L’affaire, qui secoue la classe politique espagnole, a des ramifications au Maroc. D’après une enquête du journal The Objective, fondée sur un rapport de l’Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Garde civile, Santos Cerdán, alors haut dirigeant du PSOE, a utilisé son réseau pour essayer d’aider la multinationale Acciona.
Les faits remonteraient au 28 décembre 2018. Ce jour-là, Santos Cerdán a, selon cette enquête, envoyé à un conseiller du ministre espagnol des Transports les noms et les contacts téléphoniques de deux membres du gouvernement marocain de l’époque : les ex-pjdistes Aziz Rebbah et Abdelkader Amara (actuel président du CESE). Aziz Rebbah aurait même été qualifié de contact « de pleine confiance », suggérant qu’il était une cible privilégiée pour ces démarches.
L’objectif de cette prise de contact était d’obtenir des informations et de l’aide concernant le projet du nouveau port industriel de Kénitra, un marché de plus de 60 millions d’euros auquel Acciona aspirait. The Objective ne précise pas si les ministres marocains ont été personnellement contactés à ce stade ni la nature de leur réponse, mais il établit qu’ils étaient au centre de la stratégie de lobbying espagnole.
Des rencontres en marge d’une visite officielle
L’affaire prend une autre dimension en janvier 2019, lors d’une visite officielle au Maroc de José Luis Ábalos, ministre espagnol des Transports. Santos Cerdán, l’homme au cœur des manœuvres, faisait partie de la délégation.
Durant ce voyage, des rencontres officielles ont bien eu lieu avec les ministres marocains, selon la même source. La première de ces réunions portait explicitement sur « le projet du nouveau port de Kénitra et la participation des entreprises espagnoles », confirmant que le sujet avait été abordé au plus haut niveau.
Malgré ces tentatives de rapprochement, The Objective précise qu’Acciona n’a finalement pas remporté le marché. Néanmoins, ces révélations montrent comment de hauts responsables politiques espagnols auraient tenté d’utiliser leurs connexions au sein du gouvernement marocain pour influencer l’attribution de grands contrats d’infrastructure, plaçant de fait les deux anciens ministres au cœur d’une stratégie de lobbying international.