Les indicateurs de performance hôtelière publiés par In Extenso TCH confirment la dynamique exceptionnelle qui a permis de réaliser une croissance de 14% des arrivées par rapport à 2024, avec 15 millions de touristes, et 3 points pour le taux d’occupation national moyen qui a atteint 67%.

Seul bémol, les locomotives régionales du tourisme comme Marrakech ou Agadir posent la question de la saturation hôtelière à moyen terme en particulier dans le segment du luxe, soit dans les cinq prochaines années.

Des taux d’occupation et de rentabilité qui ne cessent de croître

Avec un taux d’occupation de 76% en septembre 2025 à Marrakech et Agadir, ces deux destinations ont en effet réalisé les meilleures performances nationales en termes de remplissage hôtelier.

S’il convient de se féliciter également de l’évolution nationale des recettes moyennes par chambre louée et des revenus moyens par chambre disponible (RevPAR), avec une importante hausse annuelle de 7% qui traduit une excellente santé du secteur, ces indicateurs sont aussi à double tranchant.

Des signaux d’alerte qui s’expliquent par le fait que certaines villes fonctionnent déjà à plein régime lors des pics saisonniers des fêtes de fin d’année ou lors de grandes événements, notamment pour les établissements de luxe qui sont les plus rentables.

De grands événements sportifs qui précipiteront la saturation hôtelière

Ainsi, la tenue de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre décembre 2025 et janvier 2026 devrait accroître la pression sur les capacités d’accueil de villes hôtes comme Marrakech ou Rabat où les hôtels ont déjà été pris d’assaut par les supporters.

En parallèle de la hausse de la fréquentation africaine, les opérateurs s’attendent aussi à une véritable explosion du tourisme chinois ou nord-américain après la récente ouverture de plusieurs lignes aériennes directes de type long-courrier, qui devraient drainer chacun un million d’arrivées.

Tout en se félicitant du rush à venir de nouveaux clients de plusieurs marchés émergeants, un dirigeant de la Confédération nationale du tourisme (CNT) estime que faute de réactivité des hôteliers, le risque est de parvenir à une insuffisance de l’offre hôtelière avec des conséquences néfastes sur les prix et la qualité de service.

Un risque de déséquilibre territorial

Inquiet, notre interlocuteur avance que la forte concentration des arrivées dans les quatre grandes destinations (Marrakech, Agadir, Casablanca, Tanger), mise en évidence par le cabinet In Extenso, aura pour effet direct de renforcer le risque de saturation comme cela est déjà le cas à Rabat pour la CAN.

« À moyen terme, la centralisation du flux touristique dans une ville comme Marrakech va aggraver le déséquilibre régional et lourdement compromettre les efforts de diversification territoriale », explique l’hôtelier. Il souligne que si l’hébergement informel ou non classé permettra d’absorber une partie de la demande, ces structures de type Airbnb, riads ou maisons d’hôtes, qui ne bénéficient d’aucun contrôle qualitatif des autorités de tutelle, ne sauraient constituer une véritable alternative et encore moins un relais de croissance pour satisfaire l’explosion de la demande internationale.

Une anticipation urgente pour absorber l’explosion de la demande dans les destinations menacées

Pour éviter une saturation d’ici 2030, notre interlocuteur juge urgent d’investir dans de nouveaux projets hôteliers, d’accélérer les procédures d’investissement touristique et d’aménager des pôles hôteliers périphériques qui soient efficacement reliés au centre des villes menacées de saturation.

Faute d’anticipation dans les cinq prochaines années, les grandes destinations comme Marrakech risquent de ne pas pouvoir tirer pleinement profit des retombées du Mondial 2030 et de voir leur réputation pâtir d’une capacité d’accueil insuffisante…