À l’heure où le Maroc accueille le Mozambique, ce vendredi 14 novembre (20 h) au Grand Stade de Tanger, en match de préparation à la Coupe d’Afrique des nations 2025, l’épicentre des inquiétudes s’est déplacé des zones offensives vers celles défensives.
Car à la cheville meurtrie d’Achraf Hakimi s’ajoutent les adducteurs qui sifflent de Nayef Aguerd, dans un contexte où l’équipe nationale n’a toujours pas d’arrière-garde confirmée et stable.
Walid Regragui se serait bien passé d’un tel enchaînement de mauvaises nouvelles à un mois et demi du match d’ouverture de la CAN 2025, le dimanche 21 décembre au Complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat.
Le sélectionneur national et son staff doivent désormais se triturer les méninges pour reconstruire une défense solide, préalable indispensable aux ambitions de tout un peuple qui aspire à glaner un deuxième titre continental.
Une période d’autant plus charnière dans cette quête au vu des dernières éditions tombées presque systématiquement dans l’escarcelle des équipes ayant réalisé les meilleures performances défensives du tournoi.
En effet, si la Côte d’Ivoire, championne d’Afrique lors de la CAN 2023 en ayant la pire défense (8 buts encaissés), est l’exception qui confirme la règle selon laquelle l’attaque fait gagner les matchs et la défense des titres, les trois éditions précédentes ont effectivement consacré les sélections à la défense d’airain :
- CAN 2021 : Sénégal (2 buts encaissés / 0,6 but par 90’) ;
- CAN 2019 : Algérie (2 buts encaissés / 0,2 but par 90’) ;
- CAN 2017 : Cameroun (3 buts encaissés / 0,4 but par 90’).
Nous avons rarement pu aligner la même paire de défenseurs centraux trois fois de suite
Au regard de cette réalité et de ces chiffres implacables, la situation dans laquelle se trouve le Maroc est pour le moins préoccupante.
Et si le sélectionneur national s’était fourvoyé en tentant d’améliorer les stratégies offensives aux dépens de la solidité défensive ?
Nous sommes en droit de nous poser la question. Tout simplement parce que le staff marocain n’a jamais vraiment réussi à trouver une paire de centraux qui tiennent la route.
« Nous avons rarement pu aligner la même paire de défenseurs centraux trois fois de suite depuis quelques mois, en raison des blessures et des méformes« , déplore Walid Regragui en conférence de presse.
Malgré le fait qu’ils soient tous les deux gauchers, ce qui peut avoir des conséquences en termes de relance et réduire les angles de passe, le sélectionneur misait sur la montée en puissance de Chadi Riad comme complément idéal de Nayef Aguerd.
Mais la convalescence à rallonge du défenseur de Crystal Palace, après une grave blessure au genou, a contrarié ses plans.
Dès lors, Jamal Harkass, Abdel Abqar, Adam Masina et Jaouad El Yamiq ont tour à tour formé la paire avec le joueur de l’Olympique de Marseille sans pour autant donner pleinement satisfaction.
Il faut dire que l’adversité n’a pas atteint des sommets pour juger définitivement de la fiabilité de telle ou telle charnière centrale.
Et pour cause, si le Maroc reste sur un record mondial de 16 victoires consécutives, cet exploit n’a en réalité été acquis que face à des équipes situées au-delà du top 30 mondial au classement de la FIFA.
Certes, un record reste un record. Mais à l’heure où les mastodontes africains ont au moins croisé une nation parmi les 30 meilleures au monde depuis la dernière CAN, notamment la Côte d’Ivoire (le Canada) et le Sénégal (l’Angleterre, puis le Brésil le samedi 15 novembre), le Maroc enchaîne les rencontres face à des équipes de moindre envergure.
Les matchs préparatoires face au Mozambique (101e), ce vendredi 14 novembre, et à l’Ouganda (83e), le mardi 18 novembre, ne risquent pas de combler ce déficit de compétitivité, bien que ces équipes soient qualifiées pour la prochaine CAN.
Cette situation est d’autant plus complexe que le sélectionneur national est désormais dans l’obligation de reconstruire une défense, alors que la précédente n’a même pas eu le temps de faire ses preuves.
Nayef Aguerd et Achraf Hakimi mal en point
Comme indiqué précédemment, Walid Regragui fait face à deux problématiques. D’abord, les blessures d’Achraf Hakimi et de Nayef Aguerd.
Le premier a subi une grave entorse de la cheville gauche après un tacle insensé de Luiz Diaz lors de la défaite du Paris Saint-Germain contre le Bayern Munich en Ligue des champions. Au mieux, le capitaine de l’équipe nationale ne pourra fouler à nouveau une pelouse qu’une fois le coup d’envoi de la CAN donné.
S’agissant de Nayef Aguerd, son état physique est moins inquiétant que celui de son coéquipier, mais il reste préoccupant. « Il a senti que sa blessure aux adducteurs s’est aggravée. Il doit passer des examens, mais je pense qu’il est nécessaire qu’il s’arrête un petit peu. Sinon, cela risque d’empirer et il pourrait rater la CAN« , a prévenu son entraîneur à l’OM, Roberto de Zerbi.
Des tests médicaux que le natif de Rabat est également venu passer au Complexe Mohammed VI à Salé, à l’occasion de ce rassemblement du mois de novembre.
Si aucune communication officielle n’a été publiée à ce sujet, la convocation de Abdelhamid Aït Boudlal n’est pas de nature à apaiser les doutes qui accompagnent l’état de forme de Nayef Aguerd.
Des défenseurs peu décisifs ou en manque de temps de jeu
Et ce n’est pas tout. Hormis le latéral droit Mohamed Chibi, qui jouit de la confiance de son entraîneur au Pyramid FC (Égypte), les autres défenseurs convoqués sont peu décisifs ou en manque de temps de jeu, alors que nous sommes au tiers de la saison 2025-2026 :
– Mohamed Chibi : 1.344’ de jeu en 15 matchs pour 2 buts et 5 passes décisives ;
– Adam Masina (Torino FC, Italie) : 200’ en trois matchs pour une passe décisive ;
– Abdelhamid Aït Boudlal (Stade Rennais, France) : 288’ en 5 matchs pour un but et une passe décisive ;
– Jawad El Yamiq (Al-Najma, Arabie saoudite) : 526’ en six matchs ;
– Anass Salah-Eddine (As Rome, Italie) : 861’ en 12 matchs ;
– Youssef Bellaamari (RCA, Maroc) : 630’ en 7 matchs ;
– Noussair Mazraoui (Manchester United, Angleterre) : 203’ en 5 matchs ;
– Romain Saïss (Al-Sadd, Qatar) : 585’ en 8 matchs.
La convocation de l’ancien capitaine de l’équipe nationale est la preuve des tâtonnements du staff de l’équipe nationale dans ce secteur de jeu. « La présence de Romain Saïss s’explique notamment par le fait qu’aucun joueur n’a réussi à s’affirmer en défense centrale« , indique Walid Regragui.
Vue sous un autre angle, cette déclaration met également en cause les choix du sélectionneur qui n’a pas su stabiliser ce secteur de jeu. D’ailleurs, Jamal Harkass et Abdel Abqar ne sont même plus convoqués alors que, dans un passé récent, ils étaient les premiers choix aux côtés de Nayef Aguerd.
Pourtant, le manque de solutions dans ce secteur de jeu avait été identifié dès la fin de la Coupe du monde 2022. Trois ans plus tard, quasiment rien n’a changé.
Pis, il faudra désormais se passer d’Achraf Hakimi et de Nayef Aguerd au moins pour les deux prochaines rencontres. À commencer par le rendez-vous contre le Mozambique.
La logique voudrait que Walid Regragui mise enfin sur une forme de stabilité en alignant une défense composée de Jaouad El Yamiq et Adam Masina dans l’axe, entourés de Noussair Mazraoui à droite et de Youssef Bellaamari à gauche.
Cette hypothèse, mue par d’autres considérations que les états de forme actuels, risque de se vérifier. Et malheureusement, le Mozambique n’est pas vraiment l’adversaire idéal pour en tester la solidité.