À la veille d’une échéance diplomatique majeure entre Rabat et Madrid, les organisations patronales des deux rives ont souhaité baliser le terrain économique. L’objectif de ce forum était d’identifier les convergences possibles entre les deux économies, au-delà des échanges commerciaux traditionnels.
Les débats ont largement porté sur la gestion des ressources, un défi partagé par les deux pays. Ali Seddiki, directeur général de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE), a évoqué une « complémentarité des risques » face aux aléas climatiques.
Dans ce cadre, le programme marocain de construction de stations de dessalement a été présenté comme un terrain de coopération naturel, l’Espagne disposant d’une expertise reconnue en matière d’infrastructures hydrauliques, comme l’a rappelé Julián Núñez de la CEOE. Le secteur énergétique, incluant le gaz et l’électricité, reste également un axe central, soutenu par l’intérêt d’opérateurs espagnols pour le marché marocain.
Le secteur des transports a constitué le second axe majeur des discussions. Les intervenants ont souligné la nécessité d’adapter l’industrie automobile marocaine à la transition européenne vers l’électromobilité. L’enjeu est de maintenir la compétitivité dans la production de véhicules, en intégrant davantage les chaînes de valeur des deux pays.
Enfin, le forum a abordé la dimension géostratégique du partenariat. L’idée avancée par les participants est de capitaliser sur les positions géographiques respectives pour toucher de nouveaux marchés.
Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, a mis en avant le réseau logistique (Tanger Med, Nador West Med, Dakhla Atlantique) et bancaire du Maroc comme des atouts pour l’accès au continent africain. En miroir, Narciso Casado, du Conseil Entrepreneurial Ibéro-Américain, a évoqué le rôle de l’Espagne comme point de connexion avec l’Amérique latine.
La rencontre s’est conclue sur la volonté affichée de développer des projets conjoints, les deux patronats plaidant pour une densification des liens économiques à travers la création de chaînes de valeur régionales.
Un engagement renouvelé au plus haut niveau
En marge des ateliers thématiques, une séance plénière a rassemblé plus d’une centaine de dirigeants d’entreprises, en présence de hauts responsables gouvernementaux des deux pays. Cette rencontre, inaugurée par Antonio Garamendi, président de la CEOE, et Chakib Alj, président de la CGEM, a permis de réaffirmer la volonté commune de transformer la proximité géographique en levier de croissance partagée.
Antonio Garamendi a insisté sur la nécessité de bâtir des alliances sectorielles solides, non seulement pour renforcer les économies nationales, mais aussi pour projeter les entreprises espagnoles et marocaines vers des marchés tiers. « Nous avons la responsabilité d’œuvrer ensemble pour devenir un pont entre l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique », a-t-il déclaré.
De son côté, Chakib Alj a salué la présence de ministres des deux gouvernements comme un signal fort de « nouvel élan » dans la coopération bilatérale. Il a souligné que les transformations économiques du Maroc, sous l’impulsion royale, offrent désormais des perspectives d’investissement attractives pour les capitaux internationaux, et espagnols en particulier.
Intervenant lors de cette session, Karim Zidane, ministre délégué marocain chargé de l’Investissement, a qualifié la dynamique actuelle de « partenariat stratégique de co-production ». Pour lui, la résilience de l’économie espagnole et le positionnement du Maroc permettent d’envisager la construction de chaînes de valeur régionales capables de rivaliser à l’échelle internationale.
Cette vision a été appuyée par Luis Planas, ministre espagnol de l’Agriculture, qui a mis en avant l’importance de la coopération pour relever les défis spécifiques aux secteurs agricole et halieutique.
La dimension infrastructurelle a été soulignée par Óscar Puente, ministre espagnol des Transports. Ce dernier a salué le plan d’investissement marocain, notant que les entreprises espagnoles sont déjà des acteurs actifs dans les chantiers ferroviaires, aéroportuaires et portuaires du Royaume.
En clôture de l’événement, Aziz Akhannouch, Chef du Gouvernement marocain, a rappelé le statut de l’Espagne en tant qu’investisseur clé dans l’industrie marocaine. Il a appelé à élargir les opportunités de partenariat à l’ensemble du tissu entrepreneurial, au-delà des grands groupes. « L’Espagne est une puissance dans les énergies renouvelables et une plateforme industrielle majeure, tandis que le Maroc est un hub africain et un futur exportateur d’énergie verte », a-t-il analysé, voyant là une opportunité unique d’accélérer les relations euro-africaines.
Rappelons que l’Espagne demeure le premier partenaire commercial du Maroc, tandis que le Royaume constitue la première destination des investissements espagnols sur le continent africain. Une réalité rappelée par Amparo López Senovilla, secrétaire d’État espagnole au Commerce, qui a décrit cette relation comme un modèle fondé sur « la confiance mutuelle et une vision stratégique d’intérêts partagés « .