Sélectionné parmi 29 candidatures par un jury de spécialistes en art contemporain présidé par Mehdi Qotbi, le projet Asǝṭṭa va permettre au Maroc de disposer de son pavillon officiel pour la première fois de l’histoire de la Biennale d’Art de Venise, ce qui lui confère une portée artistique historique.
Un choix qui s’imposait
Appelé à expliquer le choix de ce projet, le président du jury Mehdi Qotbi nous confie qu’il a été choisi grâce à l’originalité de son concept faisant travailler la ruralité qui lui permet de concourir au prix du Lion d’or pour le meilleur artiste de l’exposition internationale décerné par la Biennale.
Même son de cloche du côté de la jurée Meryem Sebti et directrice du magazine Dyptic pour qui Asǝṭṭa a fait l’unanimité pour sa qualité, son originalité, son esthétique, sa cohérence et sa singularité artistique, sa scénographie mais également sa faisabilité technique exportable à Venise.
Une grande première pour le Maroc
Entièrement financée par le ministère de la Culture, la performance de l’artiste, qui devrait coûter plusieurs millions de dirhams, permettra ainsi de faire rayonner au sein du plus grand événement culturel du monde les résonances contemporaines de la richesse plurielle du patrimoine marocain.
Portée par une équipe féminine de plusieurs centaines d’artisans, ce projet s’explique, selon ses deux initiatrices qui travaillent ensemble depuis plusieurs années, par une volonté de valoriser les savoir-faire ancestraux et de faire dialoguer les territoires qui constituent la diversité culturelle du Maroc.
Combinant héritage artisanal et dimension internationale, Asǝṭṭa veut inscrire l’art marocain dans un dialogue global tout en restant profondément enraciné dans le tissu social rural et culturel du Maroc.
Cette participation confirme sa montée en puissance sur la scène mondiale avec un projet qui s’inscrit dans l’art africain contemporain de plus en plus adoubé par les institutions internationales.
Une œuvre monumentale
Malgré notre insistance pour connaître son contenu esthétique, Amina Agueznay n’a pas souhaité donner plus de détails en se bornant à qualifier « son projet textile » d’ornement qui habitera les 290 mètres carrés de l’espace du pavillon officiel marocain situé entre celui du Bahreïn et de la Slovénie.
Connue pour son usage audacieux de matériaux naturels et traditionnels : fibre de palmier, laine, soie, cuir, pigments naturels, bois… elle travaille étroitement avec des artisanes marocaines, revisitant des techniques anciennes comme le tissage, le nouage, la broderie ou la sculpture textile.
Dans un contexte globalisé où l’homogénéisation culturelle menace les spécificités locales, à savoir les trésors humains vivants, l’artiste revendique le geste et l’importance de la singularité du local dans une époque marquée par la standardisation.
Un projet qui permettra de donner une visibilité internationale au Maroc
Plus diserte, la curatrice Meryem Berrada a révélé que ce projet monumental en taille constitué de plusieurs tonnes de laine s’inscrira logiquement dans la lignée des œuvres précédentes de l’artiste.
Directrice artistique de l’espace culturel MACAAL à Marrakech, notre interlocutrice est une figure montante de la scène curatoriale africaine connue pour développer un discours critique sur l’hybridité des identités, la réappropriation des savoirs et la transmission des héritages.
Et de conclure que ce projet permettra de donner une voix à des formes artistiques souvent marginalisées et une visibilité internationale à l’art contemporain marocain …