Depuis quelques jours, plusieurs médias algériens affirment qu’une hausse du prix du gaz butane est prévue au début de l’année 2026 au Maroc, et que cette hausse serait liée à une décision d’Alger de couper ses exportations de butane vers le Royaume.

Selon eux, le Maroc subirait ainsi une chute de l’offre qui inciterait le gouvernement à poursuivre la réforme de la compensation et à relever les prix des bonbonnes. Ce récit est complètement faux.

Prix du butane : une décision budgétaire

Le prix du gaz butane au Maroc n’est pas fixé par le marché. Il est administré par l’État à travers la Caisse de compensation, qui prend en charge la différence entre le coût réel d’importation et le prix de vente au consommateur.

Cette évolution s’inscrit dans une démarche de maîtrise et de rationalisation du système de soutien, visant à passer d’un régime de subventions généralisées à un dispositif de ciblage plus efficace, fondé sur des aides sociales directes destinées aux ménages éligibles.

Dans ce cadre, le programme prévoyait une première hausse de 10 DH en mai 2024, suivie d’une seconde augmentation de 10 DH au début de 2025, puis d’une troisième au début de 2026, afin d’atteindre un prix cible de 70 DH. Toutefois, après la revalorisation appliquée en 2024, l’augmentation programmée pour 2025 n’a finalement pas été mise en œuvre.

Selon nos informations, aucune décision pour appliquer une nouvelle hausse en 2026 n’a été prise pour le moment.

Le projet de loi de finances 2026 ne prévoit aucune poursuite de la réforme de la compensation. Il se limite à indiquer que l’enveloppe globale de la Caisse s’élèvera à environ 13,8 MMDH.

Les importations marocaines du gaz butane

Contrairement à ce que la presse algérienne laisse entendre, le Maroc n’importe plus de butane d’Algérie. Les données de l’Office des changes montrent qu’en 2021, l’Algérie représentait encore environ 19% des importations, avant de disparaître complètement du tableau à partir de 2023.

Aujourd’hui, le Maroc s’approvisionne principalement auprès des États-Unis, qui assurent près de 77% des importations de butane en 2024, contre 76% en 2023 et 70% en 2022. L’Europe représente la deuxième source, avec une part stable autour de 23% à 26% sur les trois dernières années.

L’Algérie, autrefois un fournisseur notable avec près de 20% des importations jusqu’en 2021, a complètement disparu du paysage depuis 2023. Cette évolution confirme une réorientation complète des flux vers les marchés américain et européen et l’absence totale de dépendance à l’Algérie.

Source : Office des changes

La réalité économique contredit la narration algérienne

L’idée d’un lien entre un éventuel arrêt algérien et une hausse des prix au Maroc n’a donc aucun fondement. Le Maroc s’approvisionne auprès d’un marché international liquide et diversifié. Les cargaisons peuvent provenir d’Espagne, de France, des Pays-Bas ou d’autres pays, selon les conditions du marché et du fret maritime.

Les déterminants réels du coût du butane au Maroc sont bien connus. Ils dépendent de trois variables : les cours internationaux du propane et du butane, le taux de change du dirham, et les frais logistiques d’importation et de distribution.

Les prix peuvent donc fluctuer dans les comptes de la Caisse de compensation sans que les consommateurs marocains ne voient de différence sur leurs factures. Le gouvernement choisit de maintenir cette stabilité pour préserver le pouvoir d’achat et éviter tout choc social.

Ainsi, la thèse selon laquelle l’Algérie « punit » le Maroc en coupant le butane, provoquant ainsi une hausse des prix, est absurde.