Les attaques répétées pour conflit d’intérêts affaiblissent le RNI à dix mois des législatives 2026. Akhannouch n’est pas le seul ciblé. Le dernier en date est le ministre de l’Éducation, Mohamed Berrada. Une affaire que nous avons suivie et qui a fait l’objet, ce mercredi 26 novembre, d’une conférence de presse du PJD.
Ce dernier parti n’est pas le seul à crier régulièrement au « conflit d’intérêts ». Toute l’opposition le fait, et elle est dans son rôle. L’opposition concentre d’ailleurs l’essentiel de ses attaques, quelles qu’elles soient, sur le chef du gouvernement et son parti. Les deux autres partis de la coalition, Istiqlal et PAM, sont plutôt épargnés.
Dans sa conférence de presse de ce mercredi, le PJD n’a pas fourni les preuves promises concernant l’affaire du KCl. Mais il a soulevé, dans ce dossier, plusieurs questions fondées et qui sont sans réponse. Il a soulevé aussi des questions non fondées. Par exemple, il est trop facile de se demander, d’un air suspicieux, comment une entreprise qui était en difficulté financière se redresse en deux années. Le droit, c’est la preuve, comme disent les juristes. Celle-ci manque.
L’orateur, Abdellah Bouanou, a également élargi le sujet à tous les dysfonctionnements dont souffre la santé. Il a eu raison de le faire. Tout le secteur de la santé mérite des audits, des réformes et une nouvelle gouvernance. Si le PJD avait fait ces réformes de gouvernance pendant ses deux mandats, les problématiques du secteur ne se seraient pas posées aujourd’hui : concentration du marché, passation des commandes, délivrance des AMM, mais aussi absentéisme, accueil des malades, équipements, et beaucoup de suspicions concernant les marchés…
Il faut dire que le PJD a intérêt à faire durer l’attention autour du conflit d’intérêts car c’est un thème porteur. D’une part, il cherche à positionner une partie du gouvernement d’une manière négative par rapport à la morale ; d’autre part, à positionner le PJD comme étant, au contraire, un parangon de vertu. C’est de bonne guerre en période électorale.
Il faut dire aussi que le conflit d’intérêts est la vulnérabilité principale d’une partie du gouvernement, particulièrement au RNI.
Les affinités du parti avec les milieux d’affaires sont connues et assumées. Dès lors, on peut se retrouver sur le terrain glissant de l’alliance entre l’argent et la politique. L’argent sert-il la politique ? Ou bien la politique sert-elle l’argent ?
Le RNI a envoyé sur ce registre plusieurs signaux négatifs. Quelques-uns de ses ministres se trouvent ou se sont trouvés en situation de conflit d’intérêts. Ce qui n’est pas une infraction, faut-il le rappeler. L’infraction, dans un poste de responsabilité, c’est de prendre des décisions pour favoriser son intérêt personnel. Comme si un arbitre officiait dans un match dans lequel son fils joue. S’il accorde un penalty à son fils et que ce penalty, manifestement, est fondé, il y aura néanmoins suspicion. Si le penalty n’est pas fondé, c’est pire, il y aura infraction. Et si c’est ce dernier cas, il faut le prouver.
Le conflit d’intérêts au Maroc n’est toujours pas suffisamment encadré. Il n’existe pas de texte spécifique. Et les fragments qui existent ne sont pas obligatoirement suffisants. Il aurait fallu légiférer dès le début du mandat et adopter des garde-fous spécifiques. La politique, c’est la confiance. Le contraire de la confiance, c’est la méfiance, devenue le talon d’Achille d’une partie du gouvernement.