Attendu depuis longtemps par les professionnels du marché, le marché à terme marocain approche enfin de son opérationnalisation effective. Après plusieurs années de préparation, la mise en place du cadre réglementaire et la réalisation des tests techniques, dont un test grandeur nature réussi en septembre dernier, le dispositif entre dans sa phase finale.

C’est dans ce contexte que Badr Benyoussef, Chief Strategy & Transformation Officer à la Bourse de Casablanca, a indiqué, lors de la conférence organisée par l’ASFIM, que le lancement devrait intervenir « dans quelques semaines », soit avant la fin de l’année 2025.

À mesure que l’ouverture se rapproche, de nombreuses interrogations émergent du côté des investisseurs : est-ce que tous auront accès au marché dès le premier jour, ou l’arrivée sera-t-elle progressive ? Comment pourront-ils utiliser le contrat à terme sur le MASI20, premier produit qui sera proposé, et surtout quels bénéfices concrets pourront-ils en tirer ?

Qui est vraiment concerné dès le départ ?

L’ouverture du marché à terme se fera de manière progressive, ce qui reste tout à fait normal

« Nous sommes face à un dispositif nouveau, et l’objectif est de démarrer dans un cadre bien maîtrisé, avec des acteurs correctement préparés. L’AMMC joue un rôle clé dans cette phase : le régulateur accompagne l’ensemble des intervenants pour que le lancement se déroule dans de bonnes conditions, avec un niveau élevé de sécurité et de transparence », explique une source du marché.

« C’est un environnement qui demande de nouveaux réflexes. La gestion des marges, la compensation, les procédures propres au marché à terme… tout cela nécessite un temps de familiarisation. Dans ce sens, la publication du document détaillant le premier contrat à terme a été très utile, car elle permet aux investisseurs de comprendre les mécanismes essentiels et de se préparer ».

« Pour ce qui est des catégories d’investisseurs, les choses sont assez claires. Les premiers à intervenir seront les institutionnels : banques, assureurs, sociétés de gestion, fonds d’investissement. Ces acteurs disposent des équipes, des systèmes et des besoins immédiats en matière de couverture ou de prise de position ».

Dans ce contexte, trois sociétés de bourse ont déjà obtenu l’agrément pour intervenir sur le marché à terme : CFG Marchés, CDG Capital Bourse et BMCE Capital Bourse.

Les entreprises auront également la possibilité d’utiliser le marché à terme, notamment celles qui souhaitent couvrir leur exposition face à certains risques du marché.

Notre source ajoute que pour les particuliers, « l’accès viendra dans un second temps. Ce n’est pas une question d’exclusion, mais plutôt une approche prudente. Les produits dérivés nécessitent une bonne compréhension et une capacité à suivre les exigences de marge. Lorsqu’ils seront autorisés, les investisseurs individuels devront passer par une société de bourse habilitée, déposer une couverture initiale et maintenir une marge suffisante en fonction des variations du marché. Le tout restera encadré par les règles de transparence et de supervision de l’AMMC et de Bank Al-Maghrib ».

Sur le plan juridique, « l’ensemble repose sur un cadre clair. La loi 42-12 structure le marché à terme marocain, définit les instruments, organise le fonctionnement du marché et encadre le rôle de chaque acteur selon une logique alignée sur les standards internationaux ».

Ce que les investisseurs pourront réellement faire avec le contrat MASI20

« Avec le lancement du premier contrat à terme, on entre dans un univers où chacun aura un rôle bien défini. Le marché à terme tourne autour de deux piliers : les membres négociateurs et les membres compensateurs. Les premiers exécutent les ordres des clients, les seconds veillent à la sécurité de tout le système. Cette articulation est essentielle : sans elle, un marché à terme ne peut pas fonctionner correctement », explique la même source du marché.

Selon elle, cette organisation permet aux investisseurs d’utiliser le contrat MASI20 dans de vraies situations de marché, et pas seulement dans une logique théorique. Le futur contractuel devient un outil pour gérer l’exposition au MASI20, ajuster un portefeuille ou sécuriser une performance.

« On parle d’un instrument simple dans sa mécanique, mais puissant dans son usage. Il offre une manière souple de couvrir un portefeuille sans devoir vendre ses actions, ou d’exprimer une anticipation sur le comportement de l’indice ».

Elle précise par exemple qu’un gérant déjà fortement investi en actions peut réduire son risque en vendant quelques contrats, sans toucher à ses lignes. Cela lui permet de traverser une période volatile tout en gardant son portefeuille intact. « De l’autre côté, un investisseur institutionnel qui anticipe une reprise peut acheter un contrat et renforcer rapidement son exposition sans mobiliser immédiatement un capital important. Les premières utilisations iront clairement dans ce sens : couverture, ajustements tactiques, et gestion du risque ».

La source met également en avant le rôle important des membres compensateurs, qui surveillent en permanence les marges et les positions ouvertes. « Le membre compensateur, c’est le cœur du dispositif. C’est lui qui vérifie que chaque position est correctement couverte, que les dépôts de garantie sont là, et que personne ne prend un risque qu’il ne peut assumer. Grâce à ce mécanisme, le marché reste sain et stable ».

Cette structure encadrée par la SGMAT et la CCP permet donc aux premiers utilisateurs ,principalement des institutionnels, d’avoir un outil fiable pour gérer leur exposition. « Pour le marché marocain, c’est un vrai saut qualitatif. On passe d’un marché actions pur à une architecture qui permet d’amortir les chocs, d’améliorer la gestion du risque et de donner aux investisseurs étrangers des signaux de maturité ».

Elle ajoute que les entreprises pourront également utiliser le contrat à terme, notamment celles qui souhaitent stabiliser leur exposition aux variations du marché. « Pour une entreprise, ce contrat devient une sorte de filet de sécurité. L’objectif n’est pas de spéculer, mais de réduire l’incertitude« .

Quant aux particuliers, « Leur tour viendra, mais plus tard. Avant d’ouvrir ce marché à des personnes physiques, il faut que tous les mécanismes soient bien assimilés, que les sociétés de bourse aient la capacité d’accompagner leurs clients, et que la pédagogie soit là. Le marché à terme n’est pas compliqué, mais il demande de la rigueur. »

Au final, cette deuxième partie du marché à terme montre qu’il ne s’agit pas seulement d’un nouveau produit, mais d’un nouveau mode de gestion. Les investisseurs, les courtiers et les membres compensateurs y trouveront chacun une fonction précise, avec un même objectif : permettre au marché marocain de franchir un cap.

« Concrètement, le marché à terme apporte plusieurs avantages directs aux investisseurs. Le premier, c’est la gestion du risque. Avec le contrat sur le MASI20, un gérant peut protéger son portefeuille sans devoir vendre ses actions, ce qui lui évite de sortir du marché dans de mauvaises conditions. C’est un vrai outil de stabilité, surtout dans les périodes un peu agitées ».

« Le deuxième bénéfice, c’est la flexibilité. Le futur permet d’ajuster rapidement une exposition, d’augmenter ou de réduire un risque en quelques secondes, ce qui reste difficile à faire uniquement avec des actions. Pour les institutionnels, c’est un gain opérationnel important ».

Il y a aussi un point souvent sous-estimé : « la possibilité de travailler sur l’indice sans mobiliser un capital important. Un fonds qui veut renforcer son exposition au MASI20 peut le faire avec un contrat, sans acheter tout de suite les actions qui composent l’indice. Cela donne une marge de manœuvre plus large dans la gestion quotidienne ».

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