L’étincelle est partie d’une intervention critique d’une députée du Parti Justice et Développement (PJD) concernant le projet de loi régissant la profession des Adouls. Dénonçant un texte sans garanties, elle a fustigé un « coup d’État contre les résultats du dialogue » et une » discrimination injustifiée », accusant le ministre de vouloir « écarter la femme Adoul des centres de décision » et d’instrumentaliser le dossier politiquement.
La réplique d’Abdelatif Ouahbi a été cinglante : « Tu fais une déclaration du conseil de commandement de la révolution avant même d’avoir lu la loi ». Cette phrase a provoqué un tollé sur les bancs de l’opposition. Abdessamad Haiker, député PJD, a immédiatement demandé un point d’ordre pour rappeler le ministre à ses devoirs. « Les députés posent des questions et les ministres sont tenus de répondre, pas de tenir un autre discours », a-t-il lancé d’un ton mesuré et courtois, exigeant du président de séance le retrait de l’expression incriminée du procès-verbal.
Le président de la séance, Driss Chtibi (USFP), a tenté de minimiser l’incident, estimant que les propos du ministre ne portaient préjudice à personne. Une intervention jugée partiale par les élus PJD, dont Mustapha Ibrahimi qui a ironisé : « Est-ce qu’on fait la révolution maintenant ? ».
Loin de s’apaiser, Abdelatif Ouahbi a contre-attaqué : « Donne-moi une phrase utile de ce qu’a dit la députée ! Tout ce qu’elle a dit ce sont des préjugés. C’est une déclaration, pas une position ou un débat. Puisque tu publies un communiqué, je dois te répondre par un communiqué, c’est pour ça que j’ai parlé de conseil de commandement de la révolution. Tu dis ce que tu veux, je dis ce que je veux et le sujet est clos ».
La tension est montée d’un cran lorsque Abdessamad Haiker a repris la parole pour dénoncer une » réponse vide » et une tentative de « fuir le débat ». « Personne ne me montre comment répondre », a rétorqué le ministre. « Et personne ne nous montre comment poser nos questions », a répliqué le député.
Dans une ambiance électrique, Ouahbi a lancé : « Tu crois que la révolution est facile ? Viens la faire la révolution ! Nous l’avons évoquée par métaphore ». Accusant le PJD de faire de la politique sur son dos en vue des élections, il a martelé : « Personne ne surenchérit sur moi ».
Le président de séance a finalement refusé un troisième point d’ordre à Abdessamad Haiker, menaçant d’appliquer le règlement intérieur et de le faire expulser par les huissiers pour « manque de respect « . Avant de lever la séance dans la confusion, Driss Chtibi a lancé aux élus PJD : « Antoum Markssiyooune ‘Ala Sounnati Lahi wa rassoulihe » (Vous êtes des marxistes selon la Sunna de Dieu et de son Prophète), répétant la phrase à deux reprises au milieu des cris avant de lever momentanément la séance.
Le ministre de la Justice a finalement été accompagné vers la sortie par Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, comme le montre une video partagée sur les réseaux sociaux.
La séance a repris après quelques minutes de pause.