Depuis près de deux semaines, des rencontres de concertation organisées par les préfectures et provinces, sous la direction des walis et gouverneurs, se multiplient dans les quatre coins du Royaume. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une approche de co-construction de la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés (PDTI) auxquels le Roi Mohammed VI a appelé lors de ses derniers discours du Trône et de l’ouverture de l’année législative.
Médias24 a observé le déroulement de deux rencontres, notamment celles des provinces de Nouaceur et de Médiouna. Dans la forme, ces premières rencontres s’apparentent plus à des séances d’écoute, en donnant la parole aux principales parties prenantes, pour exposer leurs idées et leurs propositions.
Rappelons que ces PDTI ont un objectif précis, celui de lutter contre la précarité et les disparités territoriales, en lançant une nouvelle génération de projets qui traitent les priorités sociales. Cela s’inscrit dans une logique de réorientation de l’investissement public vers des projets à fort impact sur les populations ciblées. C’est ce qui a été expliqué par Jelloul Samsseme, le wali directeur général des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, lors de son intervention au MAP Town Hall.
La lutte contre la précarité à travers 5 axes
Concrètement, ces priorités se déclinent en cinq axes. Elles sont exposées et expliquées à chaque début de ces séances d’écoute. Il s’agit d’abord de la création d’emploi. Le Maroc souffre d’un taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes, qui est symptomatique d’un investissement qui n’est pas suffisamment créateur d’emplois. Cela a été relevé par plusieurs rapports, notamment celui du Nouveau Modèle de développement.
Ensuite, il s’agit de traiter les priorités sociales que sont l’éducation et la santé. Le déficit autant qualitatif que quantitatif du service public dans ces secteurs participe à creuser les disparités territoriales et à aggraver la précarité des zones les plus défavorisées.
Enfin et surtout en milieu rural, les infrastructures liées à la mobilité et à l’environnement (notamment aux ressources en eau) gardent une grande importance dans tout effort de développement.
L’impact recherché dans les projets à retenir doit donc toucher un ou plusieurs de ces axes, dans une logique d’intégration et de convergence.
L’exercice d’une démocratie participative à travers la concertation
Ces premières rencontres sont donc destinées à recueillir un premier jet d’idées et de propositions des principales parties prenantes. D’après nos observations, les organisateurs ont donc invité :
- les élus, notamment les présidents des communes ;
- les représentants provinciaux des services déconcentrés relatifs aux cinq axes précités plus haut : soit les représentants de l’Anapec, des directions provinciales de l’éducation, de la santé, de l’équipement et de l’eau, les CRM, l’agence urbaine, etc.
- les représentants des organisations professionnelles telles que les chambres d’agriculture, les chambres de commerce et d’industrie, et les associations concernées par la province ;
- les associations de la société civile actives au niveau de chaque province dans l’un des axes du programme, y compris les associations partenaires dans d’autres programmes tels que ceux de l’INDH.
De façon générale, ces rencontres étaient ouvertes au public, sans invitation préalable requise. Nous avons constaté que toute personne pouvait intervenir et exprimer ses idées librement tant qu’elles concernaient les objectifs et les axes retenus pour ces séances.
Le wali ou gouverneur participe lui-même activement, en prenant des notes ou en demandant des précisions quand il le faut.
Jelloul Samsseme explique cela par une volonté de promouvoir la démocratie participative, conformément aux orientations stratégiques inscrites dans le message royal adressé aux 2ᵉˢ Assises de la régionalisation avancée.
D’après lui, la démocratie participative est l’essence même de cette nouvelle génération de programmes de développement territoriaux. Ce processus de concertation revendique donc la volonté d’ériger « le citoyen en co-auteur et non pas seulement bénéficiaire », dans une approche de planification ascendante, agile et évolutive.
Fait intéressant, nous avons noté que lors de ces deux rencontres, les interventions des présidents de communes étaient les plus pertinentes, structurées et argumentées. Preuve que, malgré toutes les critiques dont les élus peuvent faire l’objet, la proximité qu’ils développent avec les citoyens et leur connaissance du terrain restent un atout pour ce genre d’exercice.
Cela montre aussi que le manque dans les ressources et les leviers d’exécution les limite dans leur exercice. Ce genre de programme est donc une occasion pour eux de mettre en avant les projets qu’ils n’arrivent pas eux-mêmes à mener.
Un processus qui va continuer lors des prochains mois, mais des réalisations rapides sont requises
Ces rencontres ne sont que des étapes d’un long processus. Elles ont été précédées par des rencontres avec les responsables communaux, les services déconcentrés, et des organisations qui représentent les femmes et les jeunes dans une approche inclusive.
Une monographie et un état des lieux dans les différents secteurs ciblés ont été préparés et présentés en introduction de ces séances, accompagnés d’analyses SWOT afin d’exploiter les potentiels propres à chaque province.
Les propositions recueillies lors de ces rencontres peuvent être alimentées a posteriori sur des formulaires digitaux mis en place à cette occasion. En effet, pour chaque rencontre auxquelles on assistait, un QR code permettait d’y accéder pour demander une intervention ou proposer des idées de projets et de problématiques.
Ces idées vont par la suite être affinées à travers des ateliers thématiques de développement et de concertation. Il s’ensuivra une étape d’étude, de budgétisation et d’évaluation pour ne retenir que les projets au plus fort impact, qui sont réalisables et avec des indicateurs de suivi précis et mesurables.
Ces programmes jouissent déjà d’un budget conséquent de 20 milliards de dirhams au titre de l’année 2026. Un premier lot de projets a déjà été défini, ce qui permettra de commencer l’exécution dès les premiers mois de 2026. La province de Mediouna a ainsi déjà retenu 36 projets sur la base de 49 étudiés.
Les autres projets, fruits de ces consultations élargies, pourront alimenter la banque de projets pour les phases suivantes, car ces programmes ont pour vocation de s’inscrire dans un plan pluriannuel, comme l’a expliqué Jelloul Samsseme.
Enfin, notons que dans une optique de transparence et de bonne gouvernance, Jelloul Samsseme promet une plateforme électronique qui permettra de suivre en temps réel l’exécution des projets retenus, avec tous les indicateurs de performance et d’impact.