Ce document stratégique passe en revue l’ensemble du spectre de la relation bilatérale, de la politique à l’économie, en passant par la sécurité, la culture et le développement durable.

  1. Cadre politique et institutionnel

– Sahara marocain : L’Espagne réitère sa position de soutien exprimée en avril 2022. Elle salue l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU (31 octobre 2025) qui appuie les efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général et souligne que l’autonomie sous souveraineté marocaine est une solution « des plus réalisables ».

– Suivi de la feuille de route : les deux parties se félicitent des objectifs atteints depuis avril 2022. Une prochaine réunion ministérielle est programmée au Maroc courant 2026 pour assurer le suivi.

– Coordination diplomatique : engagement à intensifier les consultations politiques et à coordonner les actions au sein des organisations internationales (ONU, Conseil des droits de l’Homme).

  1. Les 14 nouveaux accords signés

La RHN a été marquée par la signature de 14 accords non contraignants couvrant :

– Coopération fiscale et judiciaire (voie électronique) ;

– Échange d’expertises pour la production numérique de textes législatifs ;

– Coopération scientifique (Institut géographique national espagnol / CNRST marocain) ;

– Enseignement (langue arabe en Espagne, espagnol au Maroc, sport éducatif) ;

– Agriculture, pêche maritime, aquaculture et lutte contre la pêche illicite ;

– Protection sociale, sécurité sociale et lutte contre les discours de haine ;

– Diplomatie féministe et coopération entre écoles diplomatiques.

  1. Dimension économique et investissement

– Partenariat commercial : l’Espagne confirme son statut de premier partenaire commercial du Maroc (22,693 milliards d’euros d’échanges en 2024).

– Projets structurants : l’Espagne s’engage à utiliser ses instruments financiers pour soutenir des projets prioritaires au Maroc : usine de dessalement de Casablanca, infrastructures hydrauliques, énergies renouvelables… On note également l’acquisition de 40 trains intervilles espagnols auprès du constructeur CAF pour une valeur de 754,3 millions d’euros, financée par un prêt concessionnel de l’Espagne.

– Industrie : création d’une Haute Commission sur la coopération industrielle pour booster l’investissement productif et l’innovation. Focus sur la complémentarité dans l’industrie automobile (pièces de rechange) et la décarbonation.

– Environnement des affaires : volonté de moderniser le cadre juridique des investissements et d’encourager les flux croisés (entreprises marocaines en Espagne et inversement). Le rôle du Conseil économique Maroc-Espagne (CEMAES) est salué.

  1. Sécurité, migration et justice

– Lutte antiterroriste : coopération qualifiée d' »exemplaire ». Lancement d’une initiative conjointe au sein du GCTF sur la menace CBRN (Chimique, Biologique, Radiologique, Nucléaire).

– Migration : approche globale confirmée (Pacte de Marrakech, Processus de Rabat). Lutte contre l’immigration irrégulière et les réseaux de trafic, tout en promouvant la mobilité légale (succès du programme Wafira). L’opération « Marhaba/Passage du Détroit » est citée comme modèle de gestion.

– Justice : renforcement de la coopération contre la criminalité transnationale organisée, le trafic de stupéfiants et le blanchiment d’argent.

  1. Infrastructures, transport et connectivité

– Coupe du monde 2030 : l’organisation conjointe est vue comme un levier de développement majeur. Engagement à sécuriser l’événement et à moderniser les infrastructures.

– Transports : volonté de promouvoir la participation des entreprises espagnoles aux projets marocains (ferroviaire, aéroportuaire).

– Connectivité maritime : projets de « hubs logistiques atlantiques » et de corridors verts. Renforcement de la coopération dans le détroit de Gibraltar (lutte contre la pollution, fluidité).

– Sécurité routière : accompagnement espagnol pour la création d’un centre de régulation au Maroc et appui technique à la NARSA.

  1. Eau, énergie et développement durable

– Eau : coopération renforcée face au stress hydrique (dessalement, réutilisation des eaux usées, sécurité des barrages). Volonté marocaine de créer un mécanisme technique conjoint de suivi.

– Énergie : engagement pour l’interconnexion électrique (via la France pour l’Espagne) et le développement de l’hydrogène vert. Coopération sur les minéraux critiques pour la transition énergétique.

– Environnement : actions conjointes pour la biodiversité (COP15), la lutte contre la désertification et la résilience face à la sécheresse (Alliance internationale).

  1. Culture, éducation et liens humains

– Enseignement supérieur : renforcement de la mobilité étudiante et des chercheurs. L’Espagne s’engage à simplifier les procédures pour les étudiants marocains et encourage ses universités à s’installer au Maroc.

– Langues : promotion croisée de l’arabe et de l’espagnol. Renouvellement des postes d’enseignants de l’AECID à Agadir et Fès.

– Patrimoine : la restauration du Grand Théâtre Cervantes de Tanger devrait s’achever en 2026. Coopération accrue dans la numérisation des archives et l’archéologie.

– Lutte contre la haine : engagement commun à combattre le racisme, la xénophobie et les discours de haine via les institutions nationales respectives.

  1. Politique régionale et internationale

– Méditerranée : soutien au nouveau « Pacte pour la Méditerranée » de l’UE et à l’Union pour la Méditerranée (UpM).

– Sahel et Afrique : convergence des vues sur la stabilité au Sahel. L’Espagne soutient les initiatives royales (accès à l’Atlantique, gazoduc Afrique-Atlantique). Lancement de l’initiative espagnole « Alianza África Avanza » pour l’investissement en Afrique de l’Ouest.

– Proche-orient : soutien à la solution à deux États, à l’Autorité palestinienne et à la fin du conflit à Gaza (résolution 2803). Hommage au rôle du Comité Al-Qods présidé par le Roi Mohammed VI.

Cette déclaration conjointe dessine ainsi une relation d’une densité exceptionnelle, touchant à la quasi-totalité des domaines de l’action publique et projetant le partenariat hispano-marocain comme un axe structurant de la géopolitique euro-méditerranéenne.