En dépit des mesures mises en place ces dernières années par le ministère de la Santé, le déficit en ressources humaines demeure l’un des principaux défis du système de santé marocain. À cela s’ajoute une répartition inégale des professionnels sur le territoire, révélant des contrastes marqués entre régions.
Obtenues par Médias24 auprès de sources gouvernementales, les dernières statistiques du secteur de la santé révèlent que le Maroc compte actuellement 77.086 professionnels de santé dans le secteur public. Le déficit, lui, est estimé à 88.509 postes à pourvoir (tous secteurs confondus), pour répondre aux besoins du système national.
Un effectif global limité
Selon ces données consultées par nos soins, les 77.086 professionnels de santé actuellement en activité dans le secteur public se répartissent comme suit :
– Médecins : 16.118, dont 7.194 exercent dans les centres hospitaliers ;
– Infirmiers : 43.371, dont 34.757 relevant du ministère de la Santé et 8.614 des centres hospitaliers ;
– Administratifs et techniciens : 17.597, dont 15.244 au ministère et 2.353 aux centres hospitaliers.
En excluant l’administration centrale, les CHU et les établissements de formation aux métiers d’infirmerie, le nombre de professionnels de santé en poste sur le terrain s’élève à peine à 51.988, dont 8.357 médecins et 32.195 infirmiers et techniciens de santé.
Une répartition marquée par de fortes disparités
L’analyse de la répartition régionale et provinciale de ces professionnels de santé montre une concentration des effectifs dans les grandes villes, tandis que plusieurs régions périphériques restent sous-dotées.
Les chiffres démontrent également que malgré cette concentration, les grandes villes du Royaume souffrent du plus grand déficit, au vu de la pression dont elles souffrent.
Selon nos informations, les régions les mieux dotées sont celles de :
– Casablanca-Settat : avec plus de 7.200 professionnels de santé, dont 1.779 médecins et 4.058 infirmiers et techniciens de santé ;
– Fès-Meknès : avec environ 6.700 professionnels de santé, dont 1.043 médecins et 4.164 infirmiers et techniciens de santé ;
– Rabat-Salé-Kénitra : avec 6.479 personnels de santé, dont 1.417 médecins et plus de 3.500 infirmiers et techniciens de santé ;
– Marrakech-Safi : avec 6.004 professionnels, dont 819 médecins et 4.038 infirmiers et techniciens.


Les régions moyennement dotées sont celles de :
– Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, avec environ 800 médecins sur un total de 5.847 professionnels de santé ;
– L’Oriental : environ 700 médecins sur 4.605 professionnels ;
– Souss-Massa : environ 530 médecins sur 4.395 professionnels ;
– Béni Mellal-Khénifra : environ 500 médecins sur 3.726 professionnels.
Les régions sous-dotées sont par ailleurs celles du sud et certaines régions du centre-est du Maroc, présentant les effectifs les plus faibles :
– Dakhla-Oued Eddahab : seulement 76 médecins et 358 infirmiers, pour un total de 601 professionnels. Dans cette région, la ville d’Aousserd dispose à peine d’un seul médecin ;
– Laâyoune-Sakia El Hamra : 136 médecins sur 1.946 professionnels ;
– Guelmim-Oued Noun : 145 médecins sur 1.451 professionnels ;
– Drâa-Tafilalet : 321 médecins sur 3.005 professionnels.
Ces chiffres traduisent ainsi une disparité territoriale profonde, qui persiste malgré les efforts de recrutement et de redéploiement engagés ces dernières années par le ministère de tutelle. En termes de préfectures et provinces, c’est la même tendance qui ressort. Ce sont les plus grandes qui sont les mieux dotées.
Le Maroc doit doubler ses effectifs d’ici 2030
Pour ce qui est du déficit, tous secteurs confondus (public et privé), il est estimé à 88.509 professionnels, pour atteindre les objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Ce déficit se décompose comme suit :
– 29.503 médecins manquants ;
– 59.006 infirmiers et techniciens de santé manquants.
Pour le combler, le Maroc devra presque doubler ses effectifs actuels, afin d’atteindre une densité moyenne de 4,45 médecins et infirmiers pour 1.000 habitants, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).


Les besoins varient fortement d’une région à l’autre, mais ils restent particulièrement élevés dans les zones à forte densité de population, déjà bien dotées en ressources humaines, à l’image de la région de Casablanca-Settat, en tête du classement. La région a besoin, à elle seule, de 18.407 professionnels de santé supplémentaires, soit plus du double de son effectif actuel dans le secteur public, dont 6.136 médecins. La région est suivie de près par :
– Marrakech-Safi, avec un besoin estimé à 12.492 professionnels, dont 4.164 médecins ;
– Fès-Meknès : 10.959 professionnels, dont 3.653 médecins ;
– Tanger-Tétouan-Al Hoceïma : 10.310, dont 3.437 médecins ;
– Rabat-Salé-Kénitra : 9.647, dont 3.216 médecins ;
– Souss-Massa : 8.920, dont 2.973 médecins ;
– Béni Mellal-Khénifra : 7.706, dont 2.569 médecins.
Les régions du Sud affichent, pour leur part, des besoins plus modestes, mais non négligeables :
– Guelmim-Oued Noun : 749 professionnels, dont 250 médecins ;
– Laâyoune-Sakia El Hamra : 523 professionnels, dont 174 médecins ;
– Dakhla-Oued Eddahab : 490 professionnels, dont 163 médecins.
Cette situation peut notamment s’expliquer par le manque d’attractivité des zones rurales et éloignées, où le déficit est devenu chronique. Pour y faire face, le ministère de la Santé prévoit d’augmenter les postes budgétaires, en ouvrant notamment 8.000 postes en 2026, soit 1.500 postes supplémentaires par rapport aux années précédentes.
Il prévoit également d’accélérer le processus de recrutement, notamment pour les médecins spécialistes, d’augmenter la capacité des instituts de formation, et d’en construire d’autres.
La réforme des ressources humaines déjà engagée par le ministère vise également à répondre à ces déséquilibres à travers la mise en place des groupements sanitaires territoriaux (GST). Ce dispositif devrait permettre d’améliorer la gouvernance locale du système de santé, de renforcer la planification régionale des besoins, et d’accroître l’attractivité du secteur, tant pour les médecins que pour le personnel paramédical. La généralisation de ces groupements est prévue en 2026.