Comment mettre à profit la Coupe du monde 2030 ? Que faire pour que Casablanca devienne une destination touristique de référence ? Quels sont les points les plus urgents à travailler pour le secteur touristique à l’aube de cet événement international majeur ? Éléments de réponse avec Mohamed Saouti.

Médias24 : Casablanca est la capitale économique et un hub aérien majeur. Quel rôle la ville sera-t-elle appelée à jouer dans la Coupe du monde 2030 sur le plan touristique ?

Mohamed Saouti : Le Maroc est en train de se préparer pour le Mondial 2030. Le Royaume est déjà une destination très sollicitée, mais elle le sera encore plus à l’arrivée du Mondial. D’ailleurs, dans quelques semaines, le Maroc va abriter la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et le pays dispose de l’infrastructure nécessaire pour l’accueillir bien comme il se doit.

Nous avons classé nombre d’hôtels ces derniers temps, en vue de la Coupe du monde 2030. Nous nous préparons en termes de capacité, et en termes de qualité des prestations de nos hôtels.

Aujourd’hui, la loi 80-14 a remplacé la loi 61-00. Cette dernière incite tous les hôtels, tous les établissements d’hébergement touristique classés à se remettre à niveau, pour pouvoir offrir une bonne prestation.

Mohamed Saouti
Mohamed Saouti, vice-président du Conseil régional du tourisme de Casablanca-Settat et président de l’Association régionale de l’industrie hôtelière de Casablanca-Settat. Ph: DR

– En chiffres, quel état des lieux pour le secteur ?

– Au niveau du Maroc, nous sommes à peu près à 4.500 unités hôtelières. 30% ou 35% des hôtels ont bénéficié de la subvention octroyée aux hôtels. Aujourd’hui, les hôteliers sont acharnés sur les rénovations, sur les remises à niveau, même au niveau des ressources humaines.

Toutefois, nous avons un problème de ressources humaines au niveau de notre parc hôtelier, au niveau du Royaume. Nous vivons ce problème depuis la période du Covid. Le parc hôtelier était complètement fermé pendant pratiquement un an et demi. Donc, nos talents au niveau du secteur se sont orientés vers le Moyen-Orient.

Nous avons perdu beaucoup de profils vraiment adaptés aux besoins de nos hôtels. Ils se sont installés à Dubaï.

– Comment peut-on mettre à profit la Coupe du monde pour la transformer en véritable levier de rayonnement international pour la destination Casablanca ?

– Il faudrait que notre aéroport international Mohammed V puisse abriter aussi des vols low-cost, afin de mieux vendre la destination Casablanca, et l’élargir à d’autres compagnies aériennes.

Le tourisme interne au Maroc représente 34%. Nous sommes en train de faire en sorte que la ville puisse connaître davantage de tourisme interne, par exemple, instaurer des week-ends Casablanca.

Et je mentionnerai l’élargissement des plages pour faire en sorte que la capitale économique devienne une station balnéaire comme les autres, que ce ne soit pas uniquement une ville d’affaires.

– Au-delà du football, comment comptez-vous mettre en valeur l’offre hôtelière de Casablanca ?

– Tout d’abord, l’offre hôtelière devrait être déjà développée par la qualité et les nouvelles normes qui sont en train de voir le jour. Nous sommes en train de nous aligner sur les normes européennes. Nous tentons de sensibiliser tout le monde, tous les hôteliers, tous les opérateurs. Il faut qu’un 3 étoiles soit au standard d’un 3 étoiles à l’international, par exemple.

Le Maroc est en train de se développer avec la volonté de sa Majesté et de toutes les parties prenantes, les ministères de tutelle, l’individu lui-même au Maroc. Il faut que nous puissions accueillir les touristes dans des normes adaptées aux besoins de cette clientèle, qu’ils proviennent de la clientèle d’affaires ou pour le Mondial.

Tout le monde devrait se retrousser les manches pour que ce mondial puisse se dérouler dans les meilleures conditions.

– Y a-t-il une stratégie spécifique pour prolonger la dynamique post-Coupe du monde et éviter l’effet « one shot » ? Comment faire pour que les touristes tombent amoureux de la région de Casablanca ?

– Aujourd’hui, il faut créer beaucoup d’animations, développer tous les sites touristiques un peu partout, dans toutes les régions, notamment Casablanca.

Il faudrait développer la région et ne pas rester uniquement sur Casablanca. Il y a El Jadida et sa cité portugaise, Boulaouane avec sa kasbah, et il y a Benslimane avec le futur grand stade.

Je sais que la FIFA avait des exigences pour qu’il y ait 3 unités hôtelières pas loin de ce grand projet. Benslimane est une ville verte, pas très connue, mais elle mérite de l’être. Je dirais qu’il faudrait travailler aussi cette région pour qu’elle puisse être sollicitée après le Mondial.

Il ne faut pas se limiter au mondial. Il faut anticiper, il faut voir à long terme. Si aujourd’hui nous travaillons un petit peu Benslimane et d’autres régions, dans le cadre du mondial, cela veut dire qu’il va y avoir beaucoup de valeurs ajoutées au niveau du secteur pour la région de Casablanca-Settat.

– À votre avis, que manque-t-il encore à Casablanca pour être perçue comme une destination touristique incontournable ?

– Il faudrait améliorer l’existant, c’est-à-dire notre parc hôtelier, notre parc artisanal, et également étudier les prix.

Pour avoir des étrangers, il faudrait leur préparer une infrastructure, une richesse au niveau des sites, de la restauration, des sites sportifs, pour qu’ils puissent trouver des endroits où ils peuvent consommer, mais être dans de très bonnes conditions. Ce qui n’a pas été le cas aujourd’hui, au niveau du tourisme interne.

Au Maroc, nous avons une âme partout. Ce n’est pas le cas en Europe, sauf en Espagne. Nous avons l’avantage d’être polyglottes. Nous parlons toutes les langues, mais c’est le sourire qui importe le plus. Quand le Marocain sourit, il parle votre langue.

Il faudrait revoir les prix en fonction de la demande parce que cela est exagéré. Il faut fixer des tarifs qui s’adaptent à la prestation.