SGTM a tenu sa conférence de presse ce 19 novembre pour présenter les contours de son introduction en Bourse, une opération structurée autour d’une cession de 12 millions d’actions pour un montant maximal de 5,04 MMDH.

Cette rencontre a permis de mettre en lumière les fondamentaux du groupe ainsi que les principales prévisions qui encadrent son business plan, offrant une visibilité rarement atteinte dans le secteur du BTP.

IPO 100% en cession : une décision assumée

« Pour nous, une augmentation de capital doit financer un développement. Aujourd’hui, le développement qui est porté par la SGTM est autofinancé », explique M. Berrada.

« Nous sommes dans une structure qui n’est pas endettée. On est sur un endettement de l’ordre de 1,4 milliard, dont plus de 75% qui sont sur le crédit-bail. En termes de consolidation, il apparaît dans l’endettement, mais c’est pour financer des engins. Ce n’est pas du réel endettement« .

« Aujourd’hui, on est sur une structure qui a des fonds propres intéressants. Mais surtout, une structure qui a une capacité de s’endetter qui est très importante. Proposer aujourd’hui une augmentation de capital pour obtenir des liquidités peu utiles est davantage caractéristique de structures de valeur ».

« Pour rappel, il y a quand même eu beaucoup d’opérations par le passé sur la Bourse de Casablanca qui se sont faites par cession. L’augmentation de capital n’est pas une règle en soi ».

Bien évidemment, si demain, la SGTM a un projet d’investissement majeur… que ce soit une acquisition, un investissement industriel ou autre qui nécessite un apport de fonds, il est évident que l’augmentation de capital sera une option envisagée.

« L’agilité financière… c’est justement l’accès à ces marchés qui nous la donnent. Et on l’a vu sur d’autres sociétés cotées… TGCC, Mutandis, Managem. (…) L’introduction en Bourse répond à deux objectifs : institutionnaliser, pérenniser… et un objectif financier, être sur le marché financier et pouvoir réagir le moment voulu ».

Un timing assumé malgré la correction du marché

Évidemment, plusieurs interrogations se posent quant au timing et à la capacité du marché marocain à absorber une opération de cette envergure, ainsi que son impact sur la dynamique boursière. Ce volet sera détaillé en profondeur dans l’article suivant.

Du côté du marché, Mohamed Idriss Berrada, directeur général d’Attijari Finances Corp explique que « le marché a connu des évolutions assez importantes. Il faut rappeler qu’on a eu une tendance de hausse très forte sur ces dernières années. On est en train de vivre, sur les dernières semaines, peut-être quelques prises de bénéfices qui sont assez normales sur un marché, mais qui ne sont pas une tendance de fond ».

« On est sur une dynamique où l’investissement est très soutenu actuellement, avec des chantiers qui sont lancés. Il y a énormément d’activités, qu’elles soient en termes d’infrastructures, en termes industriels, en termes énergétiques. C’est une tendance de fond qui n’est pas touchée par les mouvements de prises de bénéfices que nous voyons aujourd’hui sur le marché ».

« Je pense qu’on a confiance dans la qualité du papier. On sait que c’est un marché financier, ce n’est pas le cours qui monte, c’est sa montée, sa descente. On pense que la tendance actuelle est une tendance normale. Et il n’y a pas de raison de penser à attendre 2026 ».

Le second volet porte sur le timing interne du groupe. « Cette idée d’introduction en Bourse, c’est une idée qui n’est pas nouvelle. On s’était donné rendez-vous il y a 15 ans. On se parlait déjà il y a 15 ans. Il faut rappeler qu’en 2007, SGTM avait eu un visa. […] Le timing, la perfection n’existe pas. Il existe des moments opportuns. Je pense que le timing est bon pour le secteur, pour la bourse marocaine. Notre économie est en croissance », explique Hamza Kabbaj, directeur général de SGTM.

« Il y a une solidité macroéconomique de ce qui se passe dans notre pays. On ne surveille pas la solidité d’un pays à ses variations quotidiennes du marché. Nous, on est convaincus de la solidité des fondamentaux de l’entreprise et du pays. Je pense que le timing est excellent. La société a mené des chantiers structurants en termes de restructuration interne, organisationnelle, capitalistique et autres. Justement, pour se préparer à ça, je pense qu’en termes d’être prêts, ils sont prêts », explique M. Berrada.

Quelques chiffres et prévisions de SGTM

À fin 2024, SGTM disposait d’un carnet de commandes de 16,5 MMDH. Entre janvier et mai 2025, ce volume s’est renforcé de 20,4 MMDH, portant le total à 37 MMDH. Sur cette base, 100% du chiffre d’affaires prévu en 2025 est déjà sécurisé. Cette part passe à 72% en 2026, 46% en 2027 et encore 23% en 2028.

Ce fonctionnement reste naturel pour une entreprise de construction, puisque les projets s’exécutent sur plusieurs années et s’éteignent progressivement à mesure de leur livraison. À partir de 2029, les revenus provenant des contrats actuellement signés arriveront à leur terme, ce qui est inhérent à la nature même de l’activité.

Pour les années suivantes, les prévisions reposent sur un pipeline additionnel de 15 MMDH par an de projets qui doit prendre le relais du carnet actuel.

L’entreprise anticipe une continuité de l’activité et une croissance en phase avec les tendances macroéconomiques du secteur.

Visibilité après 2028

« Le fait que notre carnet de commandes porte jusqu’en 2028 est lié au fonctionnement intrinsèque d’une entreprise de construction. Le carnet de commandes est fait de projets à livrer. On sécurise au fil de l’eau ».

« La visibilité, je crois qu’en 2028, est déjà exceptionnelle. Les projets continuent à sortir. Il y a un pipeline de projets, comme je le disais tout à l’heure, de près de 1.000 milliards d’investissement public prévus à l’horizon 2031. La SGTM aura sa part de marché pour ces 1.000 milliards, qui généreront un carnet de commandes complémentaire et qui sera mis à jour au fil des exercices. C’est un coup de transparence pour démontrer qu’il y a une solidité de la capacité à exécuter et à gagner des affaires. On n’est clairement pas dans une vision de ralentissement de 2028. Ce n’est pas du tout notre narratif, au contraire. Nous, on pense que 2030 est un point de départ et non une ligne d’arrivée », explique Hamza Kabbaj.

« Ce n’est pas du tout notre narratif. Au contraire. Nous, on pense que 2030 est un point de départ et non une ligne d’arrivée« , ajoute-t-il.

Gestion du BFR : avance de démarrage, préfinancement et innovation

Sur le pilotage du BFR, le management apporte une réponse très détaillée. « Dans les 37 MMDH, il y a des contrats, une partie importante, où les conditions contractuelles nous donnent une avance au démarrage. Cette avance au démarrage est essentielle pour pouvoir justement assurer les besoins en BFR », explique Hamza Kabbaj. « Malheureusement, elle n’est pas généralisée parce que d’autres contrats ne l’ont pas. Cela nécessite un peu plus d’ingénierie et un peu plus d’agilité ».

« Quand il y a un grand projet qui contractuellement ne donne pas d’avance au démarrage, on a structuré des outils de financement avec nos partenaires bancaires ou autres. Le schéma classique, c’est un préfinancement bancaire. La banque, sur la base du contrat, nous donne une ligne de financement qui permet de financer le BFR de démarrage ».

« On a innové sur d’autres projets, notamment sur le port de Dakhla, où on a introduit ce qu’on appelle project bond. C’est-à-dire qu’on émet une obligation sur le marché qui permet de lever des fonds pour faire face à ces besoins de BFR de démarrage ».

« Les capitaux propres et une partie sur l’endettement fournisseur… nous donnent une structure financière saine et permettent de faire face à ces grands besoins en BFR ».

Stratégie Afrique : prudence mais présence affirmée

« J’ai dit qu’on était prudent, mais ça ne veut pas dire qu’on n’y est pas. On est présent dans 7 pays… Chaque pays a ses réalités politiques, économiques », explique le DG.

« La prudence vient du choix d’aller sur des projets qui sont backés par des organismes de financement internationaux pour ne pas prendre un risque de paiement, de mettre l’entreprise dans des difficultés ».

« La façon d’y faire face… c’est de nous structurer nous-mêmes et d’apporter une certaine forme de financement qui accompagne certains projets… pour une présence plus importante dans les pays où nous sommes, voire opportuniste sur des pays où nous ne sommes pas ».

Différenciation concurrentielle : intégration, expertise et EPC industriel

Enfin, sur ce qui distingue SGTM de ses concurrents : »Vous savez qu’on peut vite faire l’amalgame et dire que toutes les boîtes de construction sont pareilles. Mais la spécificité de SGTM, c’est la présence… d’une véritable équipe spécialiste ».

Puis : »Nous sommes l’entreprise la plus intégrée du secteur. Nous ne dépendons pas d’un écosystème sur des sujets techniques… les fondations spéciales, levage important, la fabrication d’une charpente métallique… Aujourd’hui, c’est un groupe intégré. Cette intégration nous différencie du secteur », explique M. Kabbaj.

SGTM est la seule entreprise marocaine à avoir construit des unités industrielles, y compris le process technologique… de livrer une usine de ciment, de livrer une usine d’engrais à 100% des compétences nécessaires ».

« C’est un élément extrêmement important dans le Maroc qui arrive… Les grands donneurs d’ordre veulent passer par des EPC stratégiques. Et je pense que SGTM est en train de devenir l’acteur incontournable de ce genre de montage ».

Détails de l’opération et modalités de souscription

Le montant maximal de l’opération est fixé à 5,04 MMDH, correspondant à la mise sur le marché de 12 millions d’actions.

Le prix d’introduction de référence est de 420 DH par action, mais deux types d’ordres bénéficient de décotes importantes : 340 DH pour les salariés (type I) et 380 DH pour les investisseurs particuliers et certaines personnes morales (type II).

La période de souscription s’étend du 1er au 8 décembre 2025 à 15h30, et la première cotation est prévue pour le 16 décembre 2025.

L’opération se déroule sous la forme d’une offre à prix ferme, et les actions seront admises sur le marché principal, compartiment A, sous le ticker GTM.

L’offre est structurée autour de quatre types d’ordres, chacun ayant ses propres conditions, prix et plafonds.

    • Type I – Salariés et retraités du groupe SGTM et filiales/sociétés sœurs : ils bénéficient du prix le plus bas (340 DH), avec un plafond de souscription équivalent à 24 mois de salaire brut ;
    • Type II – Personnes physiques et morales non qualifiées : ces investisseurs peuvent souscrire au prix de 380 DH, avec un plafond de 13 158 actions (soit environ 5 MDH) ;
    • Type III – Personnes physiques ou morales non qualifiées souhaitant investir à 420 DH : un minimum de 11 905 actions est exigé (soit 5 000 100 DH), et le plafond atteint 10% du total des actions offertes ;
    • Type IV – Investisseurs qualifiés marocains et étrangers : le prix est fixé à 420 DH, sans minimum de souscription. Le plafond est de 10% du total, avec une règle spécifique pour les OPCVM, plafonnés au minimum entre 10% de l’offre et 10% de leur actif net.

« Institutionnaliser l’entreprise pour la pérenniser »

L’introduction en Bourse de SGTM poursuit plusieurs objectifs structurants qui s’inscrivent dans la continuité de son développement.

L’un des premiers enjeux consiste à institutionnaliser l’entreprise. En ouvrant davantage son capital et en associant de nouveaux partenaires à sa trajectoire. Cette ouverture doit permettre à SGTM de consolider sa gouvernance et d’asseoir durablement son modèle.

L’opération vise aussi à renforcer la notoriété du groupe et à le rapprocher des investisseurs institutionnels comme du grand public. L’introduction en Bourse constitue ainsi une étape déterminante pour élargir sa visibilité et affirmer son positionnement sur le marché marocain.

SGTM cherche par ailleurs à poursuivre et intensifier la logique de transparence et de performance qu’elle déploie depuis plusieurs années. La cotation vient formaliser cette démarche en instaurant des exigences accrues en matière d’information financière et de gouvernance.

Un autre objectif essentiel est d’accroître l’agilité financière du groupe. L’accès direct au marché des capitaux doit faciliter le recours à des financements externes, optimiser les coûts et offrir à SGTM une capacité renforcée à accompagner ses projets futurs. Cela s’inscrit dans une volonté plus large de disposer d’outils de financement plus flexibles, notamment dans un secteur où la taille et la rapidité d’exécution sont déterminantes.

L’opération permet également d’offrir de la liquidité aux actionnaires actuels, tout en ouvrant la porte à une base actionnariale élargie. Enfin, SGTM souhaite associer ses salariés à la dynamique de l’entreprise et partager avec eux la création de valeur, dans une logique d’engagement et de motivation à long terme.

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