À quoi ressemblait la région de Casablanca il y a 2,5 millions d’années ? C’est à cette question qu’une équipe de chercheurs dirigée par les professeurs Abderrahim Mohib, Camille Daujeard et Rosalia Gallotti a tenté de répondre, en se penchant sur le cas d’un habitant disparu de la région : le Theropithecus atlanticus, un grand singe éteint proche de l’actuel babouin.

Cette étude publiée le 20 novembre 2025 dans le prestigieux Journal of Human Evolution s’inscrit dans le cadre du programme de recherches « Préhistoire de Casablanca », mené conjointement par l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP), le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français et le LabEx Archimède (Université Paul Valéry Montpellier 3).

Une technologie de pointe pour faire « parler » les dents

Pour reconstituer le menu de ce primate préhistorique, les scientifiques ont observé et analysé la texture des micro-usures dentaires sur des spécimens découverts sur le site d’Ahl al Oughlam.

L’originalité de cette étude réside dans l’utilisation d’un logiciel innovant. Cet outil a permis de modéliser avec une précision inédite les infimes traces laissées par la mastication sur l’émail des dents. Ces données ont ensuite été comparées à celles de primates actuels et d’autres fossiles découverts en Afrique de l’Est, permettant d’établir des parallèles précis.

Un environnement plus rude et ouvert

Les résultats de l’étude sont éloquents. Le Theropithecus atlanticus se nourrissait principalement de plantes herbacées, un régime typique des brouteurs. L’analyse révèle également la consommation probable d’aliments plus coriaces, difficiles à digérer.

Au-delà du simple régime alimentaire, ces indices dentaires offrent une fenêtre précieuse sur le climat de l’époque. Ils suggèrent que la région d’Ahl al Oughlam était, il y a 2,5 millions d’années, un environnement ouvert, plus sec et probablement plus rude qu’on ne l’imaginait.

Cette publication renforce le statut exceptionnel du site d’Ahl al Oughlam, situé à la périphérie de Casablanca. Considéré aujourd’hui comme le gisement paléontologique le plus riche d’Afrique du Nord, il a déjà livré plus de 4.000 fossiles identifiés, représentant une centaine d’espèces de vertébrés.

En décryptant l’écologie de la faune qui y vivait, les chercheurs affinent notre compréhension d’une époque charnière. Ce site clé continue ainsi d’apporter des pièces manquantes au grand puzzle de l’évolution humaine et animale en Afrique du Nord.