La Caisse de dépôt et de gestion (CDG) a décidé d’externaliser progressivement la gestion de 15 MMDH.
Le déploiement de cette enveloppe de 15 MMDH doit débuter à partir de début 2026, via des appels d’offres ouverts à l’ensemble des sociétés de gestion marocaines.
Cette décision s’inscrit dans une logique assumée de repositionnement, que le directeur général de la CDG, Khalid Safir, explique en ces termes : « Nous sommes toujours, au départ, pionniers. On lance une activité, on est très présents. Puis, petit à petit, le privé vient et se lance. Lorsqu’il y a ensuite un marché concurrentiel, mature et suffisant, nous faisons notre introspection et nous considérons que notre présence n’est plus nécessaire. Alors, nous nous retirons doucement, pas de manière brutale, pour laisser les acteurs du marché ».
Aujourd’hui, le secteur de la gestion d’actifs au Maroc compte une vingtaine de sociétés de gestion, adossées à des groupes bancaires ou indépendantes, avec des équipes de gestion que la CDG juge désormais de grande qualité.
« Nous considérons que notre mission est terminée à ce niveau de structuration du marché. Nous allons nous retirer petit à petit et confier la gestion des fonds que nous gérions au départ par notre propre société de gestion à des gestionnaires privés », ajoute Khalid Safir.
« Ce retrait ne se fera pas de manière brutale, mais progressivement. La société ne peut pas disparaître ; elle va changer de positionnement ».
De quelle société il s’agit ? Khalid Safir n’a pas explicitement cité le nom de la filiale. Quoi qu’il en soit, cette filiale ne va donc pas disparaître. Comme l’explique Khalid Safir, le retrait sera progressif et se traduira par un changement de localisation, la gestion étant appelée à passer chez un autre opérateur.
Pourquoi ce retrait ?
« Aujourd’hui, le marché est mature. Il n’y a plus de valeur ajoutée à maintenir une gestion directe de notre part« . La CDG applique ainsi une démarche déjà observée dans d’autres segments, notamment le capital-investissement : après avoir longtemps mobilisé ses propres équipes pour structurer l’activité, elle a progressivement confié la gestion opérationnelle à des équipes privées, marocaines comme étrangères, à mesure que le marché gagnait en profondeur et en compétences. Là aussi, la montée en puissance d’acteurs crédibles et la disponibilité de talents spécialisés ont justifié ce passage de relais.
La justification avancée reste la même : la maturité du marché
Sur le segment des OPCVM, Khalid Safir réfute toute lecture visant à assimiler le retrait progressif à une démarche de sécurisation défensive des fonds les plus liquides.
« Ce n’est pas une question de sécurisation. C’est un changement d’attitude sur la gestion d’un segment. Nos équipes travaillent sur la structuration de notre ALM ».
La CDG gère en effet des ressources de nature et d’horizons très différents. Certaines, comme les fonds de retraite, s’inscrivent dans le long terme ; d’autres relèvent de l’épargne à moyen-long terme.
À côté de ces ressources structurelles, la CDG reçoit également des fonds de court terme, à l’image des fonds des notaires, qui restent généralement quelques mois seulement. Pour chacun de ces profils, des études structurelles sont menées afin de déterminer le segment d’investissement le plus adapté, qu’il s’agisse de véhicules de court, moyen ou long terme.
Cette approche s’inscrit dans un cadre de gestion actif-passif consolidé, intégrant également un segment dédié aux marchés financiers. L’existence de sollicitations de l’État est, selon Khalid Safir, une réalité ancienne et durable, qui n’altère pas pour autant l’autonomie de décision de l’institution.
« Des demandes, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais nous avons suffisamment d’indépendance pour pouvoir dire parfois non ». Cette indépendance s’appuie notamment sur un cadre juridique et prudentiel strict. Régie par la loi bancaire, la CDG applique des règles de vigilance et de diversification destinées à répartir les engagements entre court, moyen et long terme, en tenant compte à la fois des exigences de sécurité, de liquidité et de prise de risque.
Dans ce contexte, l’évolution engagée sur le segment marché financier ne modifie ni le portefeuille ni les volumes concernés. Le portefeuille ne change pas. Le volume ne change pas. C’est la même enveloppe, seule la manière de la gérer va évoluer.
Khalid Safir s’exprimait le 4 décembre 2025 devant un groupe de journalistes.
Cartographie des encours OPCVM par société de gestion
Au 5 décembre 2025, les encours des OPCVM s’élèvent à 803,7 MMDH. La répartition par société de gestion montre que Wafa Gestion détient 21,6% du total, suivie par Upline Capital Management (12,7%) et BMCE Capital Gestion (12,6%).
CDG Capital Gestion et Valoris Management affichent respectivement des parts de 9,5% et 8,3%. L’ensemble des cinq premières sociétés de gestion concentre un peu plus de 65% des encours OPCVM, tandis que les autres acteurs se partagent le solde.

Quelles implications ?
Contactés à ce sujet, deux professionnels du secteur partagent la même lecture : « L’externalisation de 15 MMDH par la CDG s’inscrit dans une continuité des investissements sur les marchés financiers ».
« Les encours concernés demeurent investis dans le système financier, en particulier sur des segments à forte liquidité, et leur transfert entre gestionnaires s’effectue sans modification des volumes globaux ni des grands équilibres de marché. À court terme, l’effet macro-financier se traduit ainsi par une stabilité des conditions de liquidité, accompagnée d’éventuels ajustements techniques marginaux dans la répartition des flux entre instruments ou contreparties ».
« L’enjeu principal de cette opération réside dans l’évolution de la gouvernance de la gestion collective. En confiant progressivement la gestion de ces encours à des sociétés de gestion privées à travers des appels d’offres, la CDG renforce son positionnement d’allocataire institutionnel, centré sur la définition des objectifs, la sélection des gestionnaires et l’évaluation des performances, tandis que la gestion opérationnelle revient aux acteurs spécialisés du marché. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique de convergence avec les pratiques observées chez de grands investisseurs institutionnels ».
Pour les sociétés de gestion, « l’ouverture de ces encours crée un cadre de mise en concurrence structuré et exigeant. L’accès à des volumes institutionnels repose sur la capacité à répondre à des cahiers des charges précis, à démontrer la solidité des processus d’investissement, la qualité du contrôle des risques et la robustesse de la gouvernance. Cette configuration favorise les acteurs disposant d’une organisation et d’un historique adaptés aux standards institutionnels et contribue à une montée graduelle des exigences professionnelles dans l’ensemble du secteur ».
« Sur le plan de la stabilité financière, cette évolution s’intègre dans un cadre prudentiel déjà établi. Les règles de diversification, de liquidité et de gestion actif-passif qui encadrent l’action de la CDG demeurent appliquées, tandis que les sociétés de gestion opèrent sous la supervision de l’AMMC. L’opération traduit ainsi une phase de normalisation du fonctionnement de la gestion collective, avec des effets principalement qualitatifs et structurels à moyen et long terme ».
https://medias24.com/2025/12/04/cdg-les-ambitions-financieres-et-sectorielles-du-plan-cap-2030-1589495/