La finalisation, fin 2024, du rachat d’Eqdom par le groupe Saham a marqué une étape majeure dans l’évolution de son actionnariat. L’opération, conclue entre Société Générale et Saham Finances le 11 avril 2024 et finalisée le 3 décembre de la même année, a entraîné la cession de Société Générale Marocaine de Banques à Saham (ex-Société Générale Marocaine de Banques) et de ses filiales, dont Eqdom. Ainsi, Saham Finances est devenue l’actionnaire de contrôle indirect de la société, via Saham Bank et Investima.

À l’issue des opérations, Saham Bank a porté sa participation à 57% du capital. Le changement de contrôle est donc désormais pleinement acté, mettant fin à plus de vingt ans d’adossement d’Eqdom au groupe Société Générale.

Cette transition capitalistique inscrit désormais Eqdom dans l’écosystème Saham, sous le contrôle de Saham Bank, filiale de Saham Finances, aux côtés d’investisseurs institutionnels tels que le RCAR, la CIMR ou Atlantic Re.

Elle ouvre une nouvelle phase dans l’histoire de la société, marquée par une gouvernance locale et une intégration au sein d’un groupe financier marocain, sous l’impulsion de Moulay Hafid Elalamy.

Que recouvre concrètement ce basculement ? Quelles en sont les implications sur la stratégie, la gouvernance et la perception du marché ?

Une nouvelle architecture capitalistique et décisionnelle

Depuis la finalisation du rachat par le groupe Saham, la structure du capital d’Eqdom a profondément évolué. Le nouvel actionnaire de référence, Saham Bank, détient désormais 57% du capital.

Ainsi, la composition de l’actionnariat d’Eqdom traduit une majorité sahamienne, accompagnée d’un noyau stable d’institutionnels marocains : le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR) détient 10,18%, la CIMR 6,02%, et Atlantic Re 5,18%. Les investisseurs individuels et autres institutionnels se partagent le reste, soit environ 21,6% du capital. Cette configuration assure une base actionnariale solide, dominée par des acteurs nationaux de long terme.

Au 7 juillet 2025, la ventilation détaillée du capital d’EQDOM se présente comme suit.

Sur le plan décisionnel, Eqdom est aujourd’hui rattachée à la sphère de gouvernance du groupe Saham. Le conseil d’administration est présidé par Moulay M’Hamed Elalamy, qui représente Saham Bank. De plus, plusieurs membres du groupe ont intégré les organes de direction, traduisant un ancrage plus fort du pilotage au niveau local. Ce changement de gouvernance s’inscrit dans la continuité du repositionnement stratégique amorcé depuis la cession par Société Générale.

Pour autant, cette intégration au sein du groupe Saham ne se limite pas à un changement d’actionnaires ou d’administrateurs. Elle reflète une nouvelle logique d’organisation financière, où Eqdom devient l’un des maillons d’un pôle en construction, associant banque, assurance et investissement. Cette orientation, encore en phase d’installation, pose les bases d’une cohérence de groupe que le marché observera dans la durée.

Rupture de modèle : d’un adossement international à un groupe intégré marocain

Le changement d’actionnariat d’Eqdom traduit le passage d’une filiale de groupe bancaire international à une entreprise intégrée dans un groupe financier marocain en pleine croissance.

Sous la tutelle de Société Générale, Eqdom bénéficiait d’un cadre de gestion très normé, d’un accès privilégié au refinancement et d’un encadrement prudentiel harmonisé à l’échelle du groupe. Cette phase a pris fin avec la cession intervenue fin 2024, ouvrant un nouveau cycle d’intégration sous Saham Finances.

« On passe d’un pilotage adossé à une maison mère étrangère à une logique de développement portée par un groupe marocain multi-métiers », résume un analyste de la place. « Cela change la nature du soutien et du cadre de référence, mais cela ne remet pas en cause la solidité opérationnelle de l’entreprise. Eqdom reste une société rentable, bien gérée et suivie par des institutionnels solides ».

Ainsi, le modèle d’Eqdom s’aligne désormais sur une gouvernance locale, articulée autour de Saham Bank et de la holding Saham Finances. Ce basculement s’accompagne d’une adaptation naturelle des équilibres financiers.

« La notation de Fitch Ratings, abaissée en janvier 2025 de AA+(mar) à AA-(mar) avec perspective stable, illustre cette transition : la note ne traduit pas une dégradation structurelle, mais simplement la fin du soutien implicite de Société Générale ».

« Le principal enjeu sera de reconstituer un socle de financement durable sans dépendre d’un groupe étranger », estime le même analyste. « Mais Saham Bank dispose déjà d’une base de dépôts et d’un positionnement retail solide, ce qui pourrait créer, à moyen terme, des synergies naturelles ».

« En d’autres termes, la transition Eqdom-Saham ne s’accompagne pas d’une rupture brutale, mais d’une évolution graduelle vers un modèle intégré, centré sur des logiques locales de gouvernance et de financement. Le marché, pour sa part, observe cette phase avec prudence, en attendant de mesurer la cohérence du futur pôle financier que construit le groupe Saham ».

Parcours boursier : une hausse timide malgré l’euphorie en bourse

Sur le plan boursier, Eqdom évolue dans une phase de transition à l’image de sa structure d’actionnariat. Depuis le début de l’année 2025, le titre n’a progressé que de 4,7%, une performance modeste au regard du regain d’activité observé sur le marché actions.

« Cette évolution contenue reflète à la fois la prudence des investisseurs et la faible liquidité du titre. En effet, Eqdom n’a été échangée que durant 79 séances sur le premier semestre, soit à peine six jours de cotation sur dix ».

« C’est une valeur structurellement peu liquide », commente un analyste de la place. « Le capital est très concentré entre Saham Bank, la CIMR, le RCAR et Atlantic Re, ce qui laisse un flottant limité. Cela freine la rotation du titre, même lorsqu’il existe un intérêt ponctuel ».

Ainsi, la capitalisation d’Eqdom s’établit autour de 2 MMDH, avec un ratio P/S d’environ 1,3x. « Le P/E, en revanche, ressort négatif (-401x), conséquence directe du déficit de -6,9 MDH enregistré en 2024. Le titre ne verse plus de dividende depuis cette date, après plusieurs années de distribution régulière, ce qui réduit son attrait pour les investisseurs à rendement ».

« Le marché attend des signaux clairs sur la trajectoire future d’Eqdom », poursuit le même analyste. « Mais à ce stade, on reste sur un profil défensif, peu spéculatif, et très dépendant de la communication financière du groupe ».

« Pour l’heure, Eqdom demeure donc une valeur de portefeuille stable, soutenue par des fondamentaux sains, mais bridée par une liquidité étroite et un manque de catalyseurs immédiats. Le potentiel boursier à court terme apparaît limité, même si le repositionnement stratégique sous Saham pourrait, à moyen terme, offrir de nouvelles perspectives de valorisation ».

Une reprise maîtrisée et un nouveau cap stratégique 2026-2028

Eqdom a bouclé le premier semestre 2025 sur une performance solide, confirmant le redressement amorcé depuis son intégration au sein du groupe Saham. À fin juin 2025, la production nette s’est élevée à 1,893 MMDH, en progression de 30,3% par rapport à la même période de 2024, portée par la forte dynamique du crédit automobile.

Les encours bruts atteignent un niveau record de 11 MMDH, soit une hausse de 7,3% par rapport à décembre 2024.

Le produit net bancaire (PNB) s’est établi à 305 MDH, en croissance de 8,6%, tiré par la hausse des commissions et l’amélioration de la marge nette d’intérêt.
Le résultat net ressort à 72 MDH, en hausse de 3,5%, soutenu par une baisse du coût du risque et une meilleure optimisation du recouvrement.

Ces chiffres confirment la résilience opérationnelle de la société, même si la réaction boursière demeure contenue, le titre n’ayant progressé que de 4,7% depuis le début de l’année.

En parallèle, le conseil d’administration d’Eqdom a validé la feuille de route stratégique 2026-2028, articulée autour de deux ambitions majeures :

  • Améliorer en continu l’expérience client, en renforçant l’efficacité opérationnelle, la digitalisation et la qualité de service ;
  • Poursuivre une croissance soutenue et rentable, fondée sur les segments clés du crédit à la consommation et sur des partenariats durables.

Graphique
eqdom-p
Min
1 040.00
Max
1 385.00
11/11/202410/11/2025

Source: medias24.com