Cash Plus devient la première fintech à faire son entrée à la Bourse de Casablanca et signe, après Vicenne, la deuxième IPO de l’année 2025. L’opération de souscription, clôturée le 25 novembre, porte sur un montant global de 750 MDH.
Elle combine une augmentation de capital de 400 MDH et un cash-out d’environ 350 MDH correspondant à la cession partielle de 1,8 million d’actions détenues par le fonds MCP. Les actionnaires historiques, les familles Amar et Tazi, n’ont cédé aucun titre lors de cette introduction.
La composante « cash-out » de l’IPO, soit 350 MDH, provient exclusivement du fonds Mediterrania Capital Partners (MCP), seul actionnaire à avoir cédé des titres lors de l’opération.
La répartition montre que la quasi-totalité de cette cession (83%) a été réalisée par MC IV Money, son véhicule principal, qui encaisse 290,32 MDH. Le reste, soit 17%, provient de MCIV Morocco FPCC-RFA, pour un montant de 59,68 MDH.

Cette sortie partielle permet d’élargir le flottant, de sécuriser une liquidité minimale pour le titre dès son introduction et d’offrir une meilleure visibilité à l’action en bourse.
Alors bien évidemment cette IPO aura un impact sur l’actionnariat. L’introduction en bourse modifie sensiblement la structure du capital de Cash Plus, sans pour autant bouleverser l’équilibre entre les actionnaires historiques. Les familles Amar et Tazi conservent chacune 35,1% du capital après l’opération, contre 38,2% auparavant. Cette légère dilution est liée uniquement à l’augmentation de capital, puisqu’aucune d’elles n’a cédé de titres.
Le changement le plus visible concerne le fonds MCP, dont la part passe de 23,5% à 14,3% après la cession de 1,8 million d’actions lors de l’IPO. Son véhicule principal, MC IV Money, tombe ainsi à 11,8%, tandis que MCIV Morocco FPCC-RFA se retrouve à 2,4%.
« Il y a un élément plus capitalistique qui doit être surveillé : la présence résiduelle du fonds MCP, qui détiendra encore une part importante du capital après l’IPO. Le document ne prévoit aucun mécanisme de lock-up pour ces actionnaires non membres du groupement stable. Une sortie potentielle du fonds, même progressive, pourrait entraîner des mouvements techniques sur le titre, surtout dans un flottant limité », commente un analyste de la place.
Les deux familles Amar et Tazi se sont engagées à maintenir leur participation pendant sept ans à compter de l’introduction en bourse.

L’opération fait par ailleurs la création d’un flottant de 15,5%, soit 3,8 millions d’actions désormais accessibles au public.
Cash Plus, une mid-cap assumée
Avec une capitalisation boursière d’environ 5 MMDH. Cash Plus se situe clairement dans la catégorie des mid caps de la Bourse de Casablanca. Elle dépasse très largement le seuil traditionnel des small caps souvent situé autour de 1 à 2 MMDH.
« Cash Plus se place ainsi dans cette zone intermédiaire où évoluent des sociétés visibles, suivies par les institutionnels, mais encore capables d’offrir un potentiel de croissance significatif, en particulier lorsqu’elles représentent un secteur sous-représenté en bourse », commente un analyste de la place.
L’évaluation retenue pour l’introduction en bourse s’appuie sur deux approches considérées comme les plus pertinentes pour un établissement de paiement : le Dividend Discount Model (DDM) et la référence transactionnelle liée à l’entrée de Mediterrania Capital Partners en 2024.
Ce choix méthodologique exprime une volonté de coller à la réalité économique de Cash Plus, dans un environnement où ni les comparables boursiers ni les transactions recensées ne fournissaient des repères suffisamment fiables. La société assume ainsi un cadre d’évaluation épuré, appuyé sur des éléments tangibles et vérifiables.
La méthode DDM met en avant la capacité du groupe à générer et distribuer du cash. Cash Plus a distribué l’intégralité de ses bénéfices entre 2022 et 2024, ce qui offre une base crédible pour projeter des dividendes futurs. En actualisant ces flux sur un horizon de cinq ans et en intégrant une valeur terminale fondée sur une croissance prudente, la valorisation atteint 5,71 MMDH soit 253 DH par action. Cette estimation, nettement supérieure au prix de 200 DH, reflète la qualité du modèle économique et la régularité de sa profitabilité.
La seconde méthode repose sur la transaction réalisée avec MC IV Money, le véhicule de Mediterrania Capital, qui a acquis 23,5% du capital en valorisant la société sur la base d’un multiple de P/E de 16,3x. En l’appliquant au résultat net projeté pour 2026, la valeur des fonds propres ressort à 4,46 MMDH, soit 198 DH par action, cohérente avec l’investissement d’un acteur professionnel intervenu moins d’un an avant l’opération de marché.
Une valorisation qui va évoluer
« La valorisation de Cash Plus est juste et elle a vocation à évoluer dans le temps. Le titre s’introduit avec un P/E inférieur à la moyenne du marché, ce qui lui laisse une marge d’appréciation importante. D’ailleurs, les estimations disponibles montrent un potentiel de hausse qui peut atteindre environ 27%« , ajoute notre analyste.
« Bien sûr, tout dépendra de la capacité du groupe à tenir la trajectoire annoncée dans son business plan, notamment l’atteinte d’un RNPG supérieur à 270 MDH dès 2026. Si ces objectifs sont confirmés et que la part du digital progresse plus rapidement que prévu, le titre pourrait suivre une trajectoire similaire à celle des récentes IPO. Mais même avec cette bonne visibilité, certains éléments devront être suivis de près ».
« On parle d’un environnement concurrentiel, décrit comme particulièrement mouvant. Le marché des paiements reste dominé par des acteurs installés : Wafacash, Damane Cash, Barid Cash ou encore Chaabi Cash, dont certains bénéficient du soutien direct de groupes bancaires puissants. Dans un tel contexte, une intensification rapide de la concurrence pourrait peser sur les parts de marché et sur les marges, notamment sur l’activité historique de transfert d’argent ».
« Ainsi, il y a l’arrivée potentielle de nouveaux acteurs purement digitaux. Les néobanques internationales ou régionales, si elles décidaient de se positionner plus agressivement sur le marché marocain, pourraient rebattre les cartes du secteur. Même si Cash Plus dispose d’un avantage lié à son modèle hybride, l’arrivée de ces plateformes pourrait modifier les équilibres, accélérer la migration vers le digital et créer une pression sur la tarification ».
« Le modèle opérationnel de la société repose par ailleurs sur un réseau où 87% des agences sont franchisées. Cette dépendance structurelle constitue un risque de concentration : toute dégradation de la performance du réseau, ou un désalignement d’intérêts entre la société et ses franchisés, pourrait impacter la qualité de service, l’image de marque ou la capacité de distribution ».
« À cela s’ajoute le besoin croissant d’investissements technologiques. La montée en puissance du M-Wallet, le développement de la Super App et l’extension des services digitaux nécessitent des budgets toujours plus importants en systèmes d’information et en cybersécurité. Tout retard ou dépassement dans ces investissements pourrait peser sur la rentabilité et sur la qualité du service, dans un secteur où la confiance technologique est déterminante ».