Les récentes précipitations qui se sont abattues sur plusieurs régions du Maroc, notamment le centre-ouest, sont perçues comme un bon départ, mais restent largement insuffisisantes pour dissiper les inquiétudes et lancer sereinement la campagne agricole.
Selon le Professeur Kamal Aberkani, spécialiste en sciences de l’agriculture à l’Université Mohammed Ier, les quelques millimètres de pluie enregistrés dans la nuit du 12 au 13 novembre sont une « déclaration positive », mais « n’auront pas d’impact significatif immédiat » sur l’agriculture.
Les quantités enregistrées entre le 12 et le 13 novembre 2025 restent en effet modestes. Les cumuls les plus importants ont été observés à El Jadida et Safi (9 mm) et au port d’Essaouira (7 mm). Ailleurs, les relevés sont bien plus faibles : 2 mm à Mohammedia, Tit Mellil et Nouaceur, et seulement 1 mm à Casablanca-Port, Settat et Inezgane-Agadir. Des villes comme Tanger, Taroudant ou Tiznit ont reçu moins d’un millimètre. Mais ces relevés ne comprennent pas la journée du jeudi ni, a fortiori, les jours de pluies à venir selon la Météorologie nationale.
« La capacité de rétention en eau des sols (« capacité au champ ») est actuellement très faible après une longue période de sécheresse », estime Pr Aberkani. Ces quelques millimètres ne feront qu' »humidifier la couche supérieure du sol » et l’eau sera rapidement absorbée, drainée ou s’évaporera, sans réellement profiter aux cultures en profondeur.
Ces pluies pourraient toutefois « favoriser la croissance des arbres fruitiers et des cultures fourragères », mais le véritable enjeu reste celui des grandes cultures.
Un décalage de la saison agricole
Ces premières averses confirment une tendance observée depuis une dizaine d’années : un retard dans le calendrier des pluies. « Auparavant, il y a 15 ou 20 ans, les agriculteurs semaient même avant le mois de novembre, en octobre », note notre interlocuteur. Ce décalage a pour conséquence de repousser le lancement des semis des grandes cultures d’automne, comme les céréales, la betterave à sucre ou la fève.
« Si nous arrivons à 50 ou 60 mm en moyenne par région dans les prochaines semaines, les agriculteurs pourront commencer à semer », estime le professeur Aberkani, espérant que le Maroc pourra atteindre un cumul de 600 à 700 mm au cours de la saison. Un tel niveau de pluviométrie permettrait d’assurer le succès des « cultures d’automne tardives », de favoriser celles de printemps, et surtout de commencer à remplir les barrages pour l’irrigation, un enjeu crucial pour les grands projets menés par l’État.
En conclusion, bien que ces pluies soient un signal encourageant, tous les regards restent tournés vers le ciel, en espérant des précipitations abondantes dans les prochaines semaines et notamment en décembre et janvier pour véritablement lancer la saison agricole et commencer à reconstituer les réserves stratégiques en eau du Royaume.