Les rendements obligataires marocains affichent une légère remontée. D’ailleurs, ce constat a commencé depuis la fin du mois de septembre, après plusieurs mois où la tendance était clairement orientée à la baisse.

Or, ce mouvement reste contenu, mais suffisamment présent pour retenir l’attention des investisseurs, d’autant qu’il intervient dans un environnement marqué par une inflation faible et un taux directeur stable.

Est-ce que cette hausse est toujours technique, liée à un ajustement des conditions du marché en fin d’année ? La tendance de fond demeure-t-elle baissière, et quels éléments expliquent ces mouvements ?

Des mouvements haussiers confirmés

Les dernières adjudications du Trésor confirment une remontée progressive des rendements. Lors de l’adjudication du 19 novembre 2025, une première tension haussière a été constatée, en particulier sur la maturité 2 ans, dont le rendement a augmenté d’environ +16 points de base. Par ailleurs, le marché secondaire a également enregistré de légères hausses sur plusieurs maturités, confirmant un début de mouvement ascendant sur la courbe des taux.

Quelques jours plus tard, la nouvelle adjudication du 25 novembre a prolongé cette tendance haussière. En effet :

  • Sur la maturité 26 semaines, le rendement retenu ressort pratiquement stable, avec un léger ajustement haussier de +0,1 pb par rapport au dernier TMP.
  • Sur la maturité 52 semaines, la hausse est plus marquée, atteignant +18,1 pb.
  • Sur la maturité 2 ans, le rendement continue d’augmenter, cette fois de +4 pb, prolongeant la tension déjà observée lors de la séance du 19 novembre.

Ainsi, entre les deux séances, le court terme (26 semaines) reste globalement stable, mais avec une légère inclinaison haussière. Le segment 1 an (52 semaines) enregistre la hausse la plus notable entre les deux dates. Le 2 ans, déjà en hausse le 19 novembre, poursuit son mouvement ascendant le 25 novembre, ce qui traduit une tension continue sur cette partie de la courbe.

Les causes fondamentales : contraction de la liquidité et accélération des besoins du Trésor

« Il s’agit tout d’abord d’un arbitrage clair de la part des investisseurs. Sur le marché actions, on a vécu une petite correction, qui s’est traduite par une hausse des rendements obligataires, chose qui est normale », explique un analyste de salle de marché.

« Alors oui, cette remontée des rendements obligataires observée depuis fin septembre trouve son origine dans un ensemble de facteurs essentiellement techniques, liés à l’exécution budgétaire et au fonctionnement du marché primaire ».

« Il y a une contraction progressive de la liquidité institutionnelle à partir d’octobre. Cette situation s’explique par un recours plus important du Trésor au financement intérieur en fin d’année. En effet, le taux de réalisation de certains instruments, notamment les financements innovants, ne s’élevait qu’à 11% à fin septembre, ce qui a nécessité un rattrapage plus marqué au dernier trimestre », explique AGR.

Ainsi, selon notre analyste de salle de marché, « la contraction de la liquidité se traduit davantage par une sélectivité accrue des investisseurs. En fin d’année, une partie de leurs ressources est mobilisée par d’autres opérations : IPO, émissions de dette privée ou arbitrages internes, ce qui réduit la marge disponible pour absorber pleinement l’offre du Trésor. Dans ce contexte, les institutionnels continuent de participer aux adjudications, mais à des niveaux de rendement plus élevés, ce qui explique la hausse observée malgré des volumes demandés significatifs ».

Parallèlement, le besoin de financement brut du Trésor s’est sensiblement accru. À fin octobre, le déficit budgétaire a atteint 60,3 MMDH, contre 47,4 MMDH un an auparavant, reflet d’une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes. Les dépenses globales ont augmenté de 56,3 MMDH (+16,6%), alors que les recettes ordinaires n’ont progressé que de 43,4 MMDH (+14,9%).

Les dépenses de biens et services ont particulièrement augmenté (+39,5 MMDH), tout comme les intérêts de la dette (+7,3 MMDH). Même si certaines composantes, comme la compensation, ont reculé (-5,4 MMDH), cela n’a pas suffi à compenser le rythme des autres charges. Cette évolution a mécaniquement renforcé les besoins de financement du Trésor, qui atteignent 73 MMDH à fin octobre.

« Le Trésor doit donc simultanément rembourser des volumes élevés et lever de nouveaux montants, ce qui accroît sa présence sur le marché primaire et exerce une pression supplémentaire sur la liquidité. Cet assèchement relatif de la liquidité a induit de légères tensions haussières sur les Taux. Néanmoins, nous croyons que ce mouvement demeure technique et limité dans le temps. La poursuite de la désinflation, les anticipations de normalisation du TD à MT et le retour des tombées du Trésor à des niveaux normatifs après le pic d’octobre devraient soutenir la tendance de fond baissière des taux », explique l’expert d’AGR.

« La tendance de fond du marché obligataire reste orientée à la baisse. Les hausses observées ces dernières semaines relèvent surtout d’ajustements techniques liés aux conditions de liquidité et au calendrier budgétaire de fin d’année. Elles ne remettent pas en cause la trajectoire globale des taux, qui demeure dominée par un environnement de désinflation et d’assouplissement monétaire », conclut notre analyste de salle de marché.