Le secteur du BTP marocain évolue dans un paysage particulièrement concurrentiel, porté par plusieurs acteurs de référence aux profils complémentaires.

Six groupes structurent aujourd’hui le marché. TGCC, SGTM, Jet Contractors, Somagec, Sogea Maroc et Bymaro concentrent aujourd’hui l’essentiel des grands chantiers du Royaume et interviennent sur des projets variés, qu’il s’agisse d’infrastructures, d’ouvrages d’art, de bâtiments ou d’équipements stratégiques.

Deux d’entre eux, TGCC et Jet Contractors, sont déjà présents en bourse, tandis que SGTM s’apprête à les rejoindre à travers son introduction. Le reste n’est pas coté.

Et comme 2025 est une année dynamisée par les chantiers de la CAN et les premiers travaux liés à la Coupe du monde 2030, l’ensemble du secteur bénéficie d’une visibilité accrue, ce qui a naturellement ravivé l’intérêt des investisseurs pour les valeurs du BTP.

SGTM ressort comme l’acteur le plus important du trio coté, avec un chiffre d’affaires de 7,12 milliards de DH, un carnet de commandes de 34,5 MMDH et un RNPG de 738,9 MDH, c’est un niveau d’activité nettement supérieur.

TGCC suit avec un chiffre d’affaires de 5,07 MMDH, un carnet de 19,1 MMDH et un RNPG de 416 MDH, position qui reflète un périmètre intermédiaire. Jet Contractors affiche des volumes plus contenus, avec une production de 1,69 MMDH, un carnet de 9,2 MMDH et un RNPG de 126 MDH, ce qui correspond à une échelle plus réduite. L’ensemble met en évidence trois positions clairement différenciées, structurées autour des niveaux de chiffre d’affaires, de carnet de commandes et de résultat net.

Tableau : comparatif S1 2025 des trois acteurs cotés du BTP

Une accélération marquée sur la décennie 2014-2024

Il faut rappeler que l’évolution du BTP au Maroc entre 2014 et 2024 s’appuie sur une dynamique très solide, marquée par une montée en puissance continue du marché et par une contribution croissante à la richesse nationale.

Entre 2014 et 2019, la valeur absolue du secteur progresse de 53,6 MMDH à 66,7 MMDH, soit un taux de croissance annuel moyen de 4,5%, porté par une vague d’investissements dans les infrastructures, les projets hydrauliques, le transport et l’urbanisation.

Le secteur avance ainsi plus rapidement que le PIB national, ce qui traduit un rôle moteur dans la transformation économique du pays.

La pandémie interrompt cette progression en 2020, avec une activité ramenée à 64,2 MMDH. Dès 2021, l’ensemble du secteur retrouve un rythme ascendant grâce à la relance des chantiers structurants et au maintien d’une demande soutenue.

L’année 2024 marque une véritable rupture d’échelle : la valeur ajoutée atteint 89,8 MMDH, soit une progression de 24% par rapport à 2023.

Cette hausse exceptionnelle reflète l’intensification des investissements dans les infrastructures stratégiques (transport, énergie, équipements sportifs), l’accélération des programmes d’habitat et les opérations liées à la reconstruction post-sismique dans la région d’Al Haouz. La nouvelle Charte de l’investissement contribue également à stimuler les initiatives privées, ce qui renforce la dynamique générale.

Sur le plan social, l’impact du secteur se confirme. Le BTP représente 12,3% de l’emploi national en 2024, avec 13.000 nouveaux postes créés au cours de l’année, après 19.000 en 2023. Sur la période 2022-2024, le secteur génère plus de 30.000 emplois, ce qui illustre sa capacité à absorber une main-d’œuvre nombreuse et à accompagner l’expansion économique du pays.

L’année 2025 prolonge cette tendance, avec une trajectoire proche de la barre symbolique des 100 MMDH de valeur ajoutée, soutenue par un environnement porteur : taux d’intérêt plus favorables, politiques incitatives pour le logement, montée en puissance des programmes d’eau et d’énergie.

L’ensemble de ces paramètres dessine une perspective de croissance régulière, qui pourrait conduire le marché à 122 MMDH à l’horizon 2030, soit une progression annuelle moyenne de 5,8% sur la période 2024-2030.

Les perspectives 2024-2030 : un marché structuré autour de trois moteurs

La trajectoire du BTP pour la période 2024-2030 s’appuie sur une dynamique d’investissement qui dépasse tout ce que le secteur a connu au cours des dernières décennies. Depuis plus de dix ans, le marché avance à un rythme soutenu, avec une croissance cumulée de 61% entre 2014 et 2024.

L’année 2024 illustre cette tendance, car la valeur ajoutée atteint près de 90 MMDH et confirme l’ancrage du BTP au cœur de la Formation brute du capital fixe, dont il capte plus de la moitié. Cette progression s’organise autour de trois moteurs complémentaires qui structurent l’ensemble du marché.

Le premier levier repose sur l’investissement public, qui concentre plus de 75% de la demande adressée au secteur.

À l’horizon 2030, les programmes publics prévoient près de 1.000 milliards de DH d’investissements dans des chantiers d’envergure nationale

L’eau constitue l’un des blocs les plus significatifs, avec environ 285 MMDH consacrés aux barrages, aux stations de traitement et aux infrastructures de sécurisation hydrique. L’industrie suit la même logique, car le programme d’investissement du groupe OCP mobilise près de 260 MMDH pour l’extension des unités, le renforcement des chaînes logistiques et les infrastructures énergétiques associées.

L’énergie représente elle aussi un axe stratégique, avec environ 167 MMDH destinés aux projets solaires, éoliens, gaziers et aux réseaux de transport électrique.

Enfin, la mobilité et les transports s’inscrivent dans un effort significatif, avec près de 189 MMDH qui alimentent les chantiers routiers, ferroviaires, métropolitains et le plan « Aéroports 2030 », destiné à porter la capacité nationale à 80 millions de passagers. La préparation de la Coupe du monde 2030 accentue encore cette dynamique et accélère la modernisation des infrastructures sportives, urbaines et touristiques.

Le deuxième moteur renvoie à l’investissement privé productif, qui entre dans un cycle de transformation profond. Le ministère de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques fixe une ambition claire à l’horizon 2026, avec 550 MMDH d’investissements privés et 500.000 emplois pérennes. Cette stratégie vise également une part de 50% de l’investissement total portée par le privé, portée par une nouvelle génération de mesures qui modernisent l’écosystème.

La Charte de l’investissement joue un rôle décisif à travers des mécanismes de soutien territorialisés, une simplification du climat des affaires et une gouvernance unifiée incarnée par la réforme des Centres régionaux d’investissement. Cette dynamique se traduit par un volume annuel d’investissement privé compris entre 110 et 130 MMDH entre 2023 et 2025, enrichi par 377 MMDH d’investissements approuvés par la Commission nationale de l’investissement sur une période de deux ans.

Le Nouveau modèle de développement projette même une montée progressive vers une part de 65% d’investissement privé à l’horizon 2035, ce qui place le secteur productif au centre de la transformation économique du pays.

Le troisième pilier s’observe du côté du résidentiel, fortement influencé par les tendances démographiques et l’urbanisation. Le Maroc pourrait atteindre 39,3 millions d’habitants en 2030, avec un taux d’urbanisation qui progresserait de 65,2% actuellement à près de 67,8%. Cette dynamique crée une demande soutenue en logements, en infrastructures de proximité et en équipements collectifs. Les dispositifs incitatifs, tels que « Daam Sakane », accompagnent cette évolution et soutiennent l’accès à la propriété, tandis que la modernisation des villes renforce la place du résidentiel comme composante essentielle du marché.

L’ensemble de ces moteurs dessine une trajectoire de croissance durable pour la période 2024-2030. La valeur ajoutée du BTP pourrait croître à un rythme annuel proche de 5,8%, pour atteindre environ 122 MMDH d’ici 2030. Cette accélération confirme le rôle structurant du secteur dans le développement économique du Royaume, tout en offrant une visibilité longue aux entreprises et aux investisseurs qui accompagnent cette nouvelle phase d’expansion.

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