Le projet de fabrication de drones israéliens au Maroc entre dans une phase concrète. La société BlueBird Aero Systems a annoncé avoir accueilli une équipe technique marocaine dans ses installations pour une formation approfondie, en prévision du lancement imminent d’une ligne de production de drones kamikazes « Spy-X » à Benslimane.

Dans une publication sur LinkedIn, le spécialiste israélien de drones BlueBird Aero Systems a confirmé la visite de techniciens marocains. « Nous avons été ravis d’accueillir notre équipe technique cliente marocaine dans nos installations pour une session d’apprentissage approfondie sur notre processus de production de drones », a indiqué l’entreprise.

Cette visite s’inscrit directement dans le cadre d’un programme de transfert de technologie (ToT). La formation, qui incluait des sessions théoriques et pratiques (« hands-on »), a pour objectif de préparer les équipes marocaines au lancement de l' »installation et du programme de production du SPY-X au Maroc – la première ligne de fabrication locale de ce type ».

Cette annonce confirme que le projet, au-delà de la simple acquisition, vise à doter le Maroc d’une véritable capacité industrielle dans ce secteur de pointe.

Le projet industriel ne se limitera probablement pas au « Spy-X ». Selon des sources proches, l’objectif serait de fabriquer une gamme variée de drones au Maroc, non seulement pour les besoins des Forces armées royales, mais aussi pour les commercialiser sur le marché africain.

Partenariat Baykar-Maroc : la future usine de Benslimane produira un « produit dédié » à haute technologie

La collaboration entre le Maroc et le géant turc de la défense Baykar a elle aussi franchi une étape décisive. Après la finalisation du montage financier, le projet de construction d’une usine se précise.

Contrairement aux attentes, la future unité de production de Benslimane ne se contentera pas d’assembler des drones TB2 ou Akıncı, mais se concentrera sur la fabrication, selon notre consultant militaire, d’un « produit dédié principalement au Maroc », à haute valeur ajoutée et avec un potentiel d’exportation.

Benslimane, futur pôle de l’aéronautique militaire

Le choix du site n’est pas anodin. L’usine sera installée à Benslimane, une localité destinée à devenir un pôle industriel majeur pour l’aéronautique de défense. Sa proximité avec la base aérienne de soutien logistique des Forces royales air (FRA) en fait un emplacement stratégique, favorisant les synergies et la logistique.

Le point le plus stratégique de ce projet réside dans la nature de la production. L’usine ne sera pas une simple ligne de montage pour les célèbres drones TB2 ou Akıncı. Elle sera dédiée à la fabrication d’un produit spécifique, conçu pour les besoins du Maroc. Ce système, qui « peut être utilisé à travers le TB2 ou à travers l’Akıncı », nécessitera un « très haut niveau de technicité, de formation et de compétence ».

Bien que les détails restent confidentiels, il est fort probable qu’il s’agisse d’un système de munitions intelligentes ou d’un drone à vocation offensive, puisqu’il est question d’une « charge explosive« . Cette orientation confirme la volonté du Maroc de maîtriser des technologies de pointe et de ne pas se limiter à l’assemblage.

Cette montée en compétence est déjà une réalité. Des équipes marocaines ont suivi des formations spécialisées dans les unités industrielles de Baykar en Turquie, comme en témoignent des photos et vidéos diffusées il y a quelques mois. Ce transfert de savoir-faire est essentiel pour « élever le niveau de notre écosystème aéronautique militaire ».

Une nouvelle ère pour l’industrie de défense marocaine

Ces deux projets s’inscrivent dans une vision plus large de l’émergence industrielle du Maroc, en particulier dans le secteur de la défense. Il marque une rupture avec les activités aéronautiques traditionnelles. Désormais, le Maroc se positionne sur des segments « high-tech«  et à « création de valeur« .

Ces partenariats avec Baykar et Bluebird vont porter l’écosystème industriel aéronautique marocain à un niveau supérieur. Il présage de nouvelles étapes, avec l’ambition de voir, à moyen et long terme, des produits de défense « développés par des compétences marocaines ».