Saisi par la Chambre des conseillers, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié un avis consacré aux défis auxquels font face les micro, très petites et petites entreprises (micro/TPE/PE) au Maroc. Ces structures, qui représentent plus de 98% des entreprises formelles et assurent 56% des emplois déclarés dans le secteur privé, peinent encore à jouer pleinement leur rôle de moteur économique, malgré leur poids social déterminant.

L’étude, adoptée à l’unanimité lors de la 166ᵉ session du CESE tenue le 30 janvier 2025, met en lumière un constat préoccupant : la majorité de ces entreprises restent confinées dans une logique de survie, sans réelle progression ni modernisation.

Entre 2017 et 2022, seulement 0,2% des microentreprises ont réussi à évoluer vers une taille supérieure. En parallèle, plus de 15.600 défaillances ont été enregistrées en 2024, touchant presque exclusivement des TPE.

Des entreprises fragiles et peu productives

Si les micro et petites entreprises assurent plus de la moitié des emplois du secteur privé, leur contribution à la valeur ajoutée nationale demeure faible (20%), contre près de 68% pour les grandes entreprises, qui ne représentent pourtant que 0,5% du tissu économique, selon l’avis.

Le CESE attribue cette faible performance à plusieurs faiblesses internes : carence en compétences managériales et techniques, accès limité au financement, retard de digitalisation et manque d’innovation. Nombre d’entrepreneurs se lancent par nécessité plus que par opportunité, avec une activité souvent cantonnée au marché local.

L’accès au crédit reste un obstacle majeur : 90% des entrepreneurs identifient le financement comme principal frein à leur développement. Malgré des programmes tels que Intilaka ou Innov Invest, les jeunes entreprises et start-up peinent à trouver des dispositifs adaptés à leurs besoins, notamment pour les levées de fonds intermédiaires.

À ces faiblesses internes s’ajoutent des obstacles structurels : l’accès restreint aux marchés, notamment à la commande publique, la concurrence déloyale de l’informel, les lourdeurs administratives et des délais de paiement excessifs, estimés à 137 jours en moyenne.

Le Conseil note également que la confiance vis-à-vis de l’administration fiscale demeure fragile, malgré les réformes engagées. Certaines dispositions récentes, comme la hausse progressive de l’impôt sur les sociétés ou la retenue à la source appliquée aux auto-entrepreneurs, ont, selon le CESE, « accentué les contraintes » pesant sur les plus petites structures.

Vers une approche intégrée et différenciée

Face à ces défis, le CESE appelle à une refonte cohérente des politiques publiques en faveur des micro et petites entreprises. Il recommande notamment :

  • La mise en place d’un “Small Business Act marocain”, pour regrouper et unifier l’ensemble des dispositifs de soutien.
  • La création d’une instance nationale indépendante chargée du suivi et de l’évaluation des politiques dédiées aux micro/TPE/PE.
  • Une cartographie nationale des besoins régionaux, afin d’adapter les dispositifs d’accompagnement aux réalités locales.
  • L’intégration des compétences entrepreneuriales dans les cursus scolaires et les programmes de formation professionnelle.
  • Un plan national d’accompagnement non financier, combinant services de proximité, mentorat et partenariats avec des acteurs qualifiés.
  • Des quotas différenciés dans la commande publique, pour favoriser la participation des plus petites entreprises et leur intégration dans les chaînes de valeur.
  • Une évaluation à mi-parcours de la réforme fiscale, afin d’en mesurer les effets réels sur cette catégorie d’entreprises et d’ajuster la charge qui pèse sur elles.

Pour le CESE, la consolidation de ce tissu entrepreneurial passe par une approche globale : renforcer les capacités internes des entreprises tout en améliorant leur environnement externe. Objectif : bâtir un écosystème inclusif, résilient et arrimé aux stratégies sectorielles et à la régionalisation avancée.

Les micro et petites entreprises, souligne le Conseil, ne sont pas seulement un levier économique. Elles sont aussi un pilier de stabilité sociale et territoriale, en assurant des revenus à des milliers de familles et en offrant une porte d’entrée à l’emploi pour les jeunes et les travailleurs non qualifiés.