Dans plusieurs de nos articles consacrés à la Bourse de Casablanca, nous évoquions la montée en puissance des petits porteurs et leur rôle déterminant dans la dynamique du marché, particulièrement au cours du deuxième trimestre.

Les chiffres publiés par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) dans son rapport sur le profil des investisseurs au deuxième trimestre 2025 viennent désormais confirmer ce constat.

Les personnes physiques marocaines ont représenté 27,9% du volume total des transactions sur le marché central, un niveau inégalé depuis 2017. Cette part les place devant les institutionnels classiques, à savoir les personnes morales marocaines (25,4%) et étrangères (6,3%), tout en restant juste derrière les OPCVM, qui demeurent les opérateurs les plus actifs avec 36,7% des échanges.

Ce basculement confirme la montée en puissance des particuliers dans un marché porté par la progression des indices et l’intensité des échanges. Le MASI a gagné 3% sur le trimestre, tandis que le MASI 20 s’est apprécié de 3,5%, portant leurs performances semestrielles à +23,9% et +25,4%.

Dans ce contexte, le volume global des transactions sur les marchés central et de blocs a atteint 31,1 milliards de DH (MMDH), en hausse de près de 25% sur un an. Cette évolution illustre un marché animé par les arbitrages des particuliers, désormais au cœur de la liquidité et de la tendance haussière.

« On sent un vrai réveil des particuliers, c’est évident. Beaucoup d’épargnants ont voulu saisir la conjoncture : les performances du marché, les introductions en bourse, l’ambiance économique autour de la CAN et de la Coupe du monde à venir… tout cela crée un climat positif. Il y a aussi un effet de confiance : la communication des sociétés cotées s’est améliorée, les résultats sont solides, et les gens se disent qu’il serait dommage de rester spectateurs. Les investisseurs particuliers ne suivent plus seulement la tendance, ils la créent », commente un analyste de la place.

Une présence structurante et des volumes qui tendent vers la confirmation d’un mouvement durable

Le rapport de l’AMMC révèle une activité soutenue et régulière des petits porteurs, preuve que leur retour s’inscrit dans la durée. Les personnes physiques marocaines ont réalisé au deuxième trimestre 7,7 MMDH d’achats et 8 MMDH de ventes, des volumes en hausse respective de 73,7% et 83% sur un an. Ces niveaux placent les particuliers parmi les acteurs les plus dynamiques du marché central, avec une activité restée quasiment stable par rapport au premier trimestre 2025.

Les petits porteurs participent aux phases de hausse comme aux périodes de consolidation, animant la cote par des prises de bénéfices suivies de réinvestissements rapides. Leur comportement traduit une approche plus rationnelle du marché, loin de l’image spéculative qui leur était autrefois associée.

L’effet de ce regain d’activité se mesure également sur la liquidité. Le nombre d’ordres de bourse a atteint 556.336 au T2-2025, en progression de 71,3% par rapport à la même période de 2024, tandis que le nombre de contrats a grimpé à 276.449, soit une hausse de 71,1%. Le marché central concentre à lui seul 91% du volume total, soit 28,2 MMDH, un niveau en forte croissance sur un an.

Dans le même temps, les OPCVM ont poursuivi leurs achats (11,4 MMDH, +113%) et demeurent les premiers intervenants, tandis que les personnes morales marocaines restent majoritairement vendeuses. Le profil du marché s’équilibre ainsi entre la gestion collective, moteur de stabilité, et la clientèle de détail, moteur de mouvement et de profondeur.

Les autres profils d’investisseurs : un équilibre renouvelé autour des OPCVM

Le rapport met aussi en lumière une évolution de la structure globale du marché. Les OPCVM restent les acteurs dominants, avec 36,7% du volume total des transactions sur le marché central. Leurs achats atteignent 11,4 MMDH, soit une hausse de 113% par rapport au T2-2024, tandis que leurs ventes s’élèvent à 9,3 MMDH, en progression de 74,8%. Ces volumes traduisent une activité d’investissement soutenue, alignée sur la bonne orientation des indices et sur la collecte positive enregistrée depuis le début de l’année.

Les personnes morales marocaines, troisième force du marché avec 25,4% des échanges, affichent pour leur part une position nette vendeuse. Leurs ventes ont atteint 7,9 MMDH, contre 6,4 MMDH d’achats, soit une progression respective de 68,9% et 15,2% en glissement annuel. Cette configuration reflète des arbitrages plus que des désengagements : nombre d’entreprises profitent du cycle haussier pour matérialiser des plus-values ou réallouer leurs portefeuilles.

Les investisseurs étrangers consolident eux aussi leur présence, avec 1,7 MMDH d’achats, soit trois fois le niveau observé un an plus tôt, et 1,8 MMDH de ventes. Cette montée en puissance progressive témoigne d’un regain d’intérêt pour le marché marocain, soutenu par la visibilité économique et la stabilité monétaire.

Enfin, les opérations transitant par le réseau bancaire représentent 3,5% des volumes. Leurs achats s’élèvent à 858 millions de dirhams et leurs ventes à 1,1 MMDH, en forte hausse annuelle, mais en léger repli par rapport au trimestre précédent.