Au début de son allocution ce lundi 3 novembre, la ministre a indiqué que, malgré les crises mondiales, les chocs climatiques et les tensions géopolitiques, la croissance africaine reste robuste : autour de 3,8% selon la Banque africaine de développement et de 4% selon le Fonds monétaire international pour 2025, soulignant que « cette performance s’appuie sur des fondamentaux de plus en plus solides : discipline budgétaire, essor des services financiers, montée en puissance du numérique. »
Par ailleurs, elle a affirmé que le Maroc, « avec humilité mais résolution », participe à cette trajectoire, précisant que l’économie marocaine affiche des fondamentaux solides, avec une croissance qui devrait s’établir aux alentours de 4,8% cette année, une inflation qui restera contenue à 1%, tandis que la trajectoire baissière de notre déficit budgétaire se consolidera davantage ».
Épargne africaine : un levier encore « sous-exploité » pour le développement
Abordant la question de l’épargne, la ministre a précisé que l’Afrique épargne chaque année plus de 500 milliards USD, mais que moins de 10% de ce montant est investi sur le continent. Elle a critiqué cette situation : « C’est là notre paradoxe : nous disposons du capital, mais il ne circule pas suffisamment », s’interrogeant : « Comment convertir notre épargne en leviers de développement, nos fonds de pension et nos assurances en moteurs d’infrastructures ? »
La ministre a appelé à bâtir une finance africaine mieux intégrée, capable de mobiliser ces ressources au service de la transformation, déplorant qu’ »aujourd’hui encore, 80% des transactions intra-africaines passent par des devises étrangères, ce qui renchérit les coûts et ralentit l’intégration ».
Elle a souligné que des initiatives prometteuses, appelées à être amplifiées et soutenues, existent cependant pour fluidifier la circulation financière, notamment :
- Le PAPSS, le Pan-African Payment and Settlement System, déjà opérationnel dans 16 pays, permet des paiements en monnaies locales et pourrait économiser 5 milliards USD par an en frais de conversion.
- L’African Exchange Linkage Project (AELP) relie désormais sept bourses africaines et favorise l’investissement croisé des marchés de capitaux.
- Les fintechs africaines, qui pèsent déjà près de 40 milliards de dollars de revenus projetés en 2025, accélèrent l’inclusion financière.
Nadia Fettah a relevé la nécessité de lever trois verrous pour libérer pleinement ce potentiel :
- la confiance : entre États, régulateurs et investisseurs. Elle suppose des règles lisibles, des marchés profonds, une gouvernance stable ;
- l’interopérabilité : connecter les systèmes, harmoniser les régulations, pour fluidifier les capitaux ;
- l’audace : celle de concevoir des outils africains pour l’Afrique – fonds d’infrastructures, obligations vertes, titrisations régionales.
Souveraineté financière : coordonner plutôt que se refermer
Nadia Fettah a expliqué à cet égard que la souveraineté financière ne consiste pas à se refermer, mais plutôt à se coordonner pour exister à armes égales, soulignant que l’Afrique ne cherche pas à s’isoler du monde. « Elle ne veut ni ériger des murs ni se couper des échanges, mais reprendre la main sur son destin économique« .
La ministre a souligné la nécessité, par exemple, de :
- mettre en place des mécanismes africains de garantie capables de diminuer le coût du risque pour les entrepreneurs du continent, aujourd’hui encore trop souvent évalué selon des grilles extérieures ;
- lancer des pools d’assurance régionaux, car l’économie africaine est exposée à des chocs de plus en plus fréquents : climatiques, cybernétiques, logistiques ;
- faire de l’émission d’obligations de développement durable africaines, adossées à nos projets d’énergie, d’eau, d’éducation et d’infrastructure, un instrument majeur de souveraineté.
Souveraineté africaine : une feuille de route pour mobiliser, intégrer et durer
Nadia Fettah a estimé qu’il est temps pour l’Afrique de se doter d’un agenda collectif formant un véritable contrat de transformation, reposant sur trois niveaux :
- Un agenda de mobilisation, d’abord, pour orienter les fonds de pension, l’épargne domestique et les capitaux institutionnels vers les investissements productifs : aujourd’hui, moins de 3% des actifs des fonds africains sont investis dans les infrastructures.
- Un agenda d’intégration, ensuite, pour que nos marchés de capitaux et nos systèmes de paiement convergent : des initiatives comme le PAPSS ou le marché boursier panafricain AELP en sont les prémices.
- Un agenda de durabilité, pour ancrer la finance africaine dans la transition écologique et la justice sociale, car il n’y aura pas de croissance durable sans inclusion, ni de stabilité sans résilience climatique.