C’est un témoignage brut, écrit depuis la cellule de l’écrou numéro 320535. Dans son nouvel ouvrage de 216 pages, publié ce mercredi 10 décembre chez Fayard, Nicolas Sarkozy revient sur son incarcération du 21 octobre dernier.
Condamné quelques semaines plus tôt, le 25 septembre, à cinq ans de prison avec mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire pour « association de malfaiteurs » – dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007 –, l’ancien chef d’État et premier président de la Cinquième République à être incarcéré livre sa vérité en attendant son procès en appel, prévu du 16 mars au 3 juin prochain.
Le soutien ému du Roi Mohammed VI
Parmi les passages marquants du livre, Nicolas Sarkozy évoque la réaction des chefs d’État étrangers. Il révèle notamment l’appel immédiat et personnel du Roi Mohammed VI. « Le roi du Maroc fut l’un des premiers à me téléphoner », écrit-il. L’ancien président décrit un échange poignant. « Sa voix tremblait d’émotion alors qu’il évoquait mon incarcération à venir. Il était tout à la fois peiné et stupéfait ».
Pour l’auteur, ce geste témoigne d’une relation exceptionnelle. « Je lui étais d’autant plus reconnaissant que je lui ai toujours voué une admiration profonde », confie-t-il. Ce soutien s’inscrit dans une large mobilisation diplomatique. Sarkozy cite également le président ivoirien Alassane Ouattara et son épouse Dominique – « qui ne cessa d’entourer Carla de son affection » –, le président rwandais Paul Kagamé qui lui a transmis son « indignation vibrante », ainsi que « tous les dirigeants du Moyen-Orient », et de nombreux leaders européens.
L’ancien locataire de l’Élysée souligne le contraste entre le climat français et la perception internationale de son affaire. Il note que les observateurs étrangers, au regard « plus froid » et « moins clivé », manifestaient un « grand étonnement ».
« Ils ne comprenaient pas la logique d’une condamnation lourde et d’une détention provisoire sans qu’il y ait le moindre élément matériel », écrit-il, dénonçant un dossier de « financement illégal sans financement identifié après douze années d’enquête infructueuse ».
Rupture consommée avec Emmanuel Macron
Nicolas Sarkozy relate également un épisode marquant : sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée, quatre jours seulement avant son incarcération. Il décrit sans fard le refroidissement de leurs rapports.
« Je n’avais rien à lui dire et n’avais guère envie d’une discussion amicale avec lui, narre-t-il. Depuis la funeste décision de dissoudre l’Assemblée nationale, nos relations s’étaient distendues […] La méfiance s’était même installée à la suite du retrait de ma Légion d’honneur. […] J’avais décidé en conséquence de tourner la page de notre amitié sans pour autant entrer dans une opposition systématique à sa politique ».
Le quotidien carcéral : prière et grisaille
Le livre nous plonge également dans l’intimité de la détention. Protégé en permanence par deux officiers de police, Nicolas Sarkozy dépeint un univers monochrome où « le gris dominait tout, dévorait tout, recouvrait toutes les surfaces ». Il raconte comment, dès son premier jour, il s’est agenouillé pour prier, implorant « la force de porter la croix de cette injustice« . La foi occupe en effet une place centrale dans Le journal d’un prisonnier. « Et si la prière devait être le chemin pour résister ? Je décidais de l’emprunter aussi souvent qu’il était nécessaire », écrit-il.
Au sein de l’établissement pénitentiaire, où tout le personnel l’appelait « président« , Sarkozy relate les liens tissés, notamment les visites quotidiennes du directeur à 18h30 et ses trois échanges dominicaux avec l’aumônier. Il détaille également son régime alimentaire frugal, composé de « laitage, barre de céréales, eau minérale, jus de pomme et quelques douceurs sucrées« .
Dans l’ombre de Dreyfus et Monte-Cristo
Dans son livre, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à se comparer à Alfred Dreyfus, officier juif qui fut injustement condamné pour trahison avant d’être réhabilité. « L’affaire Dreyfus prospéra sur la base de faux documents. La mienne débuta sur la base du faux de Mediapart, doublé des faux témoignages de Takieddine et du clan Kadhafi. Ces faits sont désormais avérés », écrit-il.
Nicolas Sarkozy s’apparente plus loin à Edmond Dantès, héros du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, victime d’un complot qui le fait emprisonner à tort au château d’If. Après quatorze ans de cachot, il s’en évadera et mènera à bien un long processus de justice envers ceux qui l’ont trahi.
Pour lui, le chef-d’œuvre de Dumas délivre un « double message » : la renaissance et la vengeance. S’il affirme que la première ne fait « aucun doute » dans son esprit, assurant que « les faussaires, les comploteurs, les menteurs ne peuvent pas gagner sur le long terme », c’est sur le second volet que sa réflexion se fait plus sombre.
Sarkozy, qui a toujours clamé ne pas aimer le sentiment de vengeance, semble aujourd’hui à la croisée des chemins. « Je n’ai pas envie de me rabaisser avec l’idée de faire du mal à ceux qui m’en ont tant fait », écrit-il, avant de lâcher cette phrase lourde de sous-entendus pour ses adversaires : « Je sais qu’il va me falloir reconsidérer une partie de mes convictions ». Une mise en garde à peine voilée qui laisse entrevoir un homme prêt à rendre les coups.
La vengeance comme horizon ?
S’identifiant au héros de Dumas, Nicolas Sarkozy marque toutefois sa différence. Là où Edmond Dantès inscrivait sur les murs de sa geôle une prière pour conserver la mémoire, l’ancien président assure ne pas en avoir besoin. « La mémoire, je l’ai », assène-t-il, promettant toutefois de ne pas en faire « une arme de destruction massive ».
À la place, Nicolas Sarkozy formule une autre supplique, révélatrice de l’épreuve qu’il traverse : « Mon Dieu ! Conservez-moi la force ». Une force de résistance qu’il dit avoir dû puiser « au plus profond » de lui-même. À travers ces lignes, c’est le portrait d’un homme blessé mais loin d’être abattu qui se dessine, un homme qui, à l’instar du Comte, semble préparer méticuleusement son retour.
Alors qu’il fait également face à des condamnations définitives dans les affaires dites « des écoutes » et « Bygmalion« , Nicolas Sarkozy utilise Le journal d’un prisonnier pour réaffirmer que les liens tissés durant sa carrière n’étaient pas factices. « Dans la situation où j’étais, beaucoup auraient pu me tourner le dos. Ils ne l’ont pas fait », affirme-t-il, renforcé par cette fidélité à l’épreuve de la prison.