Le secteur touristique marocain affiche de bonnes performances. Les arrivées comme les recettes poursuivent leur progression à un rythme soutenu, et l’ambition affichée est encore plus grande.

Cette trajectoire ascendante s’explique par plusieurs facteurs conjugués : la reprise internationale du tourisme, le regain d’attractivité du Maroc depuis la Coupe du monde au Qatar en 2022 — qui a placé le Royaume parmi les destinations les plus en vue —, mais aussi la mobilisation des différents acteurs qui ont su capitaliser sur cette visibilité mondiale.

Dans cet entretien accordé à Médias24, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, revient sur les ressorts de cette performance, les objectifs fixés à l’horizon 2025 et 2030, ainsi que les leviers mobilisés pour transformer l’élan actuel en croissance durable.

La victoire des Lionceaux de l’Atlas constitue une campagne promotionnelle extraordinaire pour le Maroc

Médias24 : Que peut apporter au secteur du tourisme la récente consécration de l’équipe des Lionceaux de l’Atlas au Mondial des moins de 20 ans ?

Fatim-Zahra Ammor : On ne peut qu’être fier des performances de nos équipes nationales, qui vont bien évidemment participer au rayonnement planétaire de notre pays.

Ainsi, à titre d’exemple, la finale de la Coupe du monde U20 a été suivie par près de 3 milliards de téléspectateurs, à savoir une audience que peu de campagnes promotionnelles peuvent réaliser.

Aujourd’hui, notre rôle est de transformer cet engouement en flux touristiques réels.

Pour cela, nous devons créer les conditions d’accueil nécessaires, soit davantage de connectivité aérienne et de capacité d’hébergement, mais aussi une offre d’animation qui soit beaucoup plus diversifiée pour pouvoir enrichir le séjour de nos visiteurs.

– La dynamique actuelle permettra-t-elle d’atteindre 20 millions d’arrivées à la fin de l’année et un chiffre de 120 milliards de DH de recettes pour 2025 ?

– Sachant que notre capacité aérienne est sécurisée et que la feuille de route se déploie comme prévu, nous avançons dans la bonne direction et devrions approcher les 20 millions de touristes d’ici la fin de l’année.

Après avoir généré 112 MMDH de recettes touristiques en 2024, nous dépasserons certainement les 120 MMDH à la fin de l’année en cours, chiffre qui, dois-je le rappeler, était l’objectif initial de la feuille de route pour 2026 et non pas pour 2025.

– Comment expliquer que le niveau de recettes évolue moins vite que celui des arrivées ?

– Ce n’est plus le cas, car aujourd’hui, les arrivées et les recettes progressent quasiment au même rythme.

Ainsi à fin septembre, nous avons accueilli 15 millions de touristes et à fin août enregistré plus de 87 MMDH de recettes en devises, à savoir une progression de 14% sur ces deux indicateurs.

Partant du postulat que plus de recettes signifient plus d’activité économique, plus d’emplois et d’impact territorial, notre objectif consistera donc à maximiser les retombées économiques du tourisme.

Le programme Cap Hospitality a permis de rénover 14.000 chambres

Compte tenu de la montée en gamme souhaitée, comment pensez-vous accompagner les établissements hôteliers dans leur transition en termes d’investissements ?

– Pour maintenir la position du Maroc, qui fait aujourd’hui partie des meilleures destinations mondiales, la qualité de nos établissements d’hébergement touristique classés est essentielle.

Ainsi, dès 2022 le gouvernement a lancé un plan d’urgence post-Covid et a alloué 1 MMDH pour aider les établissements à se mettre à niveau après la crise sanitaire.

Après quoi, nous avons mis en place le programme Cap Hospitality, un dispositif inédit où l’État prend en charge les intérêts des crédits dédiés à la rénovation.

– À qui a bénéficié ce programme en nombre d’établissements et de chambres ?

– Il a rencontré un véritable succès avec 91 établissements qui ont déjà été retenus, représentant ainsi plus de 14.000 chambres. C’est vous dire à quel point l’État est mobilisé aux côtés du secteur privé.

Notre secteur va créer 25.000 à 30.000 emplois par an

– Quelles actions sont prévues en 2026 pour créer 200.000 nouveaux emplois d’ici 2030 ?

– Aujourd’hui, le secteur du tourisme emploie plus de 827.000 personnes directement, sans compter les nombreux emplois indirects dans l’artisanat, les transports ou les services.

Bien évidemment, nous voulons aller plus loin, avec l’ambition de créer entre 150.000 et 200.000 nouveaux emplois directs d’ici 2030, soit entre 25.000 et 30.000 par an.

Pour cela, nous misons sur deux leviers principaux : d’une part, la formation, avec 150.000 jeunes qui seront formés d’ici 2030 dans les métiers du tourisme, d’autre part, l’entrepreneuriat, à travers des programmes comme Go Siyaha qui accompagneront et financeront les jeunes porteurs de projets.

– Où en est la stratégie aérienne qui vise à doubler la capacité en termes de sièges vers le Maroc ?

– Le chantier de l’aérien avance particulièrement bien, avec 120 nouvelles lignes ouvertes en 2024 et 80 en 2025.

Par la suite, notre objectif est de renforcer nos marchés traditionnels, tout en développant de nouveaux marchés émergents à l’instar des avancées majeures avec ceux des États-Unis et de Chine.

Ainsi, la récente inauguration de la ligne Atlanta-Marrakech en est un bon exemple, puisqu’elle permet de relier Marrakech à 125 villes américaines à travers le hub d’Atlanta, qui est le plus grand hub au monde.

Nous travaillons aussi sur de nouveaux marchés, comme ceux du Japon, du Brésil et des pays du Golfe.

Un travail qui se fait main dans la main avec les compagnies aériennes, pour sécuriser les capacités et adapter les dessertes à la demande. C’est une stratégie qui s’inscrit dans la durée, mais les résultats se voient déjà, car le Maroc n’a jamais été aussi bien connecté au monde.

Le principal chiffre à retenir aujourd’hui est que, pour atteindre notre objectif de 26 millions de touristes en 2030, nous devons augmenter la capacité aérienne sur le Maroc de 1 à 1.5 million de sièges chaque année.

– Que prévoyez-vous pour développer le tourisme interne ?

– Nous travaillons sur des solutions structurelles pour mieux répondre à la demande des Marocains, avec l’objectif d’offrir davantage de choix tout au long de l’année, tout en développant des expériences autour de la nature, de la découverte et du patrimoine local.

Nous avançons également sur les textes d’application de la loi 80-14, qui vont encadrer l’hébergement chez l’habitant, l’hébergement alternatif et les bivouacs, très prisés des Marocains.

Enfin, nous allons renforcer la connectivité aérienne domestique afin de permettre à chacun de nos concitoyens de découvrir tout le Maroc, plus facilement et à des prix accessibles.

Les 26 millions d’arrivées en 2030 sont plus que jamais d’actualité

Comment se présentent 2026 et les cinq prochaines années ?

– En 2026, dernière année de la feuille de route, nous allons consolider la croissance, avec un focus sur l’enrichissement de l’offre touristique à travers tout le Maroc, et pas seulement dans les destinations phares.

Mais à l’horizon 2030, notre objectif reste clair : accueillir 26 millions de touristes.

– Sachant que dans la feuille de route, la période jusqu’au Mondial 2030 donne l’impression de constituer les années glorieuses du tourisme, quelle sera la suite après cette échéance ?

– Pas du tout, car le Mondial 2030 n’est pas une finalité en soi, mais plutôt un levier stratégique.

Bien au-delà de l’échéance de 2030, notre véritable ambition consistera en réalité à transformer cet événement en catalyseur d’un tourisme durable qui soit créateur de valeur à long terme pour l’emploi, l’économie et l’ensemble des territoires marocains…