L’assurance vie s’est imposée, au cours des dernières années, comme l’un des principaux moteurs de croissance du secteur des assurances au Maroc. Portée par l’essor de la bancassurance et par la demande croissante de produits d’épargne, elle concentre désormais une part significative des primes, tout en contribuant fortement à la dynamique globale du marché.

Par ailleurs, le secteur de l’assurance, de manière générale, affiche une bonne tenue, comme en témoignent les chiffres récents. Sur les neuf premiers mois de l’année 2025, les primes ont totalisé 48,3 MMDH, en hausse de plus de 7% par rapport à la même période de 2024.

Le segment Vie en représente près de 44%, soit environ 21 MMDH. Néanmoins, le résultat net dégagé par ce segment dépasse à peine le milliard de dirhams, malgré des volumes en forte progression.

Pourtant, en termes macroéconomiques, l’assurance vie reste souvent présentée comme un pilier en devenir. Elle affiche un taux de pénétration proche de 2,5% du PIB au premier semestre 2025, un niveau encore modeste au regard des standards internationaux, mais révélateur de son potentiel de développement.

Dans ce contexte, lassurance vie crée-t-elle réellement autant de rentabilité qu’elle ne génère de volumes ? Autrement dit, la montée en puissance de la collecte, largement dominée par les produits d’épargne, se traduit-elle par une rentabilité suffisante une fois intégrés les coûts de distribution, les contraintes réglementaires et le capital mobilisé ?

Pourquoi l’épargne domine l’assurance vie… sans créer suffisamment de valeur

Il faut d’abord poser le décor. L’assurance vie au Maroc est aujourd’hui dominée par les produits d’épargne, qui représentent près de 85% des primes émises.

« Concrètement, ça veut dire que l’essentiel de l’activité repose sur des contrats de capitalisation pure », explique un professionnel du secteur de l’assurance. « Et c’est justement là que le modèle commence à montrer ses limites en matière de rentabilité ».

Parce que la capitalisation, aussi volumineuse soit-elle, génère peu, voire pas de marges techniques. « Il n’y a pas de marge de mortalité sur ces produits : en cas de décès, l’assureur restitue simplement l’épargne constituée », rappelle-t-on dans le secteur. Autrement dit, l’un des leviers historiques de rentabilité en assurance vie est quasiment absent.

Il ne reste alors que deux sources de gains possibles : la marge financière et la marge sur frais. Or, là encore, les signaux sont loin d’être favorables. « La marge financière est sous pression depuis plusieurs années, avec la baisse des rendements et des allocations d’actifs de plus en plus prudentes imposées par la réglementation », explique la même source du marché. Dans ce sens, l’écart entre ce que rapportent les placements et ce qui est servi aux assurés se réduit.

Mais c’est surtout la marge sur frais qui cristallise les tensions. « En moyenne, les frais contractuels représentent autour de 4 DH pour 100 DH de primes collectées ».

« Sauf que ce montant ne couvre ni les frais d’acquisition, ni les commissions de la bancassurance, ni les frais généraux ». Ces derniers sont d’autant plus lourds dans les compagnies mixtes, où les coûts sont répartis de manière défavorable à l’activité Vie.

Ainsi, « la marge sur frais bascule dans le rouge, oscillant entre -3,5 et -6,5 DH pour 100 DH collectés ».

« Et lorsque l’on intègre le coût du capital exigé par le cadre prudentiel de Solvabilité I, la situation se dégrade davantage. Au final, on aboutit à un déficit qui peut aller de -2 à -10,5 DH pour 100 DH de primes Vie », résume notre interlocuteur. « C’est faible, voire destructeur de valeur ».

L’assurance vie soutient la croissance du marché mais son modèle économique centré sur l’épargne garantie est aujourd’hui peu rentable

Un moteur de croissance… mais pas encore un moteur de rentabilité

« La vraie question, aujourd’hui, n’est plus celle de la croissance, mais celle de la rentabilité réelle de l’activité Vie. Et cette question se pose aussi bien au Maroc qu’ailleurs en Afrique ».

« Tant que l’assurance vie restera concentrée sur des produits d’épargne garantie, à faible valeur ajoutée, la création de valeur restera limitée ». « D’où, selon plusieurs experts, la nécessité de repenser le modèle : revoir la structure des frais, renforcer la discipline de distribution et surtout diversifier vers des produits plus rémunérateurs, comme la prévoyance, la retraite et les unités de compte ».