Depuis que le ciel a ouvert ses vannes en cette fin novembre, la saison oléicole bat son plein dans la province de Béni Mellal.

Le dernier volet de notre triptyque relatif à la production d’une huile d’olive de qualité nous a conduit dans un domaine expérimental, populaire pour la variété de mandarine Afourer qui y a été créée.

Relevant de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le Centre régional de la recherche agronomique de Tadla (CRRAT) et ses chercheurs ont été prépondérants dans la création de cette mandarine, qui représente le fleuron de la culture agrumicole du pays.

C’est aussi une terre fertile où plusieurs variétés d’oliviers ont été créées, en collaboration avec d’autres centres régionaux, à l’image de Dalia, Mechket ou Tassaoute.

Cette dernière tire son nom du cours d’eau qui prend source dans les eaux du barrage Bin El Ouidane, situé sur l’autre versant des cimes qui surplombent la ville d’Afourer.

Un fleuve dont le lit a été creusé entre les montagnes afin d’irriguer les cultures tout le long de son trajet jusqu’à la province de Marrakech. C’est toujours d’actualité, mais beaucoup moins ces dernières années.

En raison de la pénurie d’eau dont souffre le bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia, la troisième plus grande retenue du Royaume suffit à peine pour l’alimentation en eau potable et quelques lâchers pour irriguer la plaine de Tadla.

Une problématique qui n’épargne pas non plus les chercheurs du CRRAT, mais qui est considérée comme un obstacle à surmonter plutôt qu’une équation insoluble.

Loin de tout fatalisme, les scientifiques de l’INRA d’Afourar mènent « des programmes de recherche pour améliorer la résilience, la productivité et la qualité de cette filière emblématique », déclare à Médias24 Kaoutar El Fazazi, directrice du Centre régional de la recherche agronomique de Tadla.

« Nos travaux portent autant sur la création variétale que sur la gestion de l’eau, la protection des plantes ou la fertilisation, avec l’objectif de fournir aux agriculteurs des solutions scientifiques adaptées aux défis de terrain ».

Doctorante en transformation alimentaire et microbiologie, spécialisée en hygiène et microbiologie alimentaire, la directrice du CRRAT nous révèle les mécanismes de diffusion des nouvelles variétés, la relation avec les pépiniéristes, la sensibilisation des agriculteurs et les obstacles rencontrés lors de l’adoption des innovations de l’INRA.

Médias24 : Combien de variétés d’olivier ont été créées, homologuées ou sont actuellement en cours d’évaluation par l’INRA ?

Kaoutar El Fazazi : Actuellement, l’INRA dispose de plus de dix variétés nouvellement créées. Dont certaines variétés inscrites au catalogue officiel. À savoir, Dalia, Mechket, Tassaoute. Il y a également des variétés plus anciennes comme Menara et Haouzia, qui sont issues du programme de création variétale de l’INRA.

– Quelle est la durée moyenne du cycle de création, du croisement initial jusqu’à la mise sur le marché de la variété ?

– Tout programme de création variétale nécessite du temps et un travail conséquent. Il faut compter entre cinq et douze ans pour aboutir à une variété inscrite au catalogue officiel, répondant aux objectifs initiaux (résistance aux maladies, rendement, qualité).

Ces programmes durent environ douze ans avant que les variétés ne soient disponibles chez les pépiniéristes et, ensuite, chez les agriculteurs.

Menara et Haouzia sont issues de croisements réalisés à partir de la picholine marocaine

– Quelles ressources génétiques utilisez-vous ?

– L’INRA utilise à la fois des variétés authentiques marocaines et des variétés étrangères. Par exemple, Menara et Haouzia proviennent de croisements réalisés à partir de la picholine marocaine.

Cinq variétés récemment inscrites au catalogue officiel, comme Dalia, Mechket ou Tassaoute, proviennent de croisements entre variétés marocaines et étrangères, afin d’exploiter les potentialités agronomiques de chacune.

Kaoutar El Fazazi de l’INRA présentant des variétés d’oliviers Mechket et Tassaoute
Kaoutar El Fazazi, directrice du Centre régional de la recherche agronomique de Tadla.

– Sur combien de sites expérimentaux testez-vous vos variétés ?

– L’INRA possède dix centres implantés dans des conditions agro-écologiques et climatiques variées. Plusieurs centres testent ces nouvelles variétés. Celui de Marrakech est considéré comme un centre d’excellence en création variétale de l’olivier. Idem pour ceux de Meknès, Béni Mellal, et aussi Oujda.

L’objectif est d’évaluer l’adaptation des variétés dans différents microclimats. Nous pouvons aussi tester chez les agriculteurs, mais la première phase de validation se fait dans les stations de l’INRA afin de maîtriser les conditions expérimentales.

– Comment s’organise la diffusion des variétés après homologation ?

– La finalité pour l’INRA ne s’arrête pas à la création variétale. Le transfert de technologie est une priorité. Une fois inscrites au catalogue officiel, les variétés sont cédées aux pépiniéristes pour être mises à la disposition des agriculteurs.

Ce processus de cession permet aux agriculteurs d’acheter ces nouvelles variétés chez les pépiniéristes agréés.

– Y a-t-il un manque d’entrain des agriculteurs lorsqu’il s’agit d’acheter ces nouvelles variétés ?

– Les agriculteurs doivent en effet mieux connaître les variétés et leurs potentialités. Chaque agriculteur cherche la qualité, le rendement et la rentabilité.

Nous organisons donc des journées de transfert de technologie pour permettre aux agriculteurs de découvrir ces variétés et leurs performances. Cela contribue à encourager leur adoption.

– Il y a un déficit pluviométrique, et donc moins d’eau pour l’agriculture. Est-ce un handicap dans votre travail quotidien ?

– Effectivement. Le Maroc connaît depuis cinq à sept ans des conditions de sécheresse très sévères, ce qui affecte particulièrement la région Béni Mellal-Khénifra ainsi que notre station expérimentale.

Cette situation nous pousse à chercher des solutions adaptées, comme des recherches avancées en micro-irrigation, la compréhension des besoins hydriques et la gestion du stress hydrique. Le but étant de garantir la survie de la filière oléicole et d’assurer une production correcte malgré le manque d’eau.

Le centre de Tadla est un centre d’excellence en irrigation et nous travaillons aussi sur les agrumes, très touchés par la sécheresse.

– Si vous deviez citer une variété créée par l’INRA et considérée comme une success story, laquelle serait-elle ?

– En lien avec le changement climatique et la résilience face au stress hydrique, deux variétés se distinguent. Il s’agit de Mechket et Tassaoute, créées en 2014 et 2017. Elles sont très demandées en raison de leur très haute qualité, avec notamment un rapport acide oléique/linoléique élevé (plus de 17 pour Mechket), une bonne stabilité de l’huile, des besoins en eau réduits (surtout pour Tassaoute et Mechket). Sans oublier une résistance prouvée aux maladies, notamment à l’œil de paon, où les dégâts ne dépassent pas 10% dans nos plateformes.

Pour donner un ordre d’idée, dans un système intensif, on peut atteindre une bonne production dès la troisième année, ce qui est très encourageant pour les producteurs. Dans un contexte où de nombreuses parcelles d’oliviers sont arrachées à cause de la sécheresse, disposer de remplaçants productifs en trois ans est un atout majeur pour les agriculteurs.

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