Le premier panel de ce mardi 4 octobre, sur le thème du « Made in Morocco, au service de l’attractivité de la plateforme industrielle marocaine », a été l’occasion de dresser un bilan des acquis et de tracer les perspectives d’avenir pour le label marocain, véritable pilier de l’attractivité et du développement territorial.
Ouvrant le débat, Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, a rappelé que la nouvelle Charte de l’investissement est un « pilier » de l’action gouvernementale, conçue pour soutenir concrètement le Made in Morocco. Revenant d’une visite au Japon, il a souligné que le Maroc est désormais « un pays très reconnu mondialement », apprécié pour sa fiabilité et sa fidélité ».
« La charte vient renforcer les incitations et créer un terrain fertile pour attirer les investisseurs, nationaux comme internationaux », a-t-il déclaré, précisant que le soutien se concentre sur des axes clés comme l’innovation, l’emploi et l’équité territoriale. Pour le ministre, cette charte est le « garant » du succès du label marocain à l’échelle mondiale.
Mohamed Bachiri : « De la Botola à la Champions League »
Mohamed Bachiri, directeur général de Renault Maroc, a illustré la montée en puissance de l’industrie marocaine par la métaphore du football. « Nous sommes passés d’une logique où l’on jouait dans la Botola à une logique où l’on joue aujourd’hui en Champions League ». Avec 20% de la production mondiale du groupe et la Sandero comme véhicule le plus vendu aux particuliers en Europe, le Maroc est devenu le deuxième site de production de Renault dans le monde.
Ce succès, a-t-il expliqué, n’est pas le fruit du hasard. Il repose sur une vision royale déclinée sur quinze ans, une qualité de partenariat public-privé, une intelligence et une constance dans la politique industrielle, et des infrastructures de classe mondiale comme le port de Tanger Med et un réseau autoroutier de 1.860 km, bien supérieur à celui de certains pays européens comme la Roumanie (450 km). « Quand l’État marocain signe des engagements, il tient parole. C’est reconnu au niveau du groupe », a-t-il affirmé.
Pour l’avenir, Mohamed Bachiri a identifié plusieurs défis : maintenir les acquis – « Il faut oublier les victoires et rester humble »–, monter en grade en passant à une intégration verticale pour inclure les matières premières, et développer une économie circulaire pour le recyclage des déchets industriels.
Enfin, il a insisté sur la formation des talents de demain pour maîtriser l’électronique embarquée, le software et l’IA, citant l’initiative de Renault avec l’ENSA de Tétouan pour créer un cycle d’ingénieur « industrie automobile 4.0« . « Pour moi, le Made in Morocco est un enjeu socio-économique qui va au-delà d’une simple étiquette », a-t-il conclu, rappelant sa visite dans une usine Nissan au Japon où des enfants du primaire étaient formés pour devenir les « ambassadeurs de demain ».
Mehdi Bouamrani : « L’export comme levier de croissance »
Mehdi Bouamrani, directeur général de Dislog Group, a témoigné de l’évolution du label sur le marché national. « Aujourd’hui, je connais très peu de consommateurs qui font le distinguo. La barrière est complètement cassée ». L’évolution de la classe moyenne a créé une demande pour des produits de qualité à un bon prix, « une brèche dans laquelle les champions nationaux se sont engouffrés ».
Cependant, pour atteindre les 60% de production locale manquants dans des secteurs comme l’agroalimentaire, il a souligné un besoin crucial : l’export. « Le marché marocain est trop petit pour justifier d’investir dans tous les sous-secteurs », a-t-il expliqué. Il a plaidé pour l’accélération des partenariats public-privé dans le secteur de la santé pour « gagner en volumétrie » et pour la finalisation de l’accord de libre-échange avec l’Afrique de l’Ouest, un environnement immédiat où le Made in Morocco est perçu comme une « amélioration ».
Anouar Radi : « Une histoire de souveraineté et de fierté »
Le témoignage le plus personnel est venu d’Anouar Radi, président-directeur général d’Enosis Group, qui a relaté la genèse de sa marque « Mio » comme un acte de « revanche » et de quête de « souveraineté économique ».
Il confie avoir décidé de créer sa propre marque à la suite d’une expérience avec une multinationale, en 2009, où une acheteuse lui avait dicté ses prix. « J’avais les larmes aux yeux. Comment, aujourd’hui, je ne suis pas souverain chez moi ? »
En 2010, il lance la construction d’une tour d’atomisation, une technologie que même ses contacts au sein des multinationales jugeaient hors de portée. « L’installation a été réalisée à 100% par des Marocains de toutes les écoles », a-t-il insisté. En 2019, « Mio » est devenu leader sur le marché marocain. « Le Made in Morocco ne doit pas être un slogan, il doit tourner autour de la qualité, de l’innovation et des talents marocains. C’est ça le secret », a-t-il martelé.
Pour lui, le succès repose sur le capital humain. « Je me suis entouré de gens plus intelligents que moi », a-t-il confié, soulignant l’importance de la gouvernance pour assurer la pérennité des entreprises familiales au-delà de la première génération. Il a également raconté avoir recruté de jeunes talents de la diaspora marocaine, qui ont quitté Genève pour Jorf Lasfar, motivés par la « fibre du Made in Morocco« .