Lors d’une rencontre avec les médias, ce 4 décembre, Khalid Safir, DG de l’institution, a présenté aux médias une image globale de la CDG, en partant de l’historique jusqu’à l’époque actuelle ainsi que les perspectives 2030. Sa vision CAP 2030 est un plan qui marque un changement d’échelle inédit pour l’institution. Ce plan a été finalisé fin 2023 et il est entré en vigueur début 2024.

À l’horizon 2030, le groupe ambitionne de mobiliser des volumes financiers considérables et de redevenir un investisseur de premier plan dans la transformation économique et territoriale du pays.

Selon les projections dévoilées, la CDG vise d’ici 2030:

>> 47 MMDH de financements en dette, avec une mobilisation globale de l’écosystème CDG, y compris CNRA et RCAR, pour atteindre 100 MMDH au total.

>> environ 8 MMDH en capital-investissement, pour une mobilisation globale prévue de 15 MMDH. Cette enveloppe sera orientée vers des secteurs à fort impact, qu’il s’agisse de l’industrie, des infrastructures ou de l’innovation. L’action de la CDG s’inscrit dans la dynamique du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, avec une articulation entre fonds gérés par le marché et fonds gérés en interne, dans un cadre séparant clairement les rôles d’asset owner et d’asset manager. Ainsi, l’objectif volontariste est d’investir 10 MMDH d’ici 2030 dont une portion significative dans des fonds gérés par des équipes externes.

>> 14 MMDH d’investissements directs en tant qu’opérateur. Cette intervention vise à renforcer sa présence dans les projets stratégiques et à soutenir la transformation économique et sociale du pays, tout en respectant les principes de durabilité et de rentabilité responsable.

>> un effet catalytique estimé entre 100 et 200 MMDH de projets à l’échelle nationale, porté par la mobilisation de partenaires et la montée en puissance des instruments du groupe.

En parallèle, la CDG prévoit une progression de 31% des dépôts à 210 MMDH à l’horizon 2030 et un doublement des fonds propres à 18 MMDH.

Une vision réaffirmée autour de deux piliers : sécuriser et impacter

La CDG a détaillé la philosophie qui sous-tend sa transformation stratégique. Celle-ci repose sur deux piliers complémentaires : sécuriser les ressources sous gestion et impacter durablement l’économie réelle. L’objectif est de renforcer son rôle historique de tiers de confiance tout en amplifiant son intervention en faveur du développement national.

Le premier axe vise à pérenniser le modèle de la Caisse de dépôt en renforçant la solidité et la fiabilité des ressources qu’elle gère. La CDG compte :

  • consolider son statut de gestionnaire de référence des retraites et des dépôts réglementés ;
  • accompagner les réformes nationales avec une offre centralisée de gestion des retraites ;
  • développer le plein potentiel de l’épargne populaire en mobilisant davantage l’épargne nationale ;
  • améliorer la qualité de service auprès des professions juridiques et des consignations, afin d’ancrer son rôle de tiers de confiance.

Le second pilier vise à accroître l’impact socio-économique du groupe. La CDG veut mobiliser l’ensemble de ses instruments pour répondre aux besoins du pays :

  • Désenclavement des territoires et soutien à l’emploi par des investissements créateurs de valeur ;
  • Développement d’un financement inclusif, notamment pour les TPME, les femmes, les jeunes et l’économie sociale ;
  • Intégration des critères de durabilité et d’adaptation climatique dans toutes les interventions.

Développement territorial : une nouvelle génération de projets structurants

L’ambition est de structurer des territoires entiers autour d’écosystèmes productifs, d’infrastructures modernes et de projets capables d’attirer durablement l’investissement privé.

Cette stratégie s’inscrit dans une vision cohérente : accompagner la transformation du Maroc en renforçant l’équilibre régional et en créant les conditions d’une croissance inclusive.

Dans cette perspective, la CDG poursuivra la modernisation de plusieurs zones urbaines emblématiques. Des projets comme Zenata, Casa Anfa, Nassim ou Hay Riad resteront au cœur de sa démarche d’aménagement, avec l’objectif de créer des quartiers mixtes, durables et attractifs, conçus pour générer un effet d’entraînement sur tout leur environnement. La logique est désormais celle de la planification intégrée : sécuriser le cadre de développement pour attirer les investisseurs et soutenir la dynamique économique des grandes métropoles.

Au-delà des villes, la CDG entend également donner un nouvel élan à l’industrialisation des territoires. Elle développe des écosystèmes industriels intégrés, fondés sur l’exploitation des ressources locales et structurés autour d’engagements fermes d’implantation et d’emploi.

Ce modèle, qui exclut toute spéculation foncière, vise à renforcer l’ancrage productif des régions et à créer des emplois durables. Des zones d’accélération industrielle comme celles de Aïn Cheggag, d’Ahl Angad ou d’autres projets en cours s’inscrivent dans cette dynamique.

La dimension technologique prend elle aussi une place croissante dans la stratégie territoriale. Avec des projets comme Casablanca Tech Valley, Agadir Tech Valley ou encore Dakhla Tech Valley, la CDG veut favoriser l’émergence de hubs capables d’attirer les acteurs mondiaux du digital. L’objectif est double : renforcer la souveraineté numérique du Maroc et soutenir l’emploi qualifié en mettant en place des environnements propices à l’innovation, à la formation et à la recherche. Chaque année, ces pôles contribuent à l’installation d’entreprises technologiques et à la création de milliers d’emplois.

Enfin, la CDG mobilise sa filiale d’ingénierie pour accompagner les régions dans la mise en œuvre de projets complexes. Qu’il s’agisse de mobilité, de transition énergétique ou d’ouvrages structurants, cette expertise technique permet de sécuriser les investissements publics et de garantir leur viabilité. La CDG agit ainsi comme un véritable catalyseur territorial, capable d’outiller les collectivités et d’accélérer leur transformation.

Secteurs d’avenir : une intervention ciblée pour répondre aux priorités nationales

Au-delà de son rôle financier et territorial, la CDG inscrit clairement son plan CAP 2030 dans une logique de souveraineté stratégique. L’institution identifie en effet un ensemble de secteurs d’avenir où son intervention peut apporter des solutions concrètes aux grands enjeux du pays. Cette orientation s’appuie sur une lecture fine des besoins nationaux et sur une capacité à financer, structurer et accompagner des projets souvent complexes, nécessitant un capital patient et une expertise technique solide.

Dans ce cadre, la question de l’eau apparaît comme un domaine absolument prioritaire. Le Royaume fait face à une pression hydrique structurelle, et la CDG souhaite contribuer à y répondre à travers des projets de dessalement, de modernisation des réseaux, de traitement des eaux usées ou encore d’irrigation.

L’objectif est d’accompagner la transition vers une gestion plus durable et plus résiliente de la ressource, en soutenant des infrastructures indispensables à la sécurité hydrique du pays.

Parallèlement, la transition énergétique constitue un second champ d’action majeur. La CDG entend soutenir la production d’énergie renouvelable, qu’elle soit solaire, éolienne ou hydroélectrique, tout en accompagnant le développement des réseaux de transmission et des solutions d’énergie décentralisée. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de l’ambition nationale d’accroître la part des énergies propres, mais elle vise également à renforcer la souveraineté énergétique et la compétitivité industrielle du pays.

La souveraineté alimentaire représente, elle aussi, un enjeu stratégique pour le Maroc, et la CDG souhaite y contribuer de manière ciblée. L’accent est mis sur la biotech, notamment dans la multiplication des semences, mais aussi sur la création de capacités de stockage stratégique des céréales et des intrants agricoles. À cela s’ajoutent des investissements potentiels dans des chaînes de transformation à forte valeur ajoutée, destinées soit à sécuriser l’approvisionnement national, soit à soutenir les exportations. L’idée est d’intervenir sur l’ensemble du continuum qui permet de renforcer la résilience et la performance du secteur agricole.

Enfin, la CDG se positionne résolument sur le terrain de la souveraineté numérique, un domaine devenu incontournable. Elle entend accompagner la digitalisation des services publics et favoriser l’émergence d’infrastructures de stockage des données au profit des acteurs publics. Cette orientation répond à un double impératif : moderniser l’administration et garantir que les données stratégiques du pays soient hébergées dans des infrastructures nationales, fiables et sécurisées. Là encore, la logique est celle de l’impact à long terme, dans un secteur qui conditionne à la fois la compétitivité et l’indépendance numérique du Maroc.