L’interdiction des publications sponsorisées par la réforme électorale remet la présence des partis sur l’espace numérique et l’usage qu’ils en font sous les projecteurs. Une mesure qui a fait débat, mais maintenue par Abdelouafi Laftit.
Introduite par l’article 40 de la réforme de la loi 27.11, la mesure vise à contrer toute « ingérence étrangère ». Il reste encore des questions sur les modalités de mise en œuvre de cette interdiction.
En attendant des clarifications qui vont certainement être apportées ultérieurement, nous avons cherché à connaître l’état des lieux des dépenses publicitaires politiques sur Meta.
L’analyse que nous livrons porte sur la période allant de septembre à fin novembre 2025.
Elle dessine un paysage médiatique numérique dominé quasi sans partage par le RNI.
La machine de guerre numérique du RNI
Les chiffres extraits de la bibliothèque publicitaire de Meta relatifs aux 90 derniers jours confirment une tendance déjà observée depuis les élections de 2021.
Le RNI a déployé un important budget. En cumulant les investissements de ses différentes vitrines numériques, le parti de la Colombe a injecté environ 112.400 dollars (soit plus de 1,1 million de dirhams) pour promouvoir ses publications.
Cet investissement se fait sur plusieurs fronts. Le compte officiel du parti a dépensé à lui seul plus de 101.500 dollars, auxquels s’ajoutent les 9.084 dollars investis sur la page personnelle de Aziz Akhannouch. Ce budget a servi à sponsoriser quelque 1200 publications, à raison de 90 à 100 dollars par publication. S’ajoutent à cela des dépenses relatives à des pages des autres ministres.
L’Istiqlal, pourtant partenaire clé de la majorité et poids lourd historique, fait figure de nain numérique en comparaison, avec un investissement total d’environ 5.142 dollars sur la même période, incluant la page du parti (4.733 dollars) et celle de Omar Hejira (369 dollars).
Le Parti Authenticité et Modernité (PAM), quant à lui, semble avoir une stratégie éclatée. Si sa page officielle affiche une dépense négligeable de 409 dollars, l’effort repose sur des individualités et des structures annexes : le ministre Mehdi Bensaid maintient une présence individuelle avoisinant les 1.600 dollars, suivi par la jeunesse du parti (610 dollars) et la section de Rabat (645 dollars), portant le total du parti du Tracteur à environ 3.578 dollars.
Qu’en est-il de l’opposition ? L’opposition parlementaire est littéralement absente.
Le Groupe Socialiste de l’USFP n’a engagé que 150 dollars, tandis que le PJD, le PPS ou le Mouvement Populaire affichent des compteurs bloqués sous la barre symbolique des 100 dollars pour leurs pages centrales.
En somme, pour chaque dollar dépensé par l’ensemble de l’opposition réunie, le RNI en a dépensé environ 750.
Ces données sont relatives aux « annonces liées à des enjeux sociaux, électoraux ou politiques », signalées comme telles par l’annonceur et visibles dans la bibliothèque publicitaire de Meta.
L’État, premier annonceur politique ?
Au-delà de la domination partisane du RNI, les données révèlent aussi une présence marquée de l’Exécutif sur les réseaux sociaux.
La page officielle du « Gouvernement du Maroc » figure elle aussi parmi les gros investisseurs de la période, avec 75.031 dollars dépensés pour sponsoriser ses publications. Cette communication centralisée est appuyée par une myriade de budgets ministériels (des trois partis de la majorité) – Industrie, Équipement, Culture, Transition énergétique – qui cumulent environ 15.000 dollars supplémentaires.
En additionnant la force de frappe partisane (RNI, PI et PAM) et celle de l’appareil gouvernemental, ce sont plus de 211.000 dollars qui ont été déversés sur les réseaux sociaux en un trimestre pour soutenir le narratif de l’Exécutif.
Une réforme aux contours flous
C’est dans ce contexte d’hégémonie numérique des partis de la majorité, avec une large domination du RNI, que survient la réforme de la loi électorale.
L’article 40, adopté en commission, vise à interdire ces pratiques de sponsoring sur les plateformes étrangères.
Si l’objectif affiché est de protéger la souveraineté nationale, comme l’a défendu le gouvernement face aux inquiétudes de la députée Nabila Mounib concernant les MRE, de nombreuses questions subsistent.
Le texte reste muet sur la temporalité de cette interdiction : s’appliquera-t-elle uniquement durant la campagne officielle, ou de manière permanente ?
C’est une question fondamentale et qui peut être gamechanger.