ».

Ils plaident donc pour que tous les compléments alimentaires contenant des principes actifs répertoriés dans la pharmacopée, et dont la variation de dosage peut leur conférer un effet thérapeutique, soient placés dans le champ d’exercice exclusif des pharmaciens.

Il s’agit avant tout d’une question de sécurité sanitaire et de protection du consommateur. « Cette proposition a pour but de renforcer la protection de la santé publique et de réguler la circulation des substances à caractères médicamenteux, notamment les compléments alimentaires contenant des composants pharmaceutiques ou produisant des effets thérapeutiques nécessitant un encadrement professionnel », concluent nos sources.

Les deux parties sont parvenues à un accord de principe sur ce point. De nouvelles réunions sont toutefois prévues dans les prochains jours ou semaines afin d’en affiner les contours.