Tel que révélé par Médias24 en septembre dernier, Airbus a confirmé le mardi 18 novembre la conclusion de ce contrat majeur depuis les Émirats où se tient le Dubai Air Show du 17 au 21 de ce mois. Les hélicoptères Puma marocains, en service depuis plus de 40 ans, seront ainsi progressivement retirés au profit de ces appareils de nouvelle génération, présentés par le constructeur comme « une référence pour les missions complexes ».

Selon les détails fournis par Airbus, les H225M destinés au Maroc seront équipés pour des missions CSAR, incluant un double treuil de sauvetage, un projecteur de recherche et un système électro-optique performant (Safran Euroflir 410). Les appareils pourront également être armés de mitrailleuses et seront pourvus d’un système de guerre électronique pour leur autoprotection. Un package de support et de maintenance est également inclus dans le contrat.

Le PDG d’Airbus Helicopters, Bruno Even, a déclaré que son groupe était « honoré » de ce choix, y voyant « une nouvelle étape dans le partenariat construit au fil des décennies » avec le Royaume.

Cette annonce de contrat intervient alors qu’Airbus renforce sa présence industrielle au Maroc. En 2024, le groupe avait déjà annoncé la création d’un centre client au Maroc pour le support de la soixantaine d’hélicoptères Airbus déjà en service dans le Royaume.

Ce centre est destiné à évoluer pour devenir « une plateforme de maintenance, réparation et révision (MRO) et le hub régional d’Airbus Helicopters pour toute l’Afrique de l’Ouest ». L’acquisition de ces dix H225M devrait donc logiquement s’appuyer sur ce centre et renforcer cet écosystème industriel local.

Avec ce contrat, le Maroc rejoint la liste des nombreux clients militaires du H225M, tels que la France, les Pays-Bas, le Brésil et Singapour.

Cette acquisition confirme une orientation claire vers des missions de recherche et sauvetage en conditions de combat (CSAR), nécessitant des équipements de pointe comme des caméras thermiques et des systèmes d’autoprotection. « C’est une confirmation que ces hélicoptères seront équipés pour des missions derrière les lignes ennemies », analyse notre expert militaire Abdelhamid Harifi.

Un point jugé « très intéressant » est la synergie industrielle et opérationnelle. La formation des pilotes et des techniciens des Forces Royales Air sera assurée par la Gendarmerie Royale, qui opère déjà des H225 depuis plusieurs années et dispose d’une expertise reconnue en matière de pilotage et de maintenance. « Pour mutualiser les efforts et optimiser le budget, l’Administration de la Défense a opté pour orienter les équipes des FRA vers la Gendarmerie Royale afin de faciliter l’introduction de ce nouveau vecteur », explique M. Harifi.

Cependant, cette acquisition soulève une question numérique cruciale. « On opérait à une époque une quarantaine de Puma. Aujourd’hui, il en reste une vingtaine. Il est compliqué de dire qu’on va remplacer 20 hélicoptères par 10 », souligne notre expert. Cette réduction de moitié de la flotte de manœuvre représente un « recul en termes de capacité opérationnelle numérique« .

Ce recul s’explique par les coûts « phénoménaux » des hélicoptères militaires modernes. « Même si on cherche ailleurs, c’est presque les mêmes prix. Les derniers achats de Black Hawk par des pays comme l’Espagne ou la Pologne représentent des montants énormes », concède Abdelhamid Harifi.

Il rappelle l’importance vitale de cet outil, que ce soit pour le transport, le combat ou le sauvetage, comme l’a démontré leur « apport essentiel » lors du séisme d’Al Haouz.

Face au défi budgétaire, des solutions alternatives existent. Abdelhamid Harifi suggère de s’inspirer de la Gendarmerie Royale, qui a réalisé des « achats très intelligents » en se tournant vers le marché de l’occasion. « La Gendarmerie a acquis récemment cinq ou six H225 d’occasion, avec parfois seulement 100 heures de vol. C’est quasiment du neuf, mais au prix de l’occasion », précise-t-il.

Il est en outre important d’avoir un nombre suffisant d’appareils pour garantir une disponibilité opérationnelle. « Si on achète 10, on aura en réalité 7 ou 8 disponibles, voire moins. On ne peut pas opérer à 100% de capacité, c’est impensable », conclut M. Harifi, rappelant que la loi marocaine impose des normes de sécurité drastiques qui immobilisent régulièrement les aéronefs pour maintenance.