SGTM signe l’une des plus importantes introductions en bourse de l’histoire récente du marché marocain, avec une valorisation d’environ 25 milliards de DH.

L’opération d’introduction à 5 MMDH, réalisée par cession d’actions, advient dans un contexte exceptionnel où le secteur du BTP bénéficie d’une visibilité rarement atteinte : programmes d’infrastructures, chantiers structurants et, surtout, dynamique d’investissement liée au Mondial 2030.

Dans un autre environnement, cette valorisation aurait sans doute été plus basse, mais aujourd’hui, le marché est porteur et la fenêtre est idéale pour une opération de cette taille.

Valorisation de SGTM

La valorisation retenue pour l’introduction de SGTM repose sur deux méthodes explicitement détaillées dans le prospectus : le DCF comme approche principale, et les comparables boursiers à titre indicatif. Ensemble, ces deux méthodes permettent de cerner la valeur économique de l’entreprise dans un contexte de marché où la demande pour les grands dossiers industriels est particulièrement forte.

La méthode DCF, fondée sur les flux futurs projetés sur la période 2025-2031, constitue le socle de l’évaluation. Elle s’appuie sur un business plan prenant en compte un carnet de commandes arrêté à fin mai 2025, des marges consolidées sur les dernières années, un BFR maintenu à 76 jours et un niveau d’investissements calé sur le rythme normatif attendu à l’horizon 2031.

Le taux d’actualisation, fixé à 7,96%, intègre un taux sans risque de 2,88%, une prime de risque de 6,07% et un bêta désendetté de 0,90, soit un coût des fonds propres de 9,93%. Par prudence, le taux de croissance à l’infini est limité à 2,5%, un niveau inférieur aux projections macroéconomiques du FMI et de Fitch.

Sur cette base, le DCF aboutit à une valorisation des fonds propres de 26.692 MDH, soit 445 DH par action, ce qui place le prix d’introduction de 420 DH dans la partie basse de la fourchette théorique.

L’analyse de sensibilité renforce cette lecture : selon les hypothèses retenues sur le CMPC et la croissance terminale, la valeur par action oscille entre 371 DH et 552 DH. Autrement dit, même dans les scénarios les plus prudents, la valeur économique de SGTM reste supérieure au prix proposé en IPO.

La méthode des comparables, utilisée uniquement à titre indicatif, conduit à des niveaux de valorisation du même ordre de grandeur. En appliquant les multiples VE/EBITDA des entreprises internationales comparables, la valorisation ressort à 453 DH par action, tandis que la méthode P/E aboutit à 481 DH. Ces estimations, bien qu’indirectes, indiquent que le prix d’introduction a été fixé en deçà des valorisations théoriques issues des modèles.

Pourquoi la SGTM affiche une valorisation inférieure à TGCC

L’IPO de SGTM valorise le groupe à environ 25 MMDH, alors que TGCC, déjà cotée, pèse actuellement plus de 31 MMDH au cours d’environ 900 DH.

Pourtant, les indicateurs opérationnels disponibles montrent que SGTM présente un chiffre d’affaires, un résultat net et un carnet de commandes supérieurs à ceux de TGCC.

Cet écart provient d’un point fondamental : SGTM est valorisée dans un cadre d’introduction en bourse, tandis que TGCC est valorisée par le marché, après quatre années de cotation.

Une IPO suit des règles spécifiques : la valorisation retenue doit généralement intégrer une décote par rapport aux modèles théoriques, de manière à sécuriser la demande et à faciliter le placement.

Dans le cas de SGTM, le prospectus montre que les différentes méthodes d’évaluation – DCF, comparables boursiers et analyses de sensibilité – aboutissent toutes à des valeurs supérieures au prix retenu de 420 DH.

À l’inverse, la valorisation de TGCC reflète quatre années d’évolution boursière, marquées par une forte demande sur le titre, une progression régulière du cours et un positionnement sectoriel porté par les programmes d’investissement du pays.

La capitalisation de TGCC est donc le résultat d’un prix de marché, influencé par la liquidité, les anticipations des investisseurs et le momentum sectoriel, notamment dans la perspective du Mondial 2030.

Autrement dit, la comparaison entre les deux groupes doit tenir compte de la nature différente des valorisations :

    • SGTM : valorisation d’introduction, encadrée et prudente ;
    • TGCC : valorisation de marché, construite au fil du temps.

Le timing choisi par SGTM intervient toutefois dans un contexte jugé porteur pour le secteur : hausse de la liquidité sur le marché actions, intérêt institutionnel pour les valeurs industrielles et visibilité accrue sur les investissements publics et privés. Ce cadre influence la demande potentielle, mais il n’annule pas la mécanique propre à toute IPO, qui reste distincte de la valorisation d’une société déjà cotée.

« C’est clairement le bon moment pour SGTM. Le carnet de commandes est à un niveau historique, autour de 35 MMDH, alors qu’il était à peine à 17 MMDH fin 2024. Le groupe a aujourd’hui trois années de chiffre d’affaires quasiment sécurisées grâce à cette visibilité », commente un analyste de la place.

« Les comparables boursiers, TGCC et Jet Contractors, sont eux aussi sur leurs plus hauts historiques en termes de valorisation. Le marché paie très cher ces valeurs. Donc même en utilisant des comparables, SGTM arrive à une valorisation qui reste élevée ».

« La valorisation proposée autour de 25 MMDH est franchement attractive. Quand on met ça en face de TGCC, qui vaut plus de 31 MMDH sur le marché, l’écart est très visible. Dans une logique linéaire, SGTM devrait valoir plus, parce que c’est un groupe plus grand et plus rentable ».

« Très clairement, si SGTM était déjà cotée, elle serait valorisée autour de 40 MMDH. Et le marché finira par corriger cet écart. Ce n’est pas logique d’avoir une grande entreprise comme SGTM en dessous de TGCC. L’écart va se refermer avec le temps ».

« Franchement, c’est une bonne opération et une valorisation bien positionnée. Elle sera souscrite, parce que le prix proposé laisse de la marge pour que le marché fasse son travail derrière ».

Selon SGTM, la marge brute consolidée devrait atteindre 37,7% en moyenne sur l’horizon du business plan, soit un niveau similaire à celui enregistré entre 2022 et 2024 (37,7% en moyenne). Il est à noter que la marge brute 2024PF ressort également à 37,7%.

En marge nette, SGTM présente des niveaux globalement supérieurs à ceux de TGCC sur la période 2022-2023, avant un repli en 2024, puis un rebond marqué au S1-2025 (10,4% contre 7,4% pour TGCC).

L’introduction de SGTM se fait exclusivement par cession d’actions existantes, un choix pleinement assumé dans la note d’opération. L’opération « n’a aucun impact sur les fonds propres » ni sur l’endettement de la société, confirmant qu’il ne s’agit pas d’une levée de fonds, mais d’une mise sur le marché d’une partie du capital détenu par certains membres de la famille fondatrice.

Les objectifs affichés montrent que SGTM cherche avant tout à institutionnaliser la société, à renforcer la transparence et à s’aligner sur les standards de gouvernance propres aux entreprises cotées. L’IPO vise également à accroître la notoriété de la société, à améliorer son accès aux financements externes et à offrir de la liquidité aux actionnaires actuels, tout en donnant aux salariés la possibilité de participer au capital.

Ce choix s’inscrit dans une dynamique de pérennisation du groupe, sans modifier sa structure financière. SGTM dispose déjà d’une situation robuste et d’un carnet de commandes exceptionnel, ce qui explique qu’aucune augmentation de capital ne soit jugée nécessaire. La cession vise donc à organiser l’ouverture du capital, à diversifier progressivement l’actionnariat et à ancrer la structure familiale dans un cadre de marché plus institutionnalisé, sans dilution du contrôle.