Longtemps centré sur les fonds classiques, le marché marocain de la gestion d’actifs entre dans une nouvelle phase. Une réforme d’ampleur, portée par le projet de loi 03-25 relatif aux OPCVM, vient refondre les règles du jeu et introduire une série d’innovations destinées à rapprocher la Bourse de Casablanca des standards internationaux.
L’un des volets les plus emblématiques de ce texte est sans conteste l’ouverture du marché aux fonds indiciels cotés, plus connus sous le nom d’ETF (Exchange Traded Funds). Ces véhicules d’investissement, qui ont bouleversé la gestion d’actifs à l’échelle mondiale, permettent de suivre fidèlement la performance d’un indice de référence tout en restant cotés et négociables comme une action.
Adopté récemment par la Chambre des représentants, le projet de loi 03-25 actualise en profondeur le cadre réglementaire des OPCVM et ouvre la voie à une nouvelle génération de produits d’investissement, plus flexibles, plus diversifiés et plus adaptés à la réalité du marché marocain.
Dans ce contexte, une question s’impose : que sont exactement les ETF ? Comment fonctionnent-ils ? Et pourquoi leur arrivée constitue-t-elle un tournant pour la gestion d’actifs nationale ?
Qu’est-ce qu’un ETF et pourquoi va-t-il marquer une évolution majeure ?
« Un ETF, c’est un fonds d’investissement coté en bourse qui permet de suivre la performance d’un indice de référence », explique un professionnel de la gestion d’actifs.
« Supposons qu’un ETF soit adossé au MASI 20 : il détiendra les mêmes actions que l’indice, dans les mêmes proportions. En achetant une seule part, l’investisseur détient ainsi une fraction d’un portefeuille complet représentant l’ensemble de ces valeurs. C’est une manière simple d’accéder à tout le marché sans avoir à acquérir chaque titre individuellement », ajoute-t-il.
« Si l’on se demande en quoi un ETF se distingue d’un fonds actions classique, la différence tient à sa philosophie de gestion : les fonds actions traditionnels s’appuient eux aussi sur un indice de référence, appelé indice benchmark, mais uniquement pour mesurer leur performance. Le gérant conserve la liberté de s’en écarter, d’anticiper les tendances ou de privilégier certaines valeurs selon sa propre lecture du marché, alors qu’un ETF, lui, se contente de répliquer fidèlement la performance de cet indice », explique notre interlocuteur.
« La société de gestion se contente de reproduire la composition de l’indice sous-jacent, en ajustant les pondérations à chaque mise à jour.
Cette méthode de gestion passive réduit les coûts, limite les arbitrages et rend la performance plus prévisible ».
« Les ETF répondent à une demande croissante pour des produits liquides, transparents et adaptés aux stratégies passives. Leur introduction s’inscrit dans le prolongement de la réforme des OPCVM, dont la loi a déjà été adoptée et doit désormais être publiée au Bulletin officiel. Les prochaines circulaires de l’AMMC viendront préciser les modalités concrètes de mise en œuvre, qu’il s’agisse des procédures d’agrément pour les sociétés de gestion, des critères de sélection des indices ou encore des conditions opérationnelles de lancement de ces nouveaux produits ».
On pourra acheter une part d’OPCVM comme on achète une action, tout en bénéficiant d’une diversification intégrée
Parce qu’il est coté, l’ETF s’achète et se revend tout au long de la journée, comme une action. Son prix évolue en temps réel selon l’offre et la demande.
« Cette cotation continue donne une grande souplesse aux investisseurs particuliers ou institutionnels, qui peuvent ajuster leurs positions en quelques minutes », souligne notre interlocuteur.
Ce type de fonds, devenu incontournable à l’international, pourrait à terme transformer la relation des investisseurs marocains à la Bourse, en rendant l’investissement plus simple, plus transparent et plus liquide.
Quels effets pour le marché marocain et pour la gestion d’actifs ?
« L’arrivée des ETF devrait contribuer à améliorer la liquidité et la profondeur du marché, car ils génèrent en permanence des échanges sur l’ensemble des valeurs composant l’indice ».
« Contrairement à un fonds classique dont les souscriptions se font une fois par jour, l’ETF se négocie en continu : chaque achat ou vente en bourse crée un mouvement réel sur les titres sous-jacents, ce qui dynamise le volume global des transactions ».
Pour les investisseurs institutionnels, les ETF offriront un nouvel outil de gestion passive et de couverture de portefeuille. Ils pourront ajuster rapidement leur exposition à un secteur ou à un indice sans avoir à recomposer un portefeuille complet.
« Un assureur ou un OPCVM de fonds pourrait par exemple acheter un ETF MASI20 pour se repositionner rapidement sur le marché actions, sans coûts de transaction élevés ».
Pour les particuliers, c’est un moyen d’investir sur la Bourse marocaine sans connaissance approfondie de chaque valeur. Une seule part d’ETF permet d’accéder à un panier diversifié, limitant les risques liés à une trop forte concentration.
Cette logique de simplification pourrait encourager une nouvelle génération d’épargnants à s’intéresser à la Bourse, en particulier via les canaux digitaux et les plateformes d’investissement.
« À terme, la place pourrait aussi voir émerger des ETF sectoriels : sur les banques, les valeurs industrielles ou les thématiques ESG, voire des ETF obligataires répliquant les taux souverains marocains. C’est une réflexion« .
« Le nouveau projet de loi devrait d’ailleurs être abordé plus en détail lors de la conférence annuelle de l’ASFIM, prévue prochainement, afin de revenir sur les principales nouveautés du texte », estime notre professionnel de la gestion d’actifs.
Un effet d’élargissement sur l’industrie de la gestion d’actifs
« Les ETF seront juridiquement intégrés à la famille des OPCVM. Cela signifie que les encours globaux de la gestion collective devraient augmenter, mais que les flux seront répartis différemment ».
Autrement dit, une partie des investisseurs institutionnels et particuliers pourrait migrer vers les ETF, tandis que les fonds actifs conserveront leur rôle pour les stratégies spécifiques.
« Les ETF ne concurrenceront pas les OPCVM, ils les complètent : ils élargissent la palette d’investissement et permettent de répondre à des profils d’épargnants plus variés », conclut-il.
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