L’édition 2025 de la conférence de l’ASFIM intervient dans un moment charnière pour le marché des capitaux, marqué par l’adoption de la loi 03-25 qui réforme le cadre régissant les organismes de placement collectif en valeurs mobilières, instauré lors de la première réforme du marché en 1993.
« L’industrie des OPCVM ne cesse de battre des records, des records en termes d’encours avec 800 MMDH sous gestion, mais également des records en termes de contribution au développement économique de notre pays », déclare Tarik Senhaji, président de l’AMMC.
Une industrie devenue un pilier macro-financier
Lors de son discours, Tarik Senhaji insiste sur la place centrale qu’occupe aujourd’hui l’industrie de la gestion d’actifs dans le financement global de l’économie marocaine.
« Les montants collectés par les OPCVM auprès des investisseurs, qu’ils soient particuliers ou institutionnels, peuvent ainsi être réinvestis en instruments financiers émis par des émetteurs publics ou privés, permettant ainsi de financer le budget de l’État et d’accompagner les projets d’investissement des opérateurs publics et privés », a-t-il expliqué.
Dans le même esprit, il souligne que cette mécanique d’allocation de l’épargne en fait une véritable force motrice pour l’économie nationale, affirmant que « cette formation de capital devient alors une véritable locomotive du financement de l’économie marocaine », a-t-il indiqué. Pour lui, la puissance de transformation du secteur repose précisément sur cette capacité à réorienter l’épargne vers les besoins réels du pays.
« Derrière cet acronyme technique OPCVM, quelque peu obscur pour le grand public, se cache en effet l’un des grands piliers de la stabilité macroéconomique de notre pays », a-t-il souligné.
Les OPCVM sont l’un des principaux apporteurs directs de financement à l’État marocain. Ils détiennent à fin septembre près de 40% de l’encours total des bons du Trésor en circulation
Les OPCVM sont également présents dans plusieurs secteurs publics. Tarik Senhaji a ainsi cité « 47% pour le portuaire, 69% pour l’aéroportuaire, 80% pour l’eau et l’électricité et jusqu’à 88% pour les télécommunications », a-t-il précisé.
Sur la Bourse de Casablanca, leur empreinte n’est pas moins marquante. Il a rappelé que « les OPCVM détiennent 43% de la capitalisation flottante et représentent 37% des volumes pour cette année », a-t-il affirmé.
Une nouvelle loi pour ouvrir un cycle de modernisation
Pour Tarik Senhaji, l’adoption de la loi 03-25 ouvre un véritable tournant pour l’industrie, en offrant aux sociétés de gestion un champ élargi d’outils, de stratégies et d’opportunités. Il rappelle ainsi que « l’adoption de la nouvelle loi sur les OPCVM marque un nouveau tournant. En ouvrant la voie à de nouvelles classes de produits, elle offre un cadre réformé et modernisé pour insuffler un nouvel élan de croissance et d’innovation », a-t-il expliqué.
Dans ce sens, plusieurs innovations majeures vont façonner la prochaine étape de développement de la gestion d’actifs au Maroc. Il souligne notamment que « les fonds cotés, autrement appelés ETF, et les OPCVM participatifs, vous permettront de redoubler d’efforts pour démocratiser le marché des capitaux auprès des investisseurs particuliers », a-t-il annoncé.
Or, cette démocratisation reste nécessaire alors que la participation des épargnants individuels demeure encore faible, malgré une progression notable ces dernières années. Il a ainsi rappelé qu' »avec une part de 8,2% des actifs gérés et un nombre en deçà des 25.000 personnes physiques participantes, il y a encore un énorme potentiel à exploiter« , a-t-il observé.
« Cette classe d’investisseurs a grandement augmenté sa participation au marché boursier ces dernières années, la multipliant par plus de quatre fois », a-t-il souligné.
« D’autres nouveautés telles que les OPCVM à règles de fonctionnement allégé (RFA), les OPCVM en devise et l’élargissement de l’univers d’investissement aux titres d’OPCI ainsi qu’aux produits dérivés ouvriront la voie à de nouvelles stratégies d’investissement et permettront ainsi de mieux répondre aux besoins des investisseurs institutionnels », a-t-il détaillé.
Une régulation plus exigeante pour renforcer la confiance
L’ouverture d’un nouveau cycle pour l’industrie des OPCVM implique aussi une responsabilité accrue pour les sociétés de gestion.
Tarik Senhaji insiste sur ce point en rappelant que l’AMMC restera ferme sur les principes qui fondent la confiance du public dans les marchés financiers. Il souligne ainsi que « cette réforme, en offrant de nouvelles perspectives, nous impose de maintenir les mêmes engagements de rigueur », a-t-il indiqué.
« Les sociétés de gestion devront respecter de nouvelles règles pour une meilleure protection des investisseurs et seront amenées à renforcer leurs ressources pour assurer un suivi approprié des risques, qu’ils soient opérationnels ou de portefeuille », a-t-il ajouté.
La protection des investisseurs et l’intégrité des marchés sont les piliers qui nous ont guidés et nous ont portés à ces grandes réalisations
Une vision stratégique alignée sur les orientations royales
« En tant qu’autorité, notre ambition est claire : continuer à bâtir pour le long terme ». Cette ambition repose sur un marché plus robuste, plus inclusif et davantage orienté vers l’investissement productif. Comme il l’a souligné, il s’agit de « bâtir un marché des capitaux robuste, efficient et inclusif capable d’orienter davantage l’épargne nationale et internationale vers le financement de notre économie réelle, vers l’investissement productif », a-t-il expliqué.
Pour lui, cette orientation s’inscrit directement dans la vision royale qui fait de l’investissement productif un levier essentiel du développement. Il rappelle ainsi que « cette orientation s’inspire directement de la vision royale de Sa Majesté que Dieu l’assiste, qui a clairement désigné l’investissement productif comme un levier essentiel du développement économique et social durable de notre pays ».
Tarik Senhaji insiste également sur la dynamique exceptionnelle d’investissement que connaît le Maroc depuis plus de deux décennies. Il rappelle à ce propos que « le Maroc, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi, s’est engagé depuis plus de 25 ans dans une dynamique d’investissement exceptionnelle portée par un vaste programme d’infrastructures », a-t-il déclaré.
Dans cette perspective, l’industrie de la gestion d’actifs prend une dimension stratégique. Elle devient un outil capable de canaliser efficacement l’épargne vers les priorités nationales : transition énergétique, développement durable, renforcement du positionnement du Maroc en tant que hub financier africain, intégration des opportunités liées à la digitalisation et à la fintech, ou encore inclusion financière et territoriale.
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