Alors que les FRA ont un besoin urgent de renouveler et de renforcer leur parc de transport logistique, la compétition oppose principalement le C-130J Super Hercules de Lockheed Martin au C-390 Millennium d’Embraer.

Pour notre consultant Abdelhamid Harifi, « il y a plus de chances pour que le choix soit américain que brésilien », et ce, pour plusieurs raisons concrètes.

Le premier avantage de Lockheed Martin réside dans son engagement tangible au Maroc. « Au lieu de signer une simple lettre d’intention, ils ont lancé un investissement réel pour soutenir le plan d’émergence industrielle au niveau de l’aéronautique », explique notre consultant. Ce partenariat inclut un « vrai transfert de technologie » pour la prise en charge des appareils au niveau local.

Cet investissement est d’autant plus stratégique qu’il couvre la modernisation de la flotte existante de C-130H, des appareils qui ont plus de 45 ans de service. « Face au retard dans la prise de décision pour l’achat de nouveaux avions et à la nécessité d’assurer une transition, on a opté pour une modernisation dont une grande partie sera assurée localement », précise le consultant. Ce marché, réparti entre plusieurs intervenants, démontre un caractère stratégique et urgent de maintenir les capacités actuelles.

La continuité logistique et la maîtrise des coûts

Le deuxième point fort de l’offre américaine est d’ordre logistique et opérationnel. « Le C-130J dispose d‘un programme d’entretien et de maintenance qui représente près de 65% de ce qui se fait actuellement pour les C-130H », détaille Abdelhamid Harifi.

Cela signifie que la prise en charge logistique sera « aisée » pour les équipes de maintenance marocaines, qui bénéficient déjà d’une « longue expérience » dans l’entretien, la maintenance et le pilotage des légendaires Hercules.

À l’inverse, opter pour le C-390 d’Embraer « serait un investissement très lourd au niveau logistique et infrastructurel ». Selon l’expert, il faudrait « construire des locaux dédiés à cet avion et investir lourdement dans des formations poussées pour les équipes de mécanos et de pilotes ».

Une différence technique fondamentale : robustesse vs luxe

Une différence technique fondamentale fait également pencher la balance du côté américain. L’avion brésilien, l’Embraer C-390, est décrit comme un appareil « plus ou moins haut de gamme, luxueux », mais qui n’est pas conçu pour des opérations tactiques dans un contexte rude. « Il n’est pas fait pour atterrir dans des conditions climatiques difficiles par exemple », précise Abdelhamid Harifi.

Cette caractéristique le rend moins adapté aux exigences opérationnelles des FAR, qui imposent un avion robuste capable d’opérer sur des terrains variés et dans des environnements difficiles. Le C-130J Hercules, quant à lui, est réputé pour sa robustesse et sa polyvalence, héritées de décennies d’opérations sur tous les théâtres du monde.

Les promesses d’Embraer en question

En complément, Abdelhamid Harifi se montre particulièrement sceptique quant aux promesses du constructeur brésilien. « Un point soulevé par plusieurs intervenants est qu’Embraer a quand même signé une lettre d’intention pour investir plus d’un milliard de dollars dans l’industrie marocaine, mais jusqu’à présent, cela reste une lettre d’intention, rien n’a été fait sur le terrain ».

Il craint que cela ne soit qu’une « annonce« , citant en exemple des lettres d’intention similaires signées par Embraer avec des pays comme la Pologne ou le Portugal, qui n’ont pas toujours été suivies d’effets concrets.

Une coopération stratégique américaine de long terme

Enfin, le choix de Lockheed Martin s’inscrirait dans le cadre plus large d’une coopération maroco-américaine « long termiste et stratégique » qui va au-delà du simple achat d’équipement.

Abdelhamid Harifi rappelle que Lockheed Martin a confirmé sa volonté de faire du Maroc une plateforme régionale, non seulement pour l’entretien et la maintenance des avions américains en service dans les armées nord-africaines et du Moyen-Orient, mais aussi pour d’autres secteurs.

« Aujourd’hui, quand on parle de coopération maroco-américaine, on est sur du concret, des choses qui se font maintenant sur le terrain et qui favorisent le choix américain », affirme-t-il.

Des aspects politiques non négligeables

Au-delà des aspects industriels et logistiques, des facteurs politiques entrent en jeu. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara et le soutien à la résolution 2797, qui confirme la prééminence du plan d’autonomie, consolident cette relation.

« Ce sont des choses qui renforcent la qualité de la coopération entre la société américaine et l’État marocain », conclut l’expert, tout en réitérant la nécessité de rester prudent tant qu’aucune décision officielle n’est annoncée.