En vue du seizième de finale de la Coupe du monde U17, opposant le Maroc aux États-Unis sur le terrain numéro 7 de l’Aspire Zone, ce vendredi 14 novembre (16h45) à Doha, au Qatar, le sélectionneur national, Nabil Baha, devra résoudre une sorte de quadrature du cercle.
Que faire lorsque ce sont les remplaçants qui l’emportent, alors que le célèbre adage dit que l’on ne change pas une équipe qui gagne ?
Faut-il accorder sa confiance au onze qui s’est qualifié en marquant l’histoire du Mondial par l’ampleur de sa victoire sur la Nouvelle-Calédonie (16-0), ou miser sur les titulaires habituels, quitte à froisser certains de ses protégés ?
Le sélectionneur du Maroc se retrouve ainsi confronté à un véritable casse-tête. Le défenseur central Driss Aït Cheikh, le latéral gauche Moncef Zekri, le milieu de terrain Abdellah Ouazane et l’avant-centre Ziyad Baha sont les principaux éléments de cette équation.
Présents mais sans être là lors des défaites subies devant le Japon (0-2) et le Portugal (0-6), ces champions d’Afrique de la catégorie n’ont certainement pas perdu leur talent du jour au lendemain.
Mais leur prestation fut loin des standards auxquels ils nous avaient habitués. Voici quelques statistiques issues des deux premières rencontres qui en attestent :
– Driss Aït Cheikh : seulement 30 % de duels défensifs remportés ;
– Moncef Zekri n’a réussi aucun des deux centres qu’il a tentés et n’a remporté aucun duel aérien ;
– Abdellah Ouazane n’a réussi qu’une passe dans le dernier tiers et aucune en direction de la surface de réparation ;
– Ziyad Baha n’a cumulé que 0,07 xG lors des deux premières rencontres. Soit une bribe d’occasion de but. Aucun tir cadré ni dribble réussi.
Bref, chacun de ces joueurs a failli là où on l’attendait le plus. Un par ligne, cela fait tout de même beaucoup. Certes, Baha et Ouazane ont participé au festival avec leurs coéquipiers face à la Nouvelle-Calédonie en inscrivant chacun un doublé.
Mais face à une équipe réduite à neuf et complètement désunie et démotivée.
Le niveau des joueurs est assez homogène dans l’effectif
Alors, quelle attitude le technicien marocain doit-il adopter ? Il y a répondu de manière sibylline lors de la conférence de presse d’avant-match. « Le match face à la Nouvelle-Calédonie a redonné un élan à toute l’équipe et les joueurs sont désormais plus en confiance ».
Autrement dit, pas seulement aux remplaçants qui ont qualifié le Maroc, mais aussi aux titulaires déchus. Une manière de mettre tout le monde dans le même panier et de préparer le retour des titulaires dans le onze.
De toute façon, « le niveau des joueurs est assez homogène dans l’effectif. Quel que soit le joueur qui sera lancé, il sera capable de faire une bonne prestation », assure l’un des entraîneurs de jeunes qui a notamment participé à l’éclosion de Ziyad Baha, du temps où il était à l’Académie du Fath Union Sport (FUS) de Rabat.
Notre interlocuteur insiste sur la capacité de rebond de l’attaquant de 16 ans, qui a rejoint en début de saison les U19 de Calavera FC en Andalousie (Espagne), en provenance du Betis de Séville.
On attend également que Abdellah Ouazane en fasse de même et qu’il mette enfin derrière lui sa signature avortée au Real Madrid lors du dernier mercato estival.
Il y a fort à parier que les Marocains ont besoin de perdre pour apprendre à gagner. Il s’agit désormais de capitaliser sur l’écrasant succès précédent pour écrire une nouvelle page de leur histoire dans ce Mondial au Qatar.
« Le groupe avait besoin de croire en ses capacités et d’avoir le déclic pour gagner des matchs, et ils l’ont fait contre la Nouvelle-Calédonie », assure le sélectionneur national.
En fait, la réussite des Marocains passera par leur capacité à transformer le passé en un tremplin pour un avenir radieux. Outre la phase de groupes, cela devrait également leur permettre de mieux appréhender le choc qui les attend contre les États-Unis.
D’autant que les Américains auront certainement aussi à cœur de venger leurs compatriotes U20 et U23, qui ont respectivement subi la loi du Maroc en quart du Mondial U20 et des Jeux olympiques de Paris 2024.
Des sauts de concentration à exploiter
Au premier tour, les États-Unis ont dominé leurs adversaires pour finir premiers d’un groupe comprenant la République tchèque, le Burkina Faso et le Tadjikistan.

Une poule au niveau relativement faible, comparée à celle du Maroc. Mais pour leur 18e participation à l’épreuve planétaire dans la catégorie U17, les Américains ne cachent pas leur volonté d’aller un peu plus loin que la 4e place atteinte à l’issue de l’édition 1999.
Pour ce faire, ils pourront compter sur une défense globalement solide. Les protégés de Gonzalo Segares n’ont encaissé qu’un seul but en plus de 270 minutes de jeu.
Néanmoins, c’est l’une des équipes qui concède le plus de tirs par match, la faute à des sauts de concentration. Pour preuve, cette séquence qui s’est répétée à plusieurs reprises, notamment lors de leur match face au Burkina Faso.

Un pressing haut où les positions des Américains ne sont pas optimales. Le marquage est assez léger, ce qui a permis aux Burkinabès de ressortir le ballon et de se retrouver dans une situation de supériorité numérique face à la défense américaine.
Une occasion qui n’a pas été correctement exploitée, mais qui révèle l’une des failles dans le système défensif des États-Unis.

Offensivement, comme nous l’expliquions auparavant, le futur adversaire de l’EN essaye de récupérer le ballon assez haut sur le terrain. Mais il peut également défendre bas, en bloc médian, afin de capitaliser sur la rapidité de certains de ses joueurs offensifs.
À l’image de Cavan Sullivan. Entré en jeu pour inscrire le but décisif du succès 1-0 contre le Burkina Faso, tout juste 48 heures après avoir participé à un match de MLS avec le Philadelphia Union.
Le meneur de jeu américain est assez précis dans la demi-terrain offensive (70 % de passes réussies).
Vif, rapide et doté d’une bonne vision de jeu, il brille également par sa justesse dans la prise de décision. En tout cas, il sera à surveiller comme le lait sur le feu par la bande à Nabil Baha.